Les retraites, faux débats et vrai problème

 |   |  868  mots
(Crédits : DR)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le faux débats et le vrai problème des retraites.

VIDÉO

La réforme des retraites, qui entre dans sa dernière phase de concertation, est d'abord une réforme systémique. Elle a vocation idéalement à fixer un cadre uniforme, basé sur un algorithme unique d'aquisition de droits à la retraite, allant des salariés du public et du privé, jusqu'aux indépendants. Le but est donc d'abord de mettre fin à la balkanisation des régimes. Et ce faisant, de rendre son pilotage financier à court terme, beaucoup plus simple et consensuel.

1/ De petites variations de paramètres (notamment de la valeur du point) produisent des effets beaucoup plus puissants lorsqu'ils sont appliqués à tous et...

2/ l'uniformité réduit la défiance associée à toute réforme, l'inquiétude récurrente que le jeu est biaisé au profit de certains... et donc la conflictualité des ajustements.

En théorie, on aimerait que la question de l'équilibre financier du système, soit dissociée de ce débat. Car au fil des réformes, le système a été paramétré, de sorte à assurer sa viabilité financière à long terme. Ce qui font remarquer que ce n'est pas l'enjeu prioritaire aujourd'hui ont raison. Les dernières projections, construites sur des hypothèses de croissance variant de 1% à 1,8% à long terme, montrent que la part des dépenses de retraites va au pire se stabiliser, au mieux décroître de 2 points de PIB. Et que le découvert global est sous contrôle et n'excédera pas un point de PIB à terme.... Ce qui veut dire que la viabilité financière du système est à la portée de réformes relativement douces.

Des économies sur le dos des futurs retraités

Mettre maintenant le focus sur l'âge de la retraite ou la durée de cotisation donne l'impression que la réforme, derrière sa simplicité et son uniformité revendiquées, est un écran de fumée, destinée à faire des économies sur le dos des futurs retraités. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, avait été postulé dès le début du processus, que l'âge de la retraite à 62 ans, ce seuil minimal où l'on peut partir avec un taux plein, dès lors que l'on a cotisé toutes ses annuités, demeurerait inchangé. Puis le message s'est brouillé, pour prendre toutes les allures d'une tartufferie : 62 ans, oui, mais avec une décote jusqu'à 64 ans. On peut certes minimiser la portée de la mesure. Le paramétrage actuel, avec à terme 43 ans de durée de cotisation, conduira de fait à un âge effectif de départ à la retraite à taux plein de 64 ans...

Et pourtant, non ce glissement n'est pas anodin. Alors que dans le système actuel, ceux qui ont commencé à travailler avant 19 ans, peuvent et pourront bénéficier à 62 ans d'une retraite à taux plein. Mettre une décote avant 64 ans, les obligerait  à travailler deux années de plus pour bénéficier de tous leurs droits... ce qui veut dire en gros, que les moins qualifiés seraient pénalisés, par rapport à ceux qui ont fait des études longues. Ce qui fait ressurgir la fracture si emblématique de la crise des gilets jaunes, entre la France déclassée et la France diplomée des métropoles. 

La réforme a pris soin de bétonner la situation des plus précaires : la retraite ne pourra pas être inférieure à 85 % du SMIC, contre 81% aujourd'hui et même 75 % pour les agriculteurs ; elle protège davantage des familles monoparentales ; elle est favorable aux carrières courtes et hâchées... Mais la portée symbolique de la réforme de l'âge, est suceptible de tout faire capoter. Surtout si l'on ajoute à cela le bataillon des fonctionnaires (notamment enseignants) qui pourraient perdre dans le nouveau système... On comprend qu'Emmanuel Macron ait rétropédalé.

La question de l'âge et de la durée de cotisation

Faut-il pour autant considérer que le débat sur l'âge et la durée de cotisation doit être sorti du périmètre de la réforme ? Non. Pour deux raisons : Premièrement, qu'on le veuille ou non, il s'agit bien d'un enjeu structurel qui engage l'équité du système. Or jusqu'ici, le non-dit des réformes successives, c'est que le maintien du niveau de vie relatif des retraités a été sacrifié sur l'hôtel de l'âge de départ. La solidité financière à long terme du système de répartition se bâtit sur une paupérisation relative des retraités par rapport aux actifs, compte tenu des règles d'indexation. Deuxièmement, la soutenabilité de long terme recouvre un long tunnel de déséquilibre qui atteint un demi-point de PIB en 2025, quel que soit le scénario, puis reste substantiel, entre 1 point et 0,3 point jusqu'en 2035. Il n'y a pas péril en la demeure financièrement parlant. Mais une vraie légitimité à se demander s'il ne vaudrait pas mieux affecter ce demi-point de PIB à des investissements d'avenir plutôt qu'à financer le découvert des retraites, même s'il n'est que transitoire.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/09/2019 à 10:42 :
Le véritable encadrement des retraites porte en effet sur le pourcentage du PIB et sur l’évolution de la retraite moyenne distribuée rapportée à l’évolution du PIB par habitant. Si on pose l’idée toute simple qu’on souhaite maintenir sans l’augmenter ni le diminuer un pourcentage de 14% du PIB pour financer les retraites et si par ailleurs on pose une deuxième idée toute simple qu’on souhaite que la retraite moyenne évolue comme le PIB par habitant pour ne pas pénaliser le pouvoir d’achat des seniors par rapport aux autres dans l’avenir…on en déduit une troisième contrainte toute simple qui est que le pourcentage de retraités dans la population ne doit pas augmenter : si la population est représentée par 4 personnes dont l’une à l’école, deux en âge de travailler et la quatrième en retraite, ce sera la même chose en 2050 ou en 2100 ! La réforme est bien systémique au sens où on remplace les deux paramètres de pilotage que sont l’âge (légal ou pivot) et le taux de cotisation par deux autres paramètres que sont le pourcentage de retraités dans la population et la retraite moyenne en euros constants ou en part de PIB/habitant constante (c’est d’ailleurs comme cela qu’on peut définir le point : la retraite moyenne doit toujours valoir 100 points). Une fois ceci posé, la question est de répartir ces contraintes de façon la plus juste possible entre toutes les personnes et là, toutes les suggestions sont bonnes à prendre. Par exemple on peut vieillir artificiellement les français qui ont effectué des travaux pénibles puis les interclasser par âge corrigé décroissant (ce qui donne un fichier ordonné). En comptant chaque année les naissances et les décès et en fixant à un taux constant le pourcentage de retraités, on peut chaque début d’année n fixer le nombre de retraités admissibles dans l’année n+1. Pour que cela soit commode on regardera l’âge corrigé des gens admissibles (les premiers du fichier) les plus jeunes et on l’indiquera. Chaque année, cet âge augmentera peut-être de deux mois. On s’y habituera très bien et si on souhaite relâcher la contrainte on augmentera le taux de retraités et les 14% du PIB…ou bien on diminuera la retraite moyenne. Ceci permet d’intégrer plus facilement les régimes spéciaux des cols bleus. De même on peut tout à fait abandonner le financement par les cotisations et se dire que 14% du PIB c’est un revenu universel pour les seniors (autour du RSA comme tout le monde financé par l’impôt direct puisque c’est de la pure solidarité) plus une retraite universelle nette finançable par la TVA (ce qui fait cotiser les robots et les importations)…Recycler les cotisations en impôts ne poserait aucun problème et pénaliserait moins les professions libérales à faibles salaires grâce au revenu universel…
a écrit le 17/09/2019 à 16:43 :
Pour moi comme pour tout autres citoyens, la réforme des retraite n'est pas "systèmique" comme vous l'écrivez mais systématique à tout les quinquennats. A chaque fois le même discours et le même constat "se sera la dernière fois" et "vous y aurez droit mais moins qu'avant et plus tard"... Croyez vous que trois réforme des retraites en moins de 15 ans est compréhensible? La première n'a même pas encore put montrer son efficacité qu'on en fait déjà deux autres... Pourquoi ne pas s'attaquer qu vrai mal de notre société qu'est le chômage, croyez vous que les retraites seraient un problème dans une société sans chômeur? Comment peut on me demander de payer la retraite de mes parents, la mienne et le chômage de mes frères et soeurs alors que si il y a 20 ans nos parents avaient été incité a avoir moins d'enfant, aujourd'hui j'aurais juste les retraites de mes parents et la mienne a financer et ce avec un salaire plus élevé car le manque de chômeur aurait fait que les entreprises se battent pour avoir leur main d'oeuvre et donneraient un salaire correcte et non un smic pour un BAC+2 !!!
a écrit le 16/09/2019 à 22:03 :
- La promesse de M. Delevoye d'assurer à tout retraité un revenu minimum de l'ordre de 850 euros, est louable. Mais s'il s'agit d'assurer ce minimum en versant une somme complémentaire, sous condition de ressources, alors ce sera une grande injustice pour les petits cotisants.
- En effet, vu du point de vue du petit cotisant, tout ce qu'il aura cotisé ne lui apportera rien de plus que s'il n'avait pas cotisé. Pour lui, ses cotisations auront donc été un pur impôt à taux élevé (un taux plus élevé que pour un cadre payant la somme correspondante !).
- Si l'on veut être juste, la redistribution des revenus doit se faire en donnant la même somme à tous, sans empêcher le cumul avec d'autres revenus, et par ailleurs la totalité des revenus doit être imposable au même taux pour tous.
a écrit le 16/09/2019 à 21:10 :
Et si nous laissions la parole à de vrais spécialistes de l'assurance vie? La "table de mortalité" ne connaît ni le sexe, ni la maladie, ni la profession; elle est aussi aveugle que la justice: les actuaires valent mieux que les énarques, fussent-ils inspecteurs des finances. Nous pouvons être sûrs que les comptes seront équilibrés: avez-vous souvenir d'une compagnie d'assurances sur la vie en situation difficile? Quant-à faire confiance à un gouvernement, non! Non et non! Au vu de la situation actuelle!...
a écrit le 16/09/2019 à 18:24 :
- Les faux débats vont persister et se multiplier car cette réforme prétendument "systémique" conserve en fait l'essentiel de la source des problèmes : l’ambiguïté du statut des cotisations.
- En effet, dans ce système dit "Par répartition", les cotisations sont à la fois un impôt déguisé que l'on verse à fond perdu et une capitalisation de droits qui se matérialisent par une accumulation de points.

- En fait, l'erreur consiste à vouloir résoudre deux problèmes différents avec un même outils hybride. Les débats seraient plus clairs si on séparait bien nettement deux composantes, qui ont chacune leur raison d'être :
--- une composante "redistribution des revenus" qui serait financée par l'impôt sur le revenu, où la masse des pensions versées seraient chaque année l'exacte contrepartie de ce qui a été collecté dans l'année, et où tous les contribuables âgés recevraient la même pension, indépendamment de ce qu'ils ont personnellement payé.
--- une composante "accumulation de droits" qui serait en fait une épargne obligatoire, qui serait gérée par l’État pour ses investissements, selon les mêmes règles qu'un compte d'assurance vie en euros, et où tout cotisant recevrait, au moment de son choix, l'exacte contrepartie de ce qu'il aura épargné.
- la retraite publique de chacun serait la somme de ces deux composantes.

Les débats seraient plus clairs si on parlait séparément de ces deux composantes indépendantes.
a écrit le 16/09/2019 à 17:31 :
Quand vont il mettre en route une TVA sociale pour budgétiser les versements sociaux? L'UE de Bruxelles ne veut pas!? Elle ne veut que rabaisser notre niveau de vie!? Çà.. on l'avais compris!
Réponse de le 18/09/2019 à 21:44 :
l'UE n'a strictement rien contre la TVA sociale appliquée dans de nombreux états membres dont l'Allemagne (les 3 points ajoutés à l'arrivée de Merkel. Il n'y a pas de TVA sociale en France uniquement parce que Hollande, dont le seul programme était de défaire ce qui avait été fait pendant le quinquennat Sarkozy, a fait annuler par sa majorité la loi qui avait été votée sous la précédente législature. Il a par ailleurs augmenté des taux de TVA (de 19,6 à 20% et de 7 à 10%) pour financer le CICE mis en place en catastrophe pour corriger les effets économiques catastrophiques des premières mesures de son quinquennat, un matraquage fiscal sans précédent.
a écrit le 16/09/2019 à 13:00 :
Derrière cette nouvelle "nécessité" comptable de travailler toujours plus longtemps, il y a plusieurs refus de voir la réalité du travail et donc d'injustices :
- plus les métiers sont spécialisés, plus il est difficile de se retrouver un emploi, surtout à un certain âge ;
- les abus de la surpopulation urbaine et des spéculations immobilières font que les modes de transports s'allongent démesurément au dépend de la santé des travailleurs obligés de se loger de plus en plus loin ;
- les humains qui ne soignent pas leur santé (sans sport, avec alcool et drogues "légales") coûtent énormément plus cher à toute la société, que ceux qui font tout pour se garder en forme et travailler plus longtemps, devant alors disposer d'un bonus d'années de retraite..., etc.
Réponse de le 16/09/2019 à 13:41 :
En 1947 la retraite était fixée à 65 ans pour une espérance de vie de 67 ans. Les guillemets autour de "nécessité" sont donc de trop.
Réponse de le 16/09/2019 à 17:01 :
Saut que lorsque l on atteint 65 ans l'espérance de vie est largement supérieure à deux ans
a écrit le 16/09/2019 à 11:16 :
Il n'y a pas de problème de financement des retraites dans sa forme actuelle, le problème c'est le taux de chômage... C'est bizarre, on ne parle pas beaucoup du problème de l'emploi depuis quelques temps, ce qui me laisse penser que le gouvernement n'a pas de solution. C'est plus compliqué que ce qu'ils pensaient.
Réponse de le 16/09/2019 à 18:31 :
Il n'y a qu'en URSS que le gouvernement créait des emplois.
Réponse de le 16/09/2019 à 18:56 :
Réponse à Tototiti: Les Marcheurs n'ont pas dit qu'ils allaient créer des emplois, mais ils ont dit qu'ils allaient réduire le chômage 😁... Tirez en la conclusion que vous voulez.
Réponse de le 18/09/2019 à 21:38 :
@Tototiti : des "emplois" en URSS : les soviétiques faisaient surtout semblant de travailler et l'état faisait semblant de les payer...
a écrit le 16/09/2019 à 10:25 :
Ce qui est marrant, n'est pas tant dans la "balkanisation" quoi que le mot actuellement peut avoir un double sens, que d'avoir conscience que par la suite le moins disant est par définition ce qui permet de parler de viabilité, mais dont en fait permet de faire baisser les retraites.

Sachant qu'a partir de 1963, donc étant concerné, en sachant la question du chômage et la fin de 30 glorieuses par la génération d'avant 63, veut dire qu'avec un salaire aujourd'hui proportionnellement moindre qu'il y a 20 ans, des droits qui seront impossible a obtenir a taux pleins par le fait de l'acceptation du libéralisme, un point qui va varier en fonction du politique, sachant qu'a aucun moment il n'est notion de l'âge de décès soit pris en compte en fonction de la pénibilité autant du travail que du chômage. Et je vous parle pas du taux de chômage permanent et de la discrimination, qui de fait, permet lors d'une dernière statistique de constater que ceux d'origine du Maghreb par exemple (français) meurt plus tôt que les autres.

Du coup, plus je regarde la chose, plus je comprends que la cotisation sera avant tout pour garantir a ceux qui ont la protection économique par le salaire et la stabilité, seront les plus protégés!!!

ceux qui prendrons un risque, avec une économie qui sanctionne la prise de risque, fera que les naïfs qui n'ont pas de stratégie, seront les dindons de la farce, en particulier les personnes ayant des revenus qui approche le smic.

Dans ce domaine y compris, il est a présent possible de comprendre malgré les discours de moyennes que les 50% de ceux qui touchent le plus, se garantissent par cette réforme sur le dos de ceux qui gagnent le moins, car le point a pour vocation de faire descendre dans le temps la valeur de celui ci, si l'on sait l'impotence économique de ceux qui ont le pouvoir, et la reproduction sociale, finalement ce changement n'a vocation qu'a stabiliser ou sécuriser ceux qui ont déjà les avantages.

Comme on sait que le niveau de vie fait des écarts de 10 ans de vie, disons que le smicard sera celui qui y perdra le plus, et tout les auto entrepreneurs et les gens qui n'ont pas de moyens au départ, donc lorsque l'on regarde bien, comme les investissements, la caution d'un système dépend de ceux qui aurons un % de chance de mourir avant , en sachant que le système social change que l'on finance a fond perdus pour les petits salaires dans une économie qui jouira du choix de faire changer les conditions en permanence.

Parler du long terme, alors qu'il n'y a aucune garantie d'une évolution ou d'un changement nouveau, me permet de comprendre que cotiser pour les autres, c'est comme la lutte sociale, en fait le basculement de ceux qui seront gagnant et qui votent ces lois espère que leur système leur permettra a eux d'en disposer......

Alors expliquer que c'est universelle, c'est the cherish on the cake, ou comment arriver a faire croire que comme la tva tout le monde la paie, mais pas avec le même salaire......

Donc espérer a terme que les gens ne soient pas conscient du jeu de dupe, nous constaterons donc a tout ceux conscient, de ce qui se passe aujourd'hui et donc ce qui se passera demain......

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :