Le COVID-19  : une crise sanitaire révélatrice d'un système fracturé

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Un trader avec son masque de protection au New York Stock Exchange. Un accord sur un plan de relance de 2.000 milliards de dollars a été annoncé par le chef de la majorité républicaine au Sénat américain afin de relancer l'activité.
Un trader avec son masque de protection au New York Stock Exchange. Un accord sur un plan de relance de 2.000 milliards de dollars a été annoncé par le chef de la majorité républicaine au Sénat américain afin de relancer l'activité. (Crédits : Reuters)
IDEE. La situation est comparable à celle de 1929 selon le ministre Bruno Le Maire. « Chaque semaine de confinement supplémentaire (...) a, souligne-t-il, un impact sur notre croissance ». Cette dépression annoncée combine une crise sanitaire planétaire, économique majeure et une crise pétrolière profonde, sur fond d'enjeux climatiques toujours plus importants.Par Myriam Ben Saad, PhD, chercheur associé à l'Université Panthéon-Sorbonne/Membre du FEMISE, et Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à l'ESLSCA Business School Paris.

Tout a commencé avec la chute de la demande pétrolière en Chine qui tirait jusqu'ici le marché mondial. Ensuite, les grandes puissances exportatrices de pétrole ont déclenché une guerre des prix qui a mis en grave difficulté les pays producteurs pauvres dans le monde arabe et en Afrique, au moment même où la pandémie frappe ces régions. Les milieux d'affaires redoutent une grande dépression, avec des effondrements en chaîne. La pandémie a obligé de nombreux pays à adopter des mesures draconiennes (suspension de lignes aériennes, fermeture de magasins et confinement de millions de personnes) qui ont mis un coup d'arrêt à l'activité économique mondiale. De nombreux sites de production ont stoppé toute activité, ce qui remet en cause certains projets de fusion. Les marchés financiers se préparent au scénario d'une récession mondiale. Ils ont vu s'évaporer 27.000 milliards de dollars : une perte record.

Plus la durée du confinement sera longue, plus la chute de l'activité sera violente. Les défaillances d'entreprises devraient se multiplier. C'est pourquoi, partout dans le monde, les pouvoirs publics sont à la manœuvre pour affronter la pandémie et donner du temps aux entreprises pour s'adapter. La capacité à gérer au moins mal cette crise sanitaire déterminera des baisses séquentielles des PIB mondial et régionaux : environ 0,5 point de pourcentage en moins au cours de ce trimestre-ci, ainsi que pour les suivants.

Sommes-nous donc face à un scénario catastrophe : crise sanitaire, économique, financière et identitaire ? La solidarité économique sera-t-elle au rendez-vous, au vu des principales mesures économiques prises par les états ?

Aux États-Unis

Derrière la Chine et l'Italie, les États-Unis sont désormais considérés comme le troisième pays le plus touché en nombre de cas recensés. Un accord sur un plan de relance de 2.000 milliards de dollars a été annoncé par le chef de la majorité républicaine au Sénat afin de relancer l'activité. Ce plan « historique» a pour but de sauver la première économie mondiale. Il fournira une grande aide aux hôpitaux et centres médicaux, investira dans de nouveaux traitements et vaccins pour lutter contre ce virus. Mais il s'agit d'abord de consolider les bases économiques et stabiliser des secteurs clés nationaux pour éviter autant que faire se peut des licenciements, tout en forçant les grandes entreprises à rendre des comptes. Ces milliards de dollars de prêts d'urgence devraient permettre aux petites entreprises de continuer à payer leurs employés. Historique, cette annonce a du reste envoyé la Bourse japonaise vers des sommets. Le Nikkei a enregistré à la clôture sa plus forte hausse depuis la crise de 2008 (+8,04 %), alors qu'il avait déjà grimpé de plus de 7% mardi. L'anticipation de l'accord dès mardi a surtout fait bondir l'indice Dow Jones de plus de 11%, du jamais vu depuis 1933. Le S&P 500 a pour sa part fait un gain de 9,3 %, réalisant sa meilleure journée depuis octobre 2008, tandis que le Nasdaq a gagné 8,1 %.

En Europe

L'Italie a été le premier pays européen durement touché par le coronavirus. Son gouvernement a donc mis sur pied, le 1er mars, un plan de soutien à son économie de 3,6 milliards d'euros, soit 0,2 % de son PIB. En état d'urgence sanitaire à présent (avec ses plus de 1.100 morts), confrontée à des ruptures de chaînes d'approvisionnement, la France intensifie ses mesures et multiplie les annonces de soutien, à l'image de Renault. L'Etat vole de plus au secours de la French Tech avec un plan de 4 milliards d'euros. Mesures d'autant plus nécessaires que le chômage partiel touche au moins 730.000 personnes. De manière significative, selon les données de Réseau de transport d'électricité (RTE), la consommation d'électricité a chuté. Air France-KLM est entré en mode hibernation, Les transports en commun sont quasiment à l'arrêt...

Plus largement, l'épidémie de Covid-19 est un défi pour l'Europe. Un défi sanitaire bien sûr, mais également un défi économique, avec un confinement général décrété en Italie, Espagne, France, Autriche, Belgique particulièrement. Raison pour laquelle la Banque centrale européenne (BCE) a débloqué un plan d'« urgence» de 750 milliards d'euros. Ce plan de sauvetage colossal a pour objectif de calmer les marchés. En rachetant ainsi massivement de la dette des Etats et d'entreprises de la zone euro sur les marchés, la BCE espère soutenir les banques et en retour, les inciter à maintenir, voire développer leurs prêts aux ménages et entreprises, et ainsi à soutenir la production et l'emploi. Ce soutien doit aider à relancer un système économique grippé, où de nombreuses sociétés sont obligées de suspendre leur activité et où certaines vont se retrouver bientôt menacées de faillite. Neuf dirigeants de l'UE, dont la France, l'Italie et l'Espagne veulent aller plus loin et plaident pour des corona bonds, l'objectif étant de soutenir financièrement les systèmes de santé engagés dans le combat contre la pandémie.

Il faut croire que ces décisions, ajoutées aux initiatives américaines, ont eu un impact sur les Bourses européennes. L'indice CAC 40 prenait 96,64 points pour grimper à 4.339,13 points. La veille, il avait fait un bond de 8,39 % à 4.242,70 points. Les mêmes causes ont produit les mêmes effets à Londres et Francfort. L'indice FTSE-100 des principales valeurs prenait 96,42 points pour atteindre 5.542,43 points, tandis que le Dax prenait 2,96 % à l'ouverture, gagnant 286,8 points (9.987,37 points).

En Afrique

En Afrique subsaharienne, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, en Éthiopie et en Afrique du Sud, plus d'un millier de cas d'infection ont déjà été recensés. Ici aussi, les conséquences de la crise économique pourraient être catastrophiques. Presque inévitable, la récession aura principalement un impact sur les prix des matières premières et notamment le pétrole, qui va mettre nombre de pays africains en situation d'illiquidité voire d'insolvabilité. La dette pèse massivement sur nombre d'entre eux. Le service de la dette est ainsi supérieur au budget consacré par les Etats à la santé. La fermeture des frontières suscite, par ailleurs, la crainte d'une flambée des prix alimentaires et de possibles pénuries sur les principales denrées de base car l'Afrique importe massivement pour subvenir aux besoins d'une population en forte croissance et de plus en plus urbaine.

Face à ces risques, les Etats ont réagi. La première banque centrale qui a rapidement mis en place un dispositif pour éviter l'effondrement du système productif et des entreprises a été celle du Rwanda. De son côté, la banque centrale marocaine est aussi très active. La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a lancé un plan de 1.400 milliards de francs CFA pour financer les banques. La Banque arabe pour le développement de l'Afrique (Badea) va débloquer 100 millions de dollars à l'intention de l'Afrique subsaharienne. C'est une première : jamais cette institution financière, créée en 1975, n'avait pris d'initiative en matière de santé publique. L'attribution de cette enveloppe se fera à la demande des pays, selon leurs propres besoins. Ainsi tous ces dispositifs et mécanismes permettront-ils de donner les moyens aux gouvernements de faire ce qui est important en matière d'équipements d'urgence au moment où leurs recettes budgétaires baissent de façon importante.

Il n'existe pas de politique de santé européenne

Reste que toutes ces mesures semblent être prises de manière indépendante. Chaque Etat prend des décisions en fonction de ce qu'ils croient être leurs propres intérêts. Les Etats-Unis en est sont la plus claire traduction. Mais l'Europe ne montre pas davantage un front uni, à l'image de ce vol de masques chinois sur l'aéroport de Prague. L'évolution exponentielle du nombre de contaminés et de décès a provoqué au sein de l'Union européenne des réflexes individualistes, contraire à l'esprit du projet européen. Face à cette crise sanitaire, cette fracture socio-géographique entrave une réactivité globale. N'ayant jamais été prévue, il n'existe pas de politique de santé européenne.

Il y a là une flagrante contradiction, à moins qu'on ne se dirige vers un resserrement économique d'après crise sur les espaces nationaux. Comment imaginer aujourd'hui un redémarrage de l'économie de chaque pays sans qu'elle continue à s'inscrire dans une mondialisation qui vient cependant de montrer certaines de ses limites ? Comment dans ces conditions sera donc surmonté l'affichage de l'éclatement des différentes politiques économiques dans le cadre d'un nécessaire rétablissement des confiances réciproques ?

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Commentaires
a écrit le 29/03/2020 à 11:49 :
La France CIGALE et l'Allemagne FOURMIE , belle fable, mais beaucoup plus chère de conséquences qu celle de LA FONTAINE.
Jamais depuis 1974 cette France considérée à la fois comme une des premières économies mondiales sans oublier le Pays le plus taxé en prélèvements obligatoires, n'a été fichu capable d'avoir un budget en équilibre, sans parler comme l'Allemagne d'avoir un budget excédentaire.
Cette crise sanitaire d'ampleur va nous faire plonger davantage dans nos travers: énormes dettes, impôt ou taxes en hausse. Enfin pour faire plaisir à MACRON plein de petits vieux retraités oisifs, improductifs et souvent taxables à outrance, vont disparaître des fichiers de BERCY.
Qui paiera alors ?
Ceux qui resteront.
a écrit le 28/03/2020 à 8:45 :
C'est dans ce genre de moment qu'on se rend compte que le monde tourne plus rond... Espérons que la différence entre les plus riches et les plus pauvres diminue, car lorsqu'on a besoin de l'argent des riches ils n'en donne pas mais quand on a besoin de celui des pauvre y a toujours un nouvel impôts sur eux ou une baisse continuelle du pouvoir d'achat !!!

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