Les marchés financiers au secours du climat ?

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L'information sur les risques que le changement climatique fait peser sur les entreprises peut orienter les investisseurs. Ce qui incite en retour les entreprises à changer leur business model, et à présenter un profil environnemental plus favorable. Par François-Xavier Carayon, consultant en stratégie

La COP21 a suscité de grands espoirs chez les nombreux observateurs soucieux de faire évoluer les mentalités et les législations en matière de changement climatique. Un an après, une pierre importante vient d'être posée afin d'associer marchés financiers et entreprises à cette révolution. Le Financial Stability Board (FSB), groupement international issu du G20, coordonnant les grandes autorités financières nationales et internationales, a lancé en décembre 2015 une task force (TCFD) pour travailler sur le reporting des entreprises en ce qui concerne les risques financiers liés au climat. Ce groupe de travail, présidé par l'ancien maire de New-York Michael Bloomberg, vient de rendre ses recommandations.

RSE: des données partielles

Le nombre de sociétés publiant déjà des informations relatives à la Responsabilité Sociale de l'Entreprise (RSE) a, certes, atteint des niveaux très élevés au cours des dernières années. Près de 75% des sociétés à travers le monde publieraient aujourd'hui des données RSE, avec des taux de publication relativement homogènes entre l'Amérique du Nord, l'Europe et la région Asie-Pacifique, selon KPMG. Mais les données publiées sont souvent très partielles et leurs modèles de reporting si peu uniformisés (notamment en matière environnementale) que leur lisibilité est faible.

La task force s'est donc efforcée de proposer une méthode standardisée et intelligible, permettant d'évaluer les risques financiers encourus par les entreprises du fait du changement climatique. Ce nouveau modèle tire parti des nombreuses initiatives passées dans le domaine (GRI, SASB...). L'objectif est pour les entreprises de pouvoir communiquer une information directement utilisable par les investisseurs, 'prêteurs' et assureurs. En ce sens, cette mission entend aider les marchés à prendre en compte les phénomènes de long terme de changement climatique souvent ignorés du fait de leur complexité. Ce modèle inclut notamment une analyse de l'impact potentiel sur les entreprises de différents scénarios climatiques, notamment celui d'un réchauffement climatique de 2°C d'ici 2100, et d'une transition vers une économie moins émettrice en carbone.

Des risques physiques, d'abord

 Les risques sur l'équilibre financier des entreprises, pris en compte dans cette mission, sont d'ordre physique d'abord. L'augmentation des inondations et autres catastrophes climatiques fait peser un risque de plus en plus grand sur les actifs des sociétés. Les entreprises courent aussi des risques en matière de responsabilité juridique et légale. Il s'agit notamment d'actions collectives en justice engagées par les victimes des catastrophes à l'encontre de ceux qui seraient tenus pour (co)responsables de ces évènements. Il y a enfin des risques dits de transition, qui concernent les sociétés qui devront ajuster, plus ou moins brutalement, leurs business models aux impératifs d'une économie durable et sobre en émissions de carbone.

En pouvant mieux identifier les entreprises qui seront les plus impactées financièrement par le réchauffement climatique, les investisseurs, 'prêteurs' et assureurs pourront déterminer leurs stratégies commerciales en connaissance de cause et limiter les prises de risque inconsidérées. Mais, ce faisant, ces outils devraient aussi inciter les entreprises à transformer leurs business models pour devenir plus résilients aux effets du changement climatique et ainsi présenter un profil environnemental plus favorable.

 Une démarche reposant seulement sur le volontariat

Seul bémol, mais de taille : ces pratiques de reporting relèvent pour l'heure d'une démarche volontaire des entreprises. L'assureur Swiss Re vient d'annoncer l'adoption de ces recommandations, mais le FSB n'a pas l'autorité pour imposer largement de telles pratiques. Une période de consultation de 60 jours s'ouvre désormais pour améliorer le modèle proposé. C'est sans doute au tour des politiques et des représentants de la société civile de se mobiliser autour de ce projet, sans quoi la mission ne restera qu'une synthèse supplémentaire quoiqu'audacieuse.

François-Xavier Carayon

Consultant en stratégie

Diplômé de l'Université d'Oxford

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Commentaires
a écrit le 22/08/2017 à 0:27 :
Trump peut toujours s'opposer aux recommandations telles que présentées aux dirigeants du G20 en juillet dernier, si les acteurs privés bougent, la situation peut progresser. Manifestement, "une centaine de patrons et d'investisseurs à travers la planète - gérant des actifs de 25 000 milliards de dollars - ont publiquement soutenu ce cadre". De même, le Sustainable Insurance Forum, qui rassemble les régulateurs du secteur assurantiel, a soutenu le rapport de la TCFD. Encourageant...
Les grincheux peuvent toujours dénigrer les initiatives. On en reparle dans 10 ans...
a écrit le 22/12/2016 à 0:16 :
C'est assez étonnant de voir que ce genre d'actions concrètes ne soit jamais reprise, débattue ou même contestée, amendée par un débat d'idée. Comme si le pouvoir, ou du moins ceux dont on dit qu'ils le détiennent, fuient les lieux du pouvoir. Difficile de savoir si c'est par manque de réalisme/compréhension politique, par superficialité ...

On préfère l'écologie dogmatique et punitive parce qu'elle est un créneau politique facile pour certains, et une caricature facile à démonter pour les autres. Simulacre de part et d'autre ?
a écrit le 21/12/2016 à 8:30 :
"Pas d'argent, pas de suisse". Vous n'aurez un résultat que si vous mettez une incitation pécuniaire. (Une taxe sur l'énergie pour financer les charges sociales et aussi pour protéger le climat).
a écrit le 20/12/2016 à 17:27 :
On peut déjà faire le pari que les politiques ne s'empareront pas du sujet. Pas assez glamour à l'heure de Twitter et du flash de 40sec sur BFM TV. Faut pas trop en demander non plus.
a écrit le 20/12/2016 à 17:05 :
L'avantage, ici, c'est que les acteurs financiers vont avoir un intérêt à prendre en compte ces critères écolos! Un intérêt financier.

Donc pour une fois, l'approche va plutôt dans le bon sens. On ne compte pas sur leur bienveillance, mais sur une meilleure compréhension de leur intérêt propre !
a écrit le 20/12/2016 à 16:09 :
J'oubliais : pour info environ 50% de la consommation mondiale de pétrole ce sont les transports donc on voit que l'impact de l'arrivée massive de l'électrique qui est la forme la plus efficiente après l'électro-solaire aura un impact plus que substantiel sur le prix du pétrole (et la pollution) d'autant que le prix des batteries baisse, en plus leurs technologies et autonomie évolue, elles permettent tous les modes de gestion et communication à moindres coûts et aussi le stockage d'énergie pour le réseau. Et les apports d'énergies pour un véhicules électrique deviennent multiples : solaire, récup. d'énergie au freinage, volants d'inertie, triboélectricité entre pneumatiques et routes, piezo-électricité via les suspensions comme le fait Audi ou via la chaleur et variations des pneumatiques comme le fait Goodyear etc. En plus d'une bien meilleure efficience (baisse du poids des carrosseries, meilleur aérodynamisme etc) En bref ont va vers des véhicules de plus en plus indépendant de sources d'énergies externes, à savoir les EIV (Energy Independent Vehicles). Le transport maritime fait aussi sa mutation même si elle est plus longue du fait du renouvellement moins fréquent des navires.
a écrit le 20/12/2016 à 15:57 :
Il y a plusieurs facteurs de désengagement des fonds d'énergies fossiles. Ces énergies sont moins compétitives que les énergies renouvelables dont les prix ont encore un potentiel important de baisse. Il n'est plus rentable par exemple aux Etats-Unis d'ouvrir une nouvelle centrale au charbon ou au gaz ou encore nucléaire comme tous les opérateurs comme leur syndicat en conviennent. La population fait pression quasiment partout désormais en faveur des renouvelables (par exemple les chinois avec la pollution) qui offrent de multiples solutions à tous les niveaux, globaux comme régionaux et individuels. Il y a également la compétitivité des véhicules électriques et sous peu électro-solaires. On estime qu'elle va intervenir dès 2022 donc réduire de façon importante la consommation de pétrole déjà atone alors que leur croissance est plus rapide que pour les hybrides et c'est une croissance comparativement historique en bcp moins de temps. Il y a la hausse des taux donc hausse du dollar et en conséquence baisse du pétrole. Un scénario de baisse trop marquée du pétrole impacte désormais plus fortement les économies qui y sont dépendantes (Vénézuela, Russie, Arabie Saoudite etc) avec pour conséquences des risques de faillites bancaires en cascade et des arrêts de commandes par exemple d'avions etc au plan mondial. Donc pour tout le monde le cours des énergies fossiles doit être raisonnable à la hausse comme à la baisse et il y a lieu de limiter la production comme le font les producteurs actuels, tout en se diversifiant. Ils doivent faire l'apprentissage de la sortie des énergies fossiles. On voit comme pour le climat encore un exemple où tout le monde doit coopérer sinon tout le monde plonge. C'est pareil pour les entreprises dans les énergies fossiles et pas seulement et Trump ne pourra rien. Plusieurs spécialistes soulignant qu'il disposait de chiffres anciens concernant les énergies renouvelables comme on a pu le constater, pensent même qu'il va pencher en leur faveur et leur raisonnement détaillé tient la route compte tenu d'un certain pragmatisme économique chez Trump malgré tous ses défauts. De plus beaucoup d'Etats et de villes américaines ont bien l'intention de continuer leur transition vers les renouvelables. Le pouvoir de Trump reste donc limité et surtout dans ce contexte où il n'y a guère de marges de manoeuvres.
a écrit le 20/12/2016 à 11:49 :
Trump, climatosceptique, acclamé par la finance est élu président des états unis et vous voyez sincèrement un espoir financier pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Prenez un peu plus de recul jeune homme pour vos analyses, vous y verrez bien mieux et ferez ainsi l'économie de théories aussi naïves que l'on entend régulièrement au sein des médias de masse.

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