Le prochain président français doit-il s'inspirer de David Cameron ?

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le prochain président français doit-il s'inspirer de David Cameron ?

David Cameron a-t-il trouvé la potion magique de la croissance ? Peut-il inspirer notre prochain Président de la République dans la conduite de son quinquennat ?

Un rapide flash-back d'abord pour bien fixer les enjeux. Il est incontestable que l'économie britannique est, non seulement repartie depuis l'arrivée de David Cameron, mais qu'elle s'accélère. Le bilan sur les 5 dernières années, c'est un PIB en hausse de 2,1% l'an en moyenne.

En Face, la France atteint péniblement 0,9%, autant dire que la comparaison ne nous est pas favorable. Et que dire de l'évolution du marché du travail. D'un côté, il y a une économie britannique qui crée des emplois en masse : 1 million 700 milles depuis le point bas du 3e trimestre 2011, quand il stagne en France. Sur ces deux plans, l'écart est manifeste. Et si le taux de chômage devait être le marqueur ultime de succès d'une politique, là encore, l'évolution des écarts parle d'elle-même. L'inflexion de la courbe est de l'autre côté de la Manche. Mais comment diable sont-ils parvenus à ce tour de force ? Quelles recettes ?

Tout repose sur quatre concepts : pragmatisme, timing, cohérence et constance.

Pragmatisme

Le gouvernement britannique a parfaitement conscience que l'économie du Royaume est ultra-dépendante de son cycle immobilier car il génère d'énormes effets de richesse. L'économiste Patrick Artus a mesuré la force du lien qui unit la croissance du PIB et celle des prix de l'immobilier résidentiel et commercial : il ressort que la corrélation est positive et très forte car elle stimule la consommation et la construction de logements. Ce n'est pas son seul avantage.

Elle se nourrit de capitaux étrangers qui participent au financement du déficit extérieur. D'où l'obsession de Cameron à relancer au plus vite ce qui constitue le point fort, comme le talon d'Achille, de l'économie britannique. Les difficultés d'accès au crédit sont allégées grâce à deux plans de soutien aux emprunteurs et la baisse des taux est pilotée par la BoE.

Les résultats sont là : les prix de l'immobilier résidentiel ont restauré puis ont dépassé leurs pics historiques. C'est le seul cas des grandes économies. Pragmatisme, sens du timing et cohérence.

Les Britanniques, pas plus que les Français, n'aiment les déficits publics. Et pourtant, ils les ont laissés filer pendant la crise et bien davantage qu'en France.

Timing

Bien entendu, si l'objectif premier est de relancer l'activité il faut soutenir la demande, coute que coute, et certainement pas la brider en s'enfonçant dans l'austérité. La consolidation budgétaire ne peut arriver que dans un second temps, une fois le retour de la croissance confirmé.

Priorité donc dans un premier temps à l'allégement de la barque fiscale des entreprises et des ménages, tout en corsetant la demande publique. La politique monétaire est au diapason. La BoE abaisse violemment son taux de base dès le début de la crise à 0,5%. La réaction de la BCE arrive avec retard. C'est aussi la mise en place d'une politique non-conventionnelle d'achats d'actifs, qui a entre autre dopé les cours boursiers et renforcé les effets richesses. Là encore la BCE agira, mais une fois de plus avec retard.

Cohérence et constance

Les mesures phares (IS ou plus récemment majoration du salaire minimum) sont programmées sur 5 ans, ce qui offre un horizon suffisamment stable aux entreprises et aux ménages.

Bien entendu faire un copier-coller de la politique économique de Cameron n'aurait aucun sens, la France n'est pas l'Angleterre. En ignorer les effets secondaires serait naïf aussi. Le Royaume-Uni reste confronté à des défis majeurs : restaurer ses comptes publics et la qualité de sa main d'œuvre, pour assoir sa croissance sur une véritable base de productivité. Ce sont des défis lourds mais auxquels le pays s'attaque maintenant dans un contexte porteur de croissance. Ne pas faire du copier-coller donc, mais s'inspirer de l'ADN même de ce qui a fait le succès britannique : le pragmatisme, le timing, la cohérence et la constance.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 17/11/2015 à 8:19 :
Le prochain président devra nécessairement basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. Cela impliquera d'augmenter le prix de l'énergie en contrepartie de la réduction du cout du travail.
a écrit le 16/11/2015 à 22:11 :
Il faut toujours rappeler que pendant que la BoE baissait ses taux, le sieur Trichet les augmentaient...il devrait être jugé et condamné pour ça, mais non on le voit régulièrement sur tous les plateaux, continuant a dire ce qu il faudrait faire.
a écrit le 16/11/2015 à 17:10 :
Toujours un train de retard l'intelligencia Frenchy.... Nous voulons toujours reprendre ce qui n'a pas fonctionner ailleurs....
a écrit le 16/11/2015 à 15:24 :
YES
a écrit le 16/11/2015 à 14:30 :
ben oui. les prix immo augmentent beaucoup là-bas parce-qu'ils construisent peu et parce-que la politique économique de Cameron repose essentiellement sur Help to Buy, Buy to Let et crédit facile en général.
le CEPII disait l'autre jour dans la Tribune que 1% d'augmentation des prix immo c'est 0,6% de croissance du PIB. Artus semble confirmer ça d'après l'article ci-dessus.
la France, elle, construit beaucoup. la bulle n'a pas éclaté comme chez les autres en 2008. elle se dégonfle aujourd'hui lentement. et tire croissance/emploi vers le bas.
faire 1,1% de croissance en 2015 dans ces conditions, c'est pas trop mal.

le lobby bancaire du UK s'inquiète ces jours-ci de la perte d'emploi et de la baisse des investissements des banques présentes à la City (cf. Bloomberg). les fleurons Rolls-Royce et BAe semblent aussi en petite forme. le gouvernement semble être obligé de multiplier les ventes d'actifs. les annonces de contrats avec la Chine ont été pas mal surestimées, semble t-il (cf. FT).
il y a donc aussi les inquiétudes sur l'immobilier (pénurie, mauvaise qualité de l'existant, prix astronomiques...).
l'endettement global public/privé du UK est bien plus élevé que chez nous (110% du PIB d'endettement des ménages, contre 55% en France).
Markit s'interrogeait en 2013 sur la divergence entre les estimations officielles (ONS) de créations d'emploi et les estimations privées (BCC, REC/KPMG, Markit) : surestimation des créations par l'ONS ?
le UK accuse par ailleurs un gros déficit de productivité vis-à-vis de la France. parce-qu'il crée essentiellement de l'emploi peu qualifié comme le disait l'Université d'Oxford en janvier ?
a écrit le 16/11/2015 à 13:26 :
Le prochain président français doit-il s'inspirer de David Cameron ? Oui, surtout sur la relation avec Bruxelles et la renégociation des traités!

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