Les deux seuils fatidiques de l'économie mondiale : 3.000 points à Shanghai, le pétrole à 30 dollars

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(Crédits : Valérie Semensatis)
L'économie chinoise continue de ralentir. La baisse de la production industrielle impacte directement son marché financier. De quoi alimenter la chute du prix du pétrole. Deux seuils symboliques vont être franchis. Quelles conséquences pour le monde? Par Gérard Vespierre, associé-fondateur de Strategic Conseils, chercheur associé à la Fondation d'études du Moyen-Orient (FEMO)

Le rapprochement de ces deux chiffres est tentant sur le plan arithmétique - l'un d'un niveau juste cent fois supérieur à l'autre -, sur le plan stratégique, car la baisse de l'activité économique chinoise nourrit la baisse du prix du pétrole, et sur les conséquences mondiales de voir ces deux niveaux franchis pratiquement en même temps vers le bas.

L'auteur, dans un précédent article sur la tendance de l'économie chinoise (Chine, 30 piteuses après 30 glorieuses) publié le 11 Septembre 2015, écrivait :
« Le 20 Août l'indice de Shangaï se situait à 3.664... Le 8 septembre, il s'est replié à 3.080.... Il faut s'attendre à de nouvelles ruptures boursières. Il y a encore 700 points de trop dans l'indice de Shanghai, par rapport à octobre 2014, avec des entreprises dont les résultats ne se sont pas améliorés, mais au contraire dégradés. Cela aboutit à une projection de baisse de l'indice d'encore... 25%! »

Que venons-nous de voir ce 12 janvier ?

En Chine, pas de relève par la consommation

L'indice boursier est repassé sous la barre symbolique des 3.000 points... Si ce niveau est enfoncé, l'indice va poursuivre sa baisse quelles que soient les mesures prises par les autorités de marché chinoises.
Depuis 10 mois, le recul de l'indice de l'activité industrielle est systématique. Face à un recul substantiel de la demande internationale en 2015, et qui va s'accentuer en 2016, la relève par la consommation domestique est un leurre.
Comment est-il possible d'augmenter la demande intérieure quand les branches de l'industrie primaires, mines, métallurgie, cimenteries ferment des sites et licencient leur personnel ?

Une classe moyenne qui voit fondre ses économies

Comment augmenter la consommation des ménages quand une partie de leur épargne est partie en fumée dans la dégringolade boursière... ? Sur le seul mois de mai 2015, les dépôts bancaires ont diminué de 150 milliards de dollar pour alimenter la création de plus de 10 millions de comptes à la Bourse de Shanghaï... A cette somme, il convient certainement d'ajouter les montants des effets de levier mis en place par les traders... La classe moyenne voit fondre une partie de ses économies... Est-ce la base d'une situation de relance ? Certainement pas.

A cela s'ajoute la fragilité de nombreuses institutions financières, l'endettement des régions, et la hausse des créances douteuses. Shang Fulin, président de la commission du secteur bancaire, aurait affirmé lundi 12 janvier:

"A la fin 2015, les créances douteuses et irrécouvrables des banques commerciales avaient augmenté durant 17 trimestres d'affilée et les créances douteuses et irrécouvrables dans leur ensemble durant 10 trimestres consécutifs".

Ces créances représentaient 272 milliards d'euros en 2015 contre 199,8 milliards d'euros en 2014, soit 36% d'augmentation quand les bénéfices des banques n'enregistreraient qu'une hausse de 2,3% en 2015...

Relance intérieure, vous avez dit relance intérieure... ?

L'augmentation de la demande a toujours lieu dans une période d'inflation de plusieurs points par an et en phase d'accélération. Que voyons-nous en Chine ? Une inflation de 1,5% environ, la baisse des prix des matières premières, de l'énergie, et une absence de tension sur les salaires, vont très certainement faire baisser le taux d'inflation en 2016 à l'instar de la baisse des prix des produits manufacturés.
La hausse nécessaire et espérée des dépenses des ménages n'aura pas lieu.

Les sombres perspectives de l'indice de Shanghai

En conséquence la rentabilité des entreprises va continuer de s'affaiblir et leur valorisation boursière de diminuer... L'indice de Shangaï n'a pas de beaux jours devant lui.

shangai

Historique de l'indice de la bourse de Shanghai. Site CNBC

Il faut s'attendre à ce qu'il revienne au niveau auquel il se trouvait avant l'enclenchement de la bulle spéculative du dernier trimestre 2014... 20% à 25% de baisse... à venir...

Devant cette situation très inquiétante, les autorités chinoises tentent de ralentir la chute, en bloquant le fonctionnement du marché. C'était le cas avec le dispositif du « disjoncteur » suspendant les opérations quand l'indice en séance baissait de 7%... Finalement, devant l'inefficacité de la mesure, voire son côté amplificateur de baisse, en reprise de séance, ce dispositif a été lui-même suspendu....

La Commission de régulation des marchés financiers (CSRC) a annoncé le 7 janvier la prolongation de restrictions de ventes par les actionnaires possédant plus de 5% dans une entreprise cotée. Ces actionnaires, qui depuis la spectaculaire débâcle de l'été 2015 avaient interdiction de vendre, seront cependant autorisés désormais à vendre 1% de l'entreprise tous les trois mois..
Quand le marché ne vous plaît pas, on bloque le marché... Quand le peuple ne vous plaît pas, il suffit de dissoudre le peuple... La Chine est dans le concert de la globalisation... Elle en a perçu d'énormes avantages, il lui faut maintenant accepter les règles du marché, son maintien sur les rails est à ce prix....

Et du côté du pétrole ?

La dégringolade de Shanghai va alimenter la baisse du prix du pétrole. Le franchissement à la baisse du seuil de 3.000 points, et à fortiori la continuation de cette baisse va amener le baril de Brent à passer sous le cap symbolique des 30 dollars....

L'économie mondiale décélère, la production se maintient pour le moins sur de hauts niveaux, les prix du baril plongent. Aux Etats-Unis, en ce tout début de janvier, les statistiques de l'EIA indiquent que la production de pétrole de schiste ne faiblit pas et se maintient en moyenne sur les 5 derniers mois à 9,2 millions de baril par jour, contrairement à ce que la baisse entre juin et septembre avait laissé prévoir...

Vespierre pétrole

Les importations américaines se maintenant elles aussi à un niveau assez stable entre 7 et 8 millions de baril/jour sur les 12 derniers mois. (Les Etats-Unis n'inondent pas le marché de leur pétrole de schiste... ! Leurs achats sur le marché mondial ont baissé grâce à leur production domestique, mais ils sont toujours importateurs net... !). Les réserves américaines sont toujours très proches de leur maximum historique, donc tout le scénario est en place pour la poursuite de la baisse des cours. L'OPEP décidera-t-elle une réunion avant la session prévue au mois de juin ?

L'économie mondiale se dirige vers un nouveau ralentissement, non plus des seuls BRIC... mais également de la zone américaine et de la zone euro... Les exportations de ces deux zones vers l'Asie seront très probablement inférieures en 2016 par rapport à 2015. A cela s'ajoute les moindres capacités d'investissement et d'importation des pays producteurs de pétrole.....

Terrible début 2016.

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Commentaires
a écrit le 15/01/2016 à 20:59 :
On cherche l'originalité dans cet article aux infos 100 fois lues ailleurs...
a écrit le 15/01/2016 à 15:50 :
Mais pourquoi la production US de petrole ne baisse t elle pas ???
Ils n'etaient pas sensés produire avec un cout marginal >60$ ???
Réponse de le 15/01/2016 à 18:00 :
Très bonne question, et on ne peut que s'étonner qu'il n'y ait pas de tentative de réponse.
Mais il faut noter que si les stocks américains ont progressé, il n'y a pas d'augmentation spectaculaire traduisant un réel déséquilibre du marché.
Sans être un spécialiste, il y a peut-être des explications de bon sens.

1°) Peut-être que ce coût étant un coût moyen, ne restent en fonctionnement que les puits possédant des coût inférieurs à ce seuil de 60 dollars. On augmenterait la production des puits les plus rentables, en baissant la production des puits les moins rentables, dans l'attente de jours meilleurs.

2)° Autre hypothèse qui ne supprime pas la première : on serait dans une bulle spéculative de type subprimes. On préférerait continuer à exploiter des puits non rentables, car la demande perdure toujours (comme le montre les importations américaines de pétrole) et l'endettement pour quelques temps encore, ne coûte pas grand-chose.
Il ne faut pas oublier qu'arrêter un puits coûte de l'argent. Et qu'il y aurait une perte de part de marché.

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