Innovons pour la préservation du patrimoine local !

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Thierry Jadot, président de Dentsu Aegis.
Thierry Jadot, président de Dentsu Aegis. (Crédits : DR)
OPINION. Face à la crise, Il est indispensable d'imaginer des solutions innovantes, les plus économes possibles en argent public, pour faire vivre les multiples joyaux d'histoire qui peuplent la France. (*) Par Thierry Jadot, président de Dentsu Aegis.

Le patrimoine, parent pauvre du déconfinement ? Au-delà du rayonnement international de quelques dizaines de grands monuments ou musées nationaux, ce levier de développement économique et d'attractivité touristique pour les territoires mérite attention et moyens. 500.000 emplois, non délocalisables, sont aujourd'hui menacés par les conséquences de la crise sanitaire qui a contraint collectivités et propriétaires à fermer les bâtiments et, le plus souvent, à stopper les chantiers de réhabilitation.

Face à l'urgence, il est à craindre que l'allocation de financements publics ou privés ne se concentrent, dans les prochains mois, sur les grandes institutions ou les lieux prestigieux. Leur modèle économique est louable mais s'apparente à celui de grosses entreprises du secteur marchand, attirant un public à la fois éclairé et aisé. Tandis que celui du patrimoine vernaculaire de proximité obéit à des schémas le plus souvent non marchands ou associatifs favorisant un accès populaire à la culture. Son avenir est clairement menacé et la vitalité démocratique locale avec.

Imaginer des solutions innovantes

Bien sûr, communes, départements et régions se démènent avec courage pour sauver ou rétablir des situations critiques. Mais leurs moyens sont limités et les appels à l'aide infinis. Il est donc indispensable d'imaginer des solutions innovantes, les plus économes possibles en argent public, pour faire vivre les multiples joyaux d'histoire qui peuplent la France. Plusieurs pistes pourraient être creusées pour pallier le risque d'asphyxie de ce bien commun ancré dans la vie quotidienne des territoires.

La première consisterait à s'inspirer du succès rencontré par le loto du patrimoine. L'État et La Française des Jeux pourraient décréter le patrimoine rural grande cause nationale et confier à la Fondation du patrimoine, qui gère les recettes abondées par les tirages spéciaux ou le jeu de grattage, la responsabilité de flécher systématiquement des chefs d'oeuvre locaux en péril dont la notoriété reste insuffisante. Cette démarche associerait naturellement des experts et représentants des collectivités pour sélectionner les sites.

Deuxième piste que le confinement a rendu particulièrement visible : le déploiement d'outils numériques rendant possible l'accès virtuel des lieux de patrimoine. Durant deux mois, les initiatives se sont multipliées de la part des grands musées du répertoire national. Elles pourraient être répliquées à l'échelle locale par l'allocation d'une partie des fonds vers l'animation digitale. Les applications du château de Versailles ou du théâtre antique d'Orange, permettant de s'immerger dans des reconstitutions historiques grâce à la réalité augmentée, sont des exemples utiles pour imaginer, sur le terrain et à coût proportionné, une démarche attractive à l'égard des populations ou des touristes de proximité.

Enfin, dans le prolongement de cette dernière piste, une troisième initiative serait envisageable. Le mécénat de compétences et l'engagement des dizaines de milliers de jeunes des écoles ou des start-up numériques constitueraient une ressource précieuse pour les gestionnaires d'un patrimoine sans beaucoup de moyens. Au travers d'une plate-forme dédiée, un appel à projets ne manquerait pas de rencontrer un écho favorable auprès d'une classe d'âge à la fois soucieuse du bien commun et souvent attachée à ses racines d'origine.

Faire société

L'accès à la culture et à l'histoire est une partie essentielle de la vie démocratique. À l'heure où les ressources publiques sont rares et où le numérique offre des potentialités inexploitées, il n'est pas interdit d'innover pour protéger ce qui contribue à faire société. Le monde d'après a besoin de se projeter non seulement dans l'infiniment grand des enjeux climatiques mais aussi dans l'infiniment petit des traces du pays.

Lire aussi : Incendie de Notre-Dame : de l'émotion à la reconstruction d'un patrimoine mondial

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Commentaires
a écrit le 15/07/2020 à 17:22 :
Encore un moyen d'exploiter l'existant pour jouer les intermédiaires, on continue dans l'ubérisation et le "client" captif!
a écrit le 15/07/2020 à 9:30 :
Vous parlez des bâtiments touristiques essentiellement mais le carnage va bien au delà tandis que nous sommes témoins de maisons à deux balles particulièrement moches se construire à côté de maisons de qualité en pierre se détériorer du fait de la spéculation immobilière.

Parce que à un moment sauver les seules bâtiments touristiques ne suffira pas car sorti de leur contexte architectural ils finiront tôt au tard par disparaître ou bien être démontés pour être entassés dans des mégas musés.

Alors qu'il y aurait plein de bras pour les restaurer la spéculation immobilière en tenant des prix aberrants empêche que les bonnes personnes habitent les bons bâtiments, diviser tous les prix et loyers par deux et le problème de l'entretien de notre patrimoine sera réglé.

Une maison c'est fait pour être habitée c'est pas un objet de spéculation, ils ont voulu faire du pognon avec tout et sont en train de tout massacrer.
a écrit le 15/07/2020 à 9:11 :
"Innover" est un transfert de désagrément que l'on cache derrière de bonne cause, mais c'est loin d'être un progrès!

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