Marion Maréchal Le Pen, une ligne économique différente pour le FN ?

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Arnaud Dassier et VIncent Delhomme
Arnaud Dassier et VIncent Delhomme (Crédits : DR)
Marion Maréchal Le Pen suscite une forte curiosité. Sa jeunesse incarne de facto le renouvellement politique. On la dit plus libérale et conservatrice que sa tante Marine, accusée d'avoir une vision dirigiste et socialiste de l'économie. Son programme économique régional est-il à la hauteur de ces attentes ? Par Arnaud Dassier, Vice président du Parti Libéral Démocrate et Vincent Delhomme, membre fondateur de Think Libéral Sciences Po

Marion Maréchal Le Pen suscite une forte curiosité. Sa jeunesse incarne de facto le renouvellement politique. On la dit plus libérale et conservatrice que sa tante Marine, accusée d'avoir une vision dirigiste et socialiste de l'économie. Son programme économique régional est-il à la hauteur de ces attentes ?

L'économie, une thématique stratégique pour le FN

Marion Maréchal-Le Pen, candidate du Front National en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, déclarait en octobre dernier, lors de sa visite au Salon des entrepreneurs de Marseille : « l'intérêt de ces régionales c'est aussi d'être audible, entendu et convaincant sur la question économique, qui est un sujet sur lequel le Front National est aujourd'hui malheureusement peu entendu et beaucoup caricaturé, alors même [qu'il propose] des mesures de bon sens attendues par les entrepreneurs ».

Elle a en effet fortement investi le terrain économique depuis le début de sa campagne, un sujet sur lequel elle affirme avoir beaucoup travaillé. Elle sait que cette thématique est stratégique dans une région dynamique et qu'il est primordial aujourd'hui pour le Front National d'apparaître crédible dans un domaine où il accuse toujours un certain retard dans l'opinion.

Une ligne libérale-conservatrice?

On dit aussi Marion Maréchal-Le Pen sur la ligne libérale-conservatrice « historique » de son grand-père, qui n'hésitait pas à se réclamer de Reagan et Thatcher dans les années 80, face à la ligne social-étatiste défendue par sa tante et son mentor Florian Philippot, tous deux candidats dans les régions désindustrialisées du Nord et de l'Est de la France.

Pourtant, l'analyse détaillée des quatre pages consacrées au développement économique, « priorité de la Région », livre une toute autre réalité. Dans le détail, ce projet s'articule autour de quatre axes : un soutien massif aux petites entreprises, artisans et commerçants ; la renaissance industrielle de la région PACA ; une formation professionnelle recentrée sur les besoins des entreprises ; et le patriotisme économique régional.

Un soutien massif aux petites entreprises

Marion Maréchal-Le Pen souhaite doubler le budget régional dévolu aux entreprises et consacrer l'essentiel de son action économique aux PME/TPE, aux artisans et aux commerçants, notamment par la création d'un fonds régional dédié. La majorité des dispositifs qu'elle défend consiste à multiplier les aides et autres subventions.

Cette vision classique d'une région « guichet » est très convenue, même si elle promet une simplification des dispositifs existants. Il est vrai que l'échelon régional ne dispose pas des leviers fiscaux et réglementaires nécessaires pour mener une vraie politique économique, mais il peut s'envisager comme un facilitateur, un accompagnateur et comme un levier pour la création d'entreprise.

Ici, rien ou très peu n'est dit sur l'innovation, l'entrepreneuriat, ou l'accès des entreprises aux marchés étrangers. Le tourisme et l'attractivité de la région sont également absents du projet, ce qui est étonnant pour un territoire aussi ouvert à l'international que la région PACA. Seule mesure intéressante et originale à relever : la création d'une plate-forme de financement participatif pour mettre en relation les TPE/PME locales avec les particuliers et les grandes entreprises.

La renaissance industrielle

Mythe cher à la rhétorique politique française, tous partis confondus, Marion-Maréchal Le Pen souhaite que la priorité de son action économique soit donnée à l'industrie. Qu'une jeune femme née dans les années 90 fantasme sur la France de Pompidou ne laisse pas d'étonner.

On sait pourtant que l'essentiel de la croissance économique des pays développés est portée par les services et les technologies, ce qui est particulièrement vrai dans une région faiblement industrialisée comme PACA. Ce qui amène à cette prise de position paradoxale : « La réindustrialisation de notre région présente d'importants atouts, alors même qu'aujourd'hui la part de l'industrie en PACA est particulièrement faible tant dans le PIB que dans l'emploi. » Autrement dit, l'industrie n'a jamais pu se développer dans la région, nous n'avons pas d'expérience et de main d'œuvre dans ce domaine, donc nous allons jouer l'industrie à fond. Un magnifique exemple de la manière dont le constructivisme politique produit de la mauvaise allocation des ressources disponibles à partir d'idées fausses financées par de lourdes taxes.

Marion Marechal Le Pen propose une augmentation de l'intervention régionale en matière de recherche ainsi que des partenariats entre recherche publique et privée, et souhaite mieux mobiliser les fonds européens qu'elle attribuera en priorité aux entreprises qui s'inscrivent dans l'effort de réindustrialisation.

Le soutien de la Région serait plus efficace s'il était ciblé sur les seules filières de pointe et les services innovants, dont le potentiel de croissance est, de loin, le plus important et qui sont les moins consommateurs en capitaux, ce qui assure un effet de levier maximal des aides publiques. Oubli étonnant : le numérique, qui contribue pourtant à la moitié de la croissance dans les pays les plus avancés, est absent du projet.

Une refonte de l'offre de formation professionnelle

Cette partie du programme économique de Marion-Maréchal Le Pen est sans nul doute la plus pertinente, car on sait que le manque d'efficacité du système de formation professionnelle vient notamment de son inadéquation avec les besoins du marché du travail.

Elle propose de refonder l'offre de formation pour la recentrer sur les secteurs où la demande est réelle, comme les services à la personne ou l'aide à domicile. Autre idée intéressante : élaborer chaque année une cartographie des métiers en tension pour là aussi adapter l'offre de formation.

Le patriotisme économique régional

Marion Maréchal Le Pen reprend également à son compte le thème du patriotisme économique qu'elle adapte à l'échelle régionale. A première vue, rien de choquant : il appartient évidemment à la Région d'assurer le développement économique de son territoire et de défendre les entreprises qui s'y situent. Mais Mme Le Pen voudrait aller plus loin. Selon elle : « Afin de favoriser le tissu économique local, le bon sens commanderait de faire profiter en priorité (et pourquoi pas même en exclusivité ?) les entreprises de PACA des marchés publics passés par la Région. »

Derrière cette idée, peut-être séduisante au premier abord, se cache une logique néfaste, à la fois pour les deniers publics et l'efficacité économique. L'argent public ne devrait pas servir à favoriser des entreprises moins performantes ou plus coûteuses sous prétexte qu'elles se situeraient à proximité. Les marchés publics doivent aller en priorité aux meilleures entreprises et à celles qui répondent le mieux aux besoins de la collectivité publique.

Comme le favoritisme géographique est interdit, tant par la législation nationale qu'européenne, les propositions de Mme Le Pen sont bien moins ambitieuses. Elles se limitent à intégrer des critères sociaux et environnementaux dans les marchés publics de la Région et à donner la priorité d'accès aux marchés de la Région aux entreprises employant au moins un apprenti, sans que l'on sache véritablement si cela conduira à favoriser les entreprises locales.

Marion Maréchal-Le Pen souhaite aussi favoriser l'agriculture locale et les circuits courts, notamment en introduisant un minimum de 50 % de produits locaux dans les cantines. Cela relève du bon sens. Si des produits de qualité sont disponibles dans la Région, pourquoi choisir d'importer ceux qui sont produits à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, au mépris de la qualité et de l'écologie.

Une vision économique dirigiste

Le projet que porte Marion-Maréchal Le Pen au niveau régional s'inscrit dans la droite ligne des options économiques défendues par le Front National. On y retrouve ses fondamentaux : la traditionnelle peur de la mondialisation, et la conception archaïque et protectionniste, d'une économie tournée vers l'industrie. Pour un territoire naturellement tourné vers l'extérieur, l'absence totale de vision internationale de ce projet ne manque pas d'interroger.

Plus généralement ce projet s'inspire de l'interventionnisme traditionnel de la classe politique française. Sa vision est celle d' « Une Région partenaire des entreprises et rempart face à la globalisation. Une Région qui pilote, coordonne les projets, et qui impulse une direction. ». Autrement dit une région stratège, dont les élus et les fonctionnaires sauraient mieux que les entreprises et la société civile, ou il faut investir l'argent durement gagné par les contribuables provençaux. Une vision dirigiste et bureaucratique appliquée avec toujours plus de moyens, et d'échelons administratifs, depuis 40 ans, avec le succès que chacun peut constater.

Un programme sérieux mais convenu

Derrière l'apparente jeunesse de la personnalité de Marion Maréchal-Le Pen se cache donc un programme très classique, sérieux mais convenu. Certaines propositions sont pragmatiques et parfois justes, mais l'ensemble manque cruellement d'audace et d'idées neuves, ce qui est paradoxal et décevant compte tenu du profil atypique de la candidate. Politiquement, elle pourrait tenir un discours économique beaucoup plus disruptif, son électorat ne lui en tiendrait pas rigueur (car les motivations de son vote sont ailleurs).

Bien au contraire, cela aurait pu lui attirer le soutien des entrepreneurs et des forces vives qui n'en peuvent plus de supporter les normes et les impôts imposés par les lubies des élus et de la technocratie. Emmanuel Macron n'a donc pas de souci à se faire. La concurrence sur le créneau de la modernité économique ne viendra pas de Marion Maréchal-Le Pen.

Arnaud Dassier
VP du Parti Libéral Démocrate
&
Vincent Delhomme
Membre fondateur de Think Libéral Sciences Po

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Commentaires
a écrit le 09/12/2015 à 17:57 :
On voit partout ''' le programme FN '''' pour comparer - ou lire - les différents '''programme '''
de TOUS les autres partis ... seraient-ils classés '' secret défense '' ?. ''' confidentiel ''' ou ''' inexistant ''' ?
a écrit le 06/12/2015 à 7:08 :
« Oubli étonnant : le numérique, qui contribue pourtant à la moitié de la croissance dans les pays les plus avancés, est absent du projet. »

J'ai vu récemment une vidéo de MMLP visitant le data center de Marseille, où elle se montrait très intéressée et faisait ensuite un commentaire sur l'importance de l'économie numérique. Elle a évoqué aussi cette filière lors du débat à 4 de FR3.
a écrit le 03/12/2015 à 11:22 :
Sans les Le Pen, le FN serait moribond... c'est dire l'impuissance du programme de ce mouvement.
Réponse de le 03/12/2015 à 12:19 :
impuissance du programme ou impuissance des electeurs lobotomisés
par des decennies d'intox ?
a écrit le 03/12/2015 à 8:28 :
Vous écrivez "Sa jeunesse incarne de facto le renouvellement politique". Ce jeunisme de principe est plaisant et bien à la mode, mais sujet à caution dans les faits. La carrière de l'impétrante ne serait-elle pas plutôt le signe d'un certain népotisme (sens propre : appui d'un ascendant dans l'étymologie d'origine) français assez enraciné qui met au pouvoir des personnes "bien nées" (je ne commenterai pas cela), mais dont l'expérience et formation seraient moins automatiques à comprendre en rapport à la fonction postulée dans un marché des jeunes justement très concurrentiel ? En ce sens, il ne s'agit que de remplacer des générations précédentes en fin d'âge, plutôt qu'une approche nouvelle. En outre, de façon générale en terme d'analyse politique, n'y aurait-il pas là les caractéristiques d'une professionnalisation de l'activité politique devenue familiale - presque un fond de commerce ou une évolution dynastique - là-aussi de vieilles lunes et quelque chose qu'on voit aussi dans des sociétés encore un peu féodales par exemple de certains pays en développement ? De vieux vins (pas toujours un véritable nectar) dans des bouteilles neuves ? Peut-être ces mêmes gens se plaignaient-ils de la tentative d'ascension du fils d'un président passé à un poste de dirigeant d'un organisme public. Il est vrai que l'électeur choisira et aura le dernier mot, et que dans mon raisonnement, je suppose que les critères de choix d'un politique devraient se rapprocher de celle d'une fonction salariée - formation, expérience - dans un marché du travail concurrentiel. Mon tort peut-être. Si cela est mon tort bien sûr.

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