La fin du pétrole, ce n'est pas pour ce siècle !

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la fin du pétrole... ce n'est pas pour ce siècle !

Le monde n'en a pas fini avec le pétrole. Pourtant, il y a 10 ans quand le prix du baril flirtait avec les 150 dollars, la théorie du peak oil, moment apocalyptique où la production mondiale va plafonner avant d'irrémédiablement décliner, surgit de nouveau. C'était la fin d'un monde et certains prophétisaient le prix du baril à 300 dollars, voire plus. Huit ans plus tard, retournement de situation : les cours sont au plus bas depuis plus de 15 ans et la notion de peak demand s'impose.

Là, ce n'est plus le pétrole qui disparaît mais la demande de pétrole. Et pourtant. Côté offre, jamais autant de pétrole brut n'est sorti des sols. Alors même que l'OPEP et 10 pays extérieurs au cartel emmenés par la Russie ont officiellement réduit leur production de 1,8 millions de barils/jour, près de 81 millions de barils ont été mis quotidiennement sur le marché en 2017. Un record absolu et un chiffre en hausse de 9% par rapport à 2008 moment où la théorie du peak oil faisait les gros titres.

A l'origine de ce mouvement, le retour en force notamment des producteurs américains sur la scène pétrolière grâce au pétrole de schiste et à l'amélioration constante des techniques de production, qui ont fait plonger les prix de production. Une industrie pétrolière américaine dont la production dépasse désormais les 10 millions de barils jour, c'est deux fois plus qu'en 2008 et hisse à nouveau les Etats-Unis au rang de producteur majeur.

Du côté des réserves mondiales prouvées, la tendance est aussi à la hausse depuis le début des années 80, avec néanmoins un plafond en fin de période. A plus de 1 700 milliards de barils cela assure, au rythme actuel de la consommation, presque 50 ans de réserve. Mais il serait erroné de conclure au début d'une pénurie physique. Avec les prix bas, la prospection a ralenti car les compagnies pétrolières ne s'y retrouvaient pas financièrement. Avec des prix plus élevé elle reprendra. C'est un fait : les réserves augmentent avec le prix et la notion du peak oil recule au fur et à mesure que l'on avance. Côté demande maintenant. La tendance est également à la hausse. Comme pour la production, la consommation a battu tous ses records en 2017 pour se rapprocher des 100 millions de barils jour. Excepté l'accroc lié à la grande récession de 2008-2009, la progression quasi-constante s'effectue au rythme de 1,4% par an.

Et ce n'est pas près de s'arrêter. Bien entendu, les usages du pétrole changent. L'émergence rapide des voitures électriques, le plus grand rendement des moteurs atmosphériques, la plus grande efficacité énergétique des habitations, la baisse du coût des énergies renouvelables, la lutte contre les émissions de CO2 sont des paramètres à prendre en compte. Mais il s'agit surtout d'un double déplacement d'une demande globalement en hausse. Selon l'Agence internationale de l'énergie, elle grimperait de 6,8% sur la période 2016-2025 puis de 4,6% entre 2025 et 2040. Le premier déplacement, sectoriel, fait la part belle à la pétrochimie, un secteur clé de l'industrie qui fournit des matières intermédiaires incontournables pour fabriquer de nombreux produits du quotidien (plastiques, fibres textiles, cosmétiques, médicaments, notamment). D'ici 20 ans environ, la pétrochimie devrait absorber près du quart de la production mondiale de pétrole. Une part en nette hausse comme devrait l'être celle dédiée aux secteurs aéronautique et naval. Et à chaque fois, ce sont les grands pays émergents qui poussent à la hausse.

C'est le second glissement, géographique. La demande de pétrole en provenance de l'Union européenne, des Etats-Unis et du Japon d'ici 2040 doit baisser au total de 10,5 millions de barils jour. Un recul amplement compensé par la hausse de la consommation en provenance de l'Inde, de la Chine mais aussi de nombreux autres pays émergents dont la demande s'élève avec le niveau de vie. Autrement dit, la fin du pétrole ce n'est pas pour demain.

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a écrit le 29/05/2018 à 14:30 :
Du point de vue climatique c'est un peu à désespérer, mais c’était prévisible et prévu, quelqu’un avait prédit "qu'on irait jusqu'à la dernière goute de pétrole". Quoi que, on aurait pu dire la même chose du charbon et cela change.

L'autre paramètre à prendre en compte est celui de la dépendance, à l'origine de beaucoup de conflits. Tous les pays ont déjà été confrontés au premier choc pétrolier (https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_choc_pétrolier) dont on ne sait si c'est un problème de production, de consommation, ou de la fin d’équilibres ? 50 ans après on l’impression que l’on n’a pas beaucoup avancé et par certains aspects qu’on a même cumulé les inconvénients.
Quels sont les choix alternatifs ?
Ils sont nombreux pour la France, qui dispose d’un potentiel énorme de développement des énergies renouvelables, d’une maitrise technologique et de sources d’approvisionnement diversifiées, donc sécurisées (https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/securite-dapprovisionnement-en-petrole).
La consommation finale énergétique en volume est en baisse depuis 2001, mais c’est surtout la chute des prix du pétrole depuis 2014 qui a fait baisser la facture de 28 % (source Chiffres clés de l’énergie Édition 2016) où la consommation en énergies fossiles baisse légèrement en volume depuis 2000 (p. 12). On trouve des stats sur une période plus grande : « Panorama énergies-climat, édition 2016 N°13 - facture énergétique ».
Il faut bien sur réduire les gaspillages. J’ai bien peur que l’augmentation des prix ne fasse son effet plus rapidement que les incitations et les discours. De toute façon quelqu’un avait il prévu la chute du baril sous les 30 $ ? Il faudrait superposer les courbes économiques et celles du prix du pétrole pour savoir lequel détermine l’autre.

En attendant les effets de la transition, le problème principal est probablement celui de la résistance aux changements. Comme toujours il faut les opérer au moment des périodes fastes et non lorsque survient une crise.

L’économie prédomine sur tout le reste et les énergies alternatives ne prendront le relais que si elles deviennent profitables. Ce qui est déjà le cas pour beaucoup, encore faut il changer le mode d’exploitation et de consommation tout en faisant évoluer la technologie. C’est le cas avec les véhicules électriques, mais on n’en est qu’au début.
Ou il faudrait une volonté politique forte. Est que c'est le politique qui fait l’économie ou l’économie qui fait le politique, vaste débat.
a écrit le 29/05/2018 à 13:02 :
La these de l'auteur tient si on peut nous expliquer comment le petrole de schiste peut continuer a compenser les pertes actuelle des productions de petrole conventionnel, qui meme avec un baril cher ne compense pas sa déplétion.
Ok le schiste coute a present 40 voire 30 $/barril, les bassins Permain, Eagle Ford et Bakken sont (a nouveau) en progression, mais pour combien de temps ?
En face Chine, USA conventionnels, Algerie, Angola, Mer du Nord sont en decroissance.
Nous avons de quoi amortir 1 ou 2 ans de hausse de consommation, guere plus.
a écrit le 29/05/2018 à 9:36 :
Et tout ceci bien entendu, respectant strictement les accords de la COP21 de 2015... On est déjà hors des clous de plus de 3% sur les données brutes, quand aux constations scientifiques sur la disparition de la cryosphère, c'est 99% des espèces vivantes qui seront impactés par une modification significative de leur environnement.

Heureusement que les compagnies d'assurances prennent progressivement les mesures nécessaires à leurs survies en proposant de plus en plus de contrat vide, sinon elles ne pourront pas indemniser leurs assurés en proportion des "incidents" climatiques que l'on constate maintenant quotidiennement.
a écrit le 29/05/2018 à 9:26 :
Oui, oui... Le chauffage, les transports. Tout çà...

Mais donc, quel est le TRE : taux de retour énergétique (ratio d'énergie utilisable rapportée à la quantité d'énergie dépensée pour obtenir cette énergie) du pétrole aujourd'hui. Et quelle est son évolution depuis 15 ans ?

Le coût de production évolue et ce n'est plus le même produit dont on parle.
a écrit le 29/05/2018 à 8:38 :
Comme vous dites et pourtant on en a entendu des analyses et autres documentaires pour nous dire que le pétrole c'était fini mais bon comme ce sont les médias de masse qui le disent ce ne sont pas des "fake news" voyons...

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