La santé connectée doit venir au chevet de la santé publique

La santé connectée permettrait notamment de lutter contre les maladies chroniques. Avec à la clé, un meilleur état de santé des patients et des économies pour la sécu. Par Eric Seban, Président Fondateur Visiomed Group
Ivan Best

6 mn

(Crédits : DR)

Notre système de santé est à bout de souffle. Tout le monde le sait, tout le monde le répète. Tant et si bien que plus personne n'y prête plus vraiment attention, semble-t-il. En 2013, la Cour des Comptes tirait la sonnette d'alarme sur le retard inquiétant de la France en matière de chirurgie ambulatoire, indiquant qu'à terme, ce sont 5 milliards que la Sécurité Sociale pourrait économiser si elle prenait enfin le virage de l'ambulatoire. Mais aucune mesure n'a vu le jour. La semaine passée, la même Cour des comptes réitérait encore ses alertes sur le niveau alarmant du fameux « trou » de la Sécu et notre impossibilité de revenir à l'équilibre des comptes avant... au moins 2021. Chaque année la même litanie de la Cour des Comptes, chaque année la même absence fracassante de mesures réellement à la hauteur du problème.

Des maladies chroniques qui pèsent de plus en plus lourd

Alors, circulez, il n'y a rien à voir ? Entre les grandes déclarations et les économies de bout de chandelles, il est grand temps de faire une place aux solutions concrètes, innovantes et connectées qui permettront de nous aider à sortir de cette spirale et d'assurer la survie et les missions premières de notre système de santé. Notamment en améliorant l'éducation thérapeutique des patients, et en luttant efficacement contre les maladies chroniques qui touchent déjà plus d'un Français sur quatre et dont la prise en charge pèse de plus en plus lourd dans le budget de l'Assurance maladie.
Pourquoi ? En France, les traitements des malades chroniques sont pris en charge, intégralement, au titre de l'affection de longue durée (ALD). L'équation est simple : avec l'augmentation de la part des ALD dans le budget de la Sécu, ce sont nos soins courants qui sont moins bien remboursés. Tout le monde se rend bien compte que la situation est intenable. Les niveaux de remboursement des ALD commencent d'ailleurs à être remis en question.

Le fléau de notre époque

Devrons-nous bientôt choisir entre la prise en charge des maladies chroniques et celle de nos soins courants ? Pour moi, il n'en est pas question. Avec la dépendance, les maladies chroniques sont le problème n°1 de santé publique, auquel nous devons collectivement faire face. Elles sont le fléau de notre époque et de nos sociétés. De quelles pathologies parle-t-on ? Comment les dispositifs médicaux connectés et la télésanté peuvent-ils représenter des solutions efficaces et économiques pour lutter contre leur augmentation, faciliter la détection de signes prédictifs précoces, renforcer véritablement leur prévention, et améliorer l'observance médicamenteuse, essentielle dans le traitement de ces pathologies ?

Diabète, obésité, ce qu'il est possible de faire

Le diabète, tout d'abord. Plus de 3,7 millions de Français sont concernés, sans parler des six à huit cent mille diabétiques qui s'ignorent - on parle ici de près d'1% de la population. Un adulte sur seize est concerné, plus de trois sur dix d'entre nous risquent de le développer. Heureusement, huit malades sur dix bénéficient de l'ALD - une facture qui équivaut à 10% des dépenses de l'Assurance maladie. Avec des lecteurs glycémiques connectés et leur application dédiée, on agira tant sur la prévention que sur la détection précoce des malades non diagnostiqués, en permettant des études à grande échelle.

L'obésité, ensuite. Je pense particulièrement au drame de l'obésité infantile ; c'est pourtant dès le plus jeune âge que la prévention et les traitements fonctionnent. Allons-nous attendre de compter plus d'une personne obèse sur trois, comme aux Etats-Unis, ou allons-nous enfin profiter des outils existants au service du « manger-bouger » qu'on nous rabâche depuis des années ? Il y a urgence : avec 7 millions d'obèses, soit plus de 15% de personnes obèses en France, c'est maintenant que les mesures doivent se prendre.

Les interactions avec les médecins

Se peser quotidiennement n'a jamais fait maigrir personne. Mais, grâce à son pèse-personne connecté, suivre ses courbes de poids et sa balance énergétique sur sa plateforme de santé, interagir avec son médecin pour qu'il définisse un programme et des stratégies motivationnelles personnalisés, des objectifs concrets et médicalement validés, voilà qui fait davantage « bouger » les lignes qu'un joli slogan.

Le suivi de l'hypertension artérielle permettrait d'économiser des centaines de journées d'hôpital par patient

Dernier exemple de pathologie chronique que les objets et les services connectés de santé peuvent contribuer à mieux prévenir, suivre et soigner - tout en réduisant la facture pour notre système de santé : l'hypertension artérielle, qui touche plus de 11 millions de Français. Sans compter, ici encore, les 8 millions d'entre nous qui s'ignorent. Principale cause des AVC, l'hypertension artérielle est aussi le premier facteur de l'insuffisance cardiaque - qui représente 2% des dépenses de l'Assurance maladie.

Une étude française a démontré que le suivi à domicile de ces malades, grâce à la télésanté et à des dispositifs médicaux comme l'auto-tensiomètre connecté, permettait d'économiser plusieurs centaines de journées d'hospitalisation par patient, et par an, soit des centaines de milliers d'euros. Dépenser moins et faciliter l'accompagnement, le confort de vie et l'autonomie des malades chroniques, en particulier de ceux qui habitent loin de leurs professionnels de santé : autant d'actions sur lesquelles la santé connectée pourrait venir concrètement en renfort de notre système de santé publique.

Une réponse économique

Les fabricants de dispositifs médicaux connectés ne se contentent pas d'apporter des réponses aux patients et aux professionnels de santé. Notre réponse est aussi économique. Pour cela, tous les acteurs, et notamment les pouvoirs publics, doivent s'en donner les moyens, se mettre maintenant autour de la table, et enclencher la mise en œuvre d'une véritable politique nationale pour développer la santé connectée. Il faut passer à un déploiement opérationnel et d'envergure de ces solutions, dépasser la multiplication de projets pilotes ponctuels et dispersés, et mettre en œuvre les 4 R (Régulation, Responsabilité, Rémunération, Remboursement).

Il faut changer de paradigme, passer d'un modèle « tout curatif » et « tout hôpital », dénoncé par le dernier rapport de la Cour des comptes, à un modèle davantage préventif, où la chirurgie ambulatoire comme la télésanté seront véritablement intégrées dans le parcours de soin. Les objets connectés de santé ne sont pas des gadgets. Ils sont une des solutions tangibles pour rendre possible cette révolution. La santé connectée doit venir au chevet de notre système de santé publique.

Eric SEBBAN
Président Fondateur Visiomed Group

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Commentaire 1
à écrit le 05/10/2015 à 23:35
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je préfère me laisser crever que d"être fliqué ! Hélas la plupart des gens étant nés esclaves , serfs , dominés , ils l'accepteront !

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