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Législatives en Italie : Giorgia Meloni, poisson-pilote de Marine Le Pen

Photo de Denis Lafay

Denis Lafay

Publié le 26 août 2022 à 05:52 - Mis à jour le 27 août 2022 à 14:45

Giorgia Meloni

Giorga Meloni, aux commandes de Fratelli d'Italia.

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le 25 septembre à l'issue du scrutin des législatives en Italie, c'est possiblement une femme qui, pour la première fois dans l'histoire, pourrait prendre la présidence du Conseil : Giorga Meloni, aux commandes de Fratelli d'Italia. Comment cette blonde quadragénaire est-elle parvenue à populariser de la sorte le petit parti post-fasciste qu'elle a créé en 2013 ? Grâce à une stratégie patiente de dédiabolisation, forte de l'extrême droitisation de la droite traditionnelle, en jouant de ses attributs de femme : une douce tactique sous l'écorce de laquelle elle réussit à diffuser un discours...

... ne effroyable radicalité. De quoi donner des ailes à son alter ego française, Marine Le Pen.

Le 25 septembre, les yeux de toute l'Europe, et en particulier de France, seront braqués sur Rome. Ce soir-là seront prononcés les résultats des élections législatives, déclenchées après un séisme politique dont seule - ou presque, Israël aussi en est coutumière - l'Italie a le secret. Le 21 juillet, le président du Conseil Mario Draghi était contraint à la démission, après que trois formations de sa fragile et hétérogène coalition l'aient désavoué au Sénat. Trois partis emblématiques de l'impressionnant spectre idéologique et partisan si singulier de la péninsule : le Mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte (président du Conseil de 2018 à 2019), Forza Italia de l'indestructible Silvio Berlusconi, 86 ans, et le mouvement d'extrême droite La Ligue, porté par Matteo Salvini. Une énième élection annonciatrice d'une énième alliance ingouvernable et d'une énième dissolution ? Pas tout à fait.

Car celle que les sondages placent très largement en tête des candidats à la présidence du Conseil est Giorgia Meloni. D'abord, une femme. Elle serait ainsi la première dans l'histoire de l'Italie à gouverner le pays. Ensuite, et surtout, elle est aux commandes du parti post-fasciste Fratelli d'Italia, qu'elle a fait naître en 2013, et qui dans les sondages devance très largement les deux autres composantes de la coalition, la Ligue et Forza Italia. Toutes les conditions sont réunies pour que l'ancienne ministre de la Jeunesse d'« un » gouvernement Berlusconi (2008 - 2011) emménage au Palais Chigi. Une double révolution, donc.

Si la France en particulier étudiera avec grande attention l'issue du scrutin et la très probable gouvernance de Giorgia Meloni, c'est bien sûr que la blonde quadragénaire symbolise ce qui pourrait advenir dans l'Hexagone en 2027 si Marine Le Pen remporte l'échéance présidentielle. L'une et l'autre partagent, en effet, bien des points communs.

Même leader à droite

Sur des échiquiers politiques asséchés (ou presque) de droite républicaine modérée, elles se révèlent être les leaders de l'opposition « de droite », dans un contexte européen ou la droite traditionnelle n'a jamais été autant arraisonnée par l'extrême droite. En France, cette dernière ne cesse pas de contaminer les consciences républicaines, aidée en cela par un parti de gouvernement complaisant et même, au nom de tactique électorale, facilitateur. Et cette porosité des idéologies ne devrait pas s'estomper, au contraire : les thèmes, habilement confondus, de la patrie, de la souveraineté, du nationalisme vont poursuivre leur essaimage dans un magma délétère. Mis à l'épreuve de la guerre en Ukraine, des crises énergétique, économique et sociale, des mouvements migratoires, de l'inflation, et de l'insécurité, ils ne manqueront pas de phagocyter et de cristalliser le débat public. Tout contexte favorisant la peur de l'étranger, la haine de l'autre, le rejet du vulnérable, le repli sur soi, enflamme et banalise ces sujets, cardinaux dans la rhétorique extrémiste. Rarement l'itinéraire du « héros » de Odon von Horvath, Un fils de notre temps (1938, Gallimard) aura résonné aussi puissamment.

Même stratégie de dédiabolisation

Giorgia Meloni a fondé son ascension récente sur une stratégie de dédiabolisation. Exit d'un revers de la main les fantômes fascistes, xénophobes, voire nazis qui pourtant continuent de hanter ses groupes de sympathisants, de militants ou même d'élus. Reléguées, sans honte, les déclarations nauséabondes et les polémiques pestilentielles. Outre qu'elle permet de purger dans les mémoires des électeurs les errements et dérapages accumulés depuis son immersion, à seulement 15 ans, en politique, cette stratégie est censée crédibiliser son statut de gouvernante.

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Marine Le Pen l'a bien compris, et cela avant même le début de la campagne présidentielle française. Maîtrise du ton, des mots, des comportements, mise à l'écart de profils sulfureux, tout aura été orchestré pour, là encore, banaliser. Ce que la débâcle de l'enragé Éric Zemmour aura conforté. L'armée des 89 dociles députés qu'elle cornaque, depuis, au Palais Bourbon, et la campagne, toute en retenue (à ce jour), que mènent les disciplinés Jordan Bardella et Louis Aliot pour la présidence du RN, honorent, pour l'heure, cette stratégie. Des tenues vestimentaires aux déclarations publiques, tout est sous contrôle, et entrepris pour que la « fille de » devienne acceptable aux yeux du plus grand nombre, abandonnant aux rangs désordonnés de la Nupes le leadership de l'hystérie, du chaos et des dérapages. Et pour illustration commune de stratégie de crédibilisation, l'abandon chez l'une et l'autre des vœux d'émancipation de l'Union européenne ou même de l'euro. Les folles outrances de Donald Trump continuent de faire des ravages aux États-Unis - en témoigne le raz-de-marée, cet été, des candidats pro-Trump aux primaires républicaines, en dépit de l'épée de Damoclès pesant sur un ex-Président soupçonné, depuis les perquisitions du FBI, d'avoir violé la loi sur l'espionnage - mais ne constituent pas un modèle d'attractivité aussi performant dans la culture européenne.

Même « atout » féminin

Durant sa campagne, et même au plus fort des dangers et des provocations portés par le camp du très masculin Éric Zemmour, Marine Le Pen s'est efforcée de mettre en avant sa condition de femme, divorcée, et mère... L'intérêt n'était pas seulement de séduire celles qui partagent cette situation ; il était de promouvoir une spécificité a priori contre-productive vis-à-vis d'un électorat avide d'autorité, en réalité puissamment utile lorsqu'elle est subtilement dosée. Une pincée de fragilité dans une marmite d'agressivité permet de faire germer une apparence de sensibilité responsable, qui humanise et rapproche sans toutefois adoucir le contenu. Sa posture - ridiculement mise en lumière par certains médias - d'amoureuse des chats aura constitué le point d'orgue de cette stratégie.

De l'autre côté des Alpes, Giorgia Meloni n'a pas agi autrement. « Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne », aime-t-elle proférer. Jamais elle n'a cessé de marteler sa condition de femme, à même, selon elle, d'exercer autrement le pouvoir en mettant à l'honneur des singularités supposément féminines - « sens de la responsabilité », « pragmatisme » notamment. Et de considérer alors que les prises de position les plus dures - en matière d'immigration ou d'ostracisation des minorités ethniques ou sexuelles - peuvent devenir davantage audibles et même tolérables lorsqu'elles sont prononcées par une femme.

Des approches distinctes des sujets de société

D'autres sujets calquent, comme un miroir, la proximité des deux femmes. Leur connivence avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban, leur attachement viscéral aux racines judéo-chrétiennes de l'Europe, et bien sûr un culte souverainiste, un euroscepticisme - et l'engagement de réformer en profondeur les règles de l'UE -, des promesses d'abaissement massif d'impôts et de revalorisation des populations « de souche », enfin une focalisation anti-immigration et anti-islam, mimétique. Un point, toutefois, les distingue : leur approche sociétale.

Giorgia Meloni le clame haut et fort : le modèle, très conservateur, qu'elle défend est celui d'une civilisation chrétienne qui honore les principes les plus traditionnels, réactionnaires, voire discriminatoires. Dans l'auto-description ci-dessus rappelée, elle n'oublie jamais d'ajouter : « Je suis chrétienne, et vous ne me le retirerez pas ! ». Ses prises de position anti-avortement, contre l'élargissement des droits des personnes LGBT, contre le droit à l'adoption par les couples homosexuels, pour le recentrage des femmes sur la famille, la singularisent des postures de Marine Le Pen - celles-ci sont sensiblement plus libérales, mais souvent murmurées du bout des lèvres ou avec embarras afin de ne pas froisser une frange historique de son électorat. Question d'approches individuelles et morales de l'existence, aux antipodes l'une de l'autre - et qui d'ailleurs sur ce point lient l'élue italienne davantage à Marion Maréchal. Mais aussi, et plus sûrement, distingo de stratégies idéologiques adaptées à des cultures et des sociologies différentes des deux côtés des Alpes.

Un tremplin

Le scrutin transalpin du 25 septembre sera donc, pour ces raisons, disséqué à la loupe du côté français. Nonobstant des configurations sociales, économiques, et culturelles distinctes qui limitent la portée des comparaisons, la très probable victoire, peut-être triomphale, du parti post-fasciste de Giorgia Meloni pourrait constituer un laboratoire riche d'enseignements pour Marine Le Pen. Et s'il s'avère que son opposition n'en tire pas les « bonnes » leçons d'ici 2027, davantage qu'un simple laboratoire : un tremplin.

Denis Lafay

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