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Les banques centrales au bal du diable

Photo de Ivan Best

Michel Santi

Publié le 13 août 2015 à 06:27 - Mis à jour le 17 août 2015 à 09:53

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Il est facile d'accuser les banques centrales d'avoir créé un environnement de taux d'intérêt nuls, alors qu'elles ne font que répondre aux tendances déflationnistes à l’œuvre dans le monde. Par Michel Santi, économiste

L'un après l'autre, tous les établissements bénéficiant du pouvoir miraculeux d'imprimer l'argent se sont joints à la fête. En l'absence de politiques publiques consacrées ouvertement à la relance de la croissance et à la lutte contre le chômage, en présence de responsables politiques velléitaires et largement incultes en matière économique, seules les banques centrales disposaient des munitions à même de neutraliser la déflation et la récession. Elles se prirent du reste au jeu avec le plus grand sérieux et activèrent à cœur joie leur planche à billets.

La Fed a ouvert le bal

Ayant ouvert le bal, la Réserve fédérale US fut très rapidement suivie par la Banque d'Angleterre et par la Banque du Japon, qui avait pour sa part usé et abusé de ces baisses de taux quantitatives dès 2001 sans effet bénéfique pour son économie car malencontreusement neutralisées par une politique d'austérité mise en place par des gouvernements successifs tétanisés par leur dette publique. Par la suite, c'est très tardivement que la Banque centrale européenne se résolut à joindre une orgie violemment stigmatisée par des européens du nord prudes et industrieux. Du haut de ses réserves massives, la Banque de Chine eu l'honneur de clôturer le bal sous la pression d'une bourse nationale en pleine déliquescence pour avoir perdu 30% en l'espace de quelques semaines.

L'activité économique dépendante des banquiers centraux

Voilà donc notre activité économique globale qui devenait progressivement dépendante - ai-je dit accro? - à des banquiers centraux - par définition non élus - mais dont on exigeait d'autant plus que nos politiciens - par définition élus - se défilaient de leurs responsabilités de lutter contre le chômage et contre la stagnation. Occupant largement et la scène médiatique et la scène économique, l'orthodoxie fut dès lors prompte à accuser les banques centrales de maintenir les taux d'intérêt artificiellement bas par leur politique de création monétaire, contribuant par là même à pénaliser les épargnants et à fragiliser les économies désormais bien plus vulnérables à l'hyper inflation.

Ces « personnages très sérieux ( les « Very serious persons » pour reprendre l'expression de Paul Krugman, économiste qu'ils adorent haïr) passaient toutefois sous silence que c'est précisément ces taux d'intérêt nuls qui étaient censés motiver les investisseurs à une plus grande prise de risque, elle même favorable à la relance économique.

Les banques centrales accompagnent la tendance déflationniste, elles ne la créent pas

Poursuivant néanmoins leur travail acharné de sape contre les banques centrales, l'hyper orthodoxie passait également à côté d'un phénomène unique et sans précédent dans les annales, à savoir qu'il fallait peut-être aller chercher ailleurs les fondements de cet environnement inédit de taux nuls, voire négatifs. Est-ce en effet les banques centrales qui sont coupables de ce contexte de taux et de rendements nuls, ou ne font-elles que tenter de gérer une situation où ces taux sont terriblement comprimés du fait de la persistance de notre productivité en berne et de notre stagnation prévalant depuis près d'une dizaine d'années ?

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S'il est donc vrai que nos banques centrales ne font qu'accompagner - parfois édulcorer - des grandes tendances déflationnistes et récessionnistes mondiales, elles seraient donc exactement le contraire du fantasme décrit par les orthodoxes. C'est-à-dire pratiquement impuissantes face à des forces qui les dépassent et qu'elles tentent tout au plus de canaliser.

Le défi de la stagnation séculaire

Débat fascinant néanmoins superbement ignoré par l'aristocratie des économistes et qui consiste à savoir si les banques centrales ne font que s'adapter à la stagnation séculaire caractéristique de nos économies occidentales et intégrées, qui infecte même aujourd'hui les nations émergentes. Au demeurant, contexte effrayant fait d'une inflation de tout juste 1.3% dans le pays le plus dynamique au monde (les Etats-Unis), de 1% en Grande Bretagne, agrémenté de l'implosion d'une bulle spéculative boursière en Chine, et parachevé par des matières premières au plus bas depuis 12 ans et par des prix pétroliers qui se sont effondrés de 20% en un mois! Situation, à certains égards, plus grave que les heures les plus noires de 2008 et qui - quoiqu'il en soit - ne favorise pas plus la confiance que l'investissement.

Qui voudrait être dans la peau de Mario Draghi ou de Janet Yellen ?


Qui, aujourd'hui, voudrait être dans la peau de Mario Draghi (BCE) ou de Janet Yellen (Fed) à désespérément tenter de ressusciter une économie par des transfusions de liquidités, elles mêmes directement responsables de la formation de bulles spéculatives et donc d'instabilité financière ? Accepter une croissance condamnée à rester anémique voire inexistante du fait d'une productivité en constant déclin, ou relancer la machine au risque de la déstabiliser par des prises de risque excessives? Tel est donc le défi posé par la stagnation séculaire à nos banquiers centraux confrontés à un jeu dont ils sont conscients qu'il est à somme nulle.
Plus fondamentalement, cette incontestable stagnation séculaire serait en quelque sorte la sécrétion de la décadence du capitalisme tel qu'on l'a connu, et signalerait un retour à l'insignifiante croissance pré-capitalistique et à son contexte profondément marqué par la hiérarchie et par la féodalité.

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

Sa page Facebook et Twitter.

Michel Santi

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