L'immobilier en route vers 2050

Les mégapoles seront bientôt révolutionnées et libérées de leur caractère bruyant, énergivore et encombré. Par Alice Teboul-Boquet (*), analyste en énergie et développement durable chez Longevity Partners.

4 mn

Alice Teboul-Boquet.
Alice Teboul-Boquet. (Crédits : DR)

Les villes existent depuis des milliers d'années, alors qu'est-ce qui peut justifier la nécessité de les repenser maintenant et comment pouvons-nous le faire ? La première raison est que notre monde s'urbanise à un rythme rapide. En 2050, 80 % de la population mondiale vivra dans des mégapoles, alors que ces villes ont été construites à l'origine pour accueillir un nombre bien inférieur d'individus.

Un autre facteur critique est l'essor de  la technologie qui continuera à transformer en profondeur  nos mégapoles. Plus que jamais, la clé pour un avenir durable est de parvenir à concilier modes de vie éco-responsables innovants et changement climatique. Cela nécessite la pleine intégration de la nature dans nos villes afin de compenser la raréfaction  de ressources.

De nombreuses mégapoles entament déjà leur transformation sur la voie de 2050, en adoptant les caractéristiques suivantes :

Bâtiments sans carbone

60% des émissions  carbone d'un bâtiment ont lieu pendant le stade de la construction.  Les matériaux issus de la pétrochimie, tels que les caoutchoucs, les revêtements de sol ou les peintures, sont peu à peu remplacés par des éléments bio-sourcés issus de tissus organiques renouvelables, tels que le bois, le chanvre, le liège ou la paille. Pour un coût supérieur de 2 à 3%, ce changement pourrait réduire les émissions carbones de 40%.

Plusieurs architectes écologiques, à l'image de Vincent Callebault, ont déjà commencé à réfléchir à des solutions novatrices et à repenser les structures existantes. L'"archibiotecte" a l'ambitieuse mission de créer une société qui absorbe le carbone et s'adapte aux risques actuels. L'un de ses projets les plus célèbres, la Rainbow Tower, se trouve dans la ville innovante de Cebu, aux Philippines. Il s'agit d'une tour de condominiums modulaires en bois massif de 38 613 m², abritant 300 appartements résidentiels, un restaurant, un centre de fitness et une ferme aérienne. La tour est composée de matériaux naturels tels que le bois de masse, le chaume, le chanvre et la ouate de cellulose, qui réduisent considérablement l'empreinte carbone lors de la construction par rapport aux matériaux traditionnels contenants des produits pétrochimiques.

Dans le même ordre d'idées, on peut citer l'ingénieux réaménagement du quartier d'affaires parisien de La Défense par Christian de Portzamparc. Projet toujours en cours, cet architecte est rattaché à l'une des 5 agences d'architecture sollicitées pour rénover le quartier d'affaires. Comme Vincent Callebaut, Christian de Portzamparc travaille à décarboniser la Défense, avec des bâtiments en bois plutôt qu'en béton, et l'interdiction de circuler avec tout type de voiture sur l'artère principale, qui fait 120 mètres de large.

Les bâtiments arborés

Les bâtiments arborés sont de plus en plus prisés par les architectes écologiques qui souhaitent révolutionner l'immobilier d'aujourd'hui. Ce phénomène, qui consiste à habiller un bâtiment de plantes de la tête aux pieds, n'améliore pas seulement l'esthétique de l'actif, mais réduit également son empreinte carbone, et donc la pollution de la ville, en augmentant la biodiversité, contribuant dans le même temps à soulager le stress des citoyens. Stefano Boeri est considéré comme le pionnier des bâtiments arborés avec ses Forêts verticales. En 2014, deux d'entre elles ont été érigées dans le quartier d'affaires de Porta Nuova à Milan. Les deux tours abritent au total 800 arbres, 5000 arbustes et 15 000 plantes vivaces, le tout concentré sur 3000 m² de surface urbaine. La particularité de cette armure végétale est qu'elle filtre les rayons du soleil, contrairement à une façade en verre ou en pierre qui les réfléchirait. Ce filtrage permet d'éviter les effets néfastes sur l'environnement. Qualifiées de ''maison pour les arbres qui abrite aussi les humains et les oiseaux'', ces forêts verticales s'annoncent comme la référence du futur de l'immobilier.

Modularité

L'une des principales caractéristiques de l'actif du futur est la modularité. Un bâtiment unique regroupant appartements,  bureaux et  centres commerciaux s'imposera comme  la nouvelle norme. Cette modularité est pleinement intégrée dans la majeure partie des projets architecturaux de Vincent Callebaut, comme le Rainbow Tree mentionné précédemment, qui abrite un usage mixte d'immeubles résidentiels et de services commerciaux. Un autre de ses projets, baptisé Archiborescence, comprend un mélange hybride de logements de type propriétaire, de logements sociaux, commerces,  bureaux en co-working,  laboratoires de recherche, installations sportives ainsi qu'une  ferme urbaine. De par leurs spécificités, ces conceptions encourageront la proximité et le rapprochement des différentes classes sociales.

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Commentaire 1
à écrit le 26/10/2021 à 9:25
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La question est : "Pourquoi des villes?" Pour simplement de l'immobilier? Voir le futur comme dans les bandes dessinées et a travers la science fiction? Croyez vous que les emploies de demain seront présent dans des endroits concentrationnaires?

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