Nominations : quand le PS préempte la politique économique de 2017

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Odile Renaud-Basso, future directrice du Trésor
Odile Renaud-Basso, future directrice du Trésor (Crédits : REUTERS/Philippe Wojazer)
A propos d'une nomination au Trésor et du placement à des postes stratégiques de hauts fonctionnaires proches de l'actuelle majorité. Par les Arvernes*

Odile Renaud-Basso sera bientôt à la tête de la Direction du Trésor succédant à Bruno Bezard. Ce changement à la tête du plus puissant des services des ministères économiques et financier mérite attention. Il y aurait certes plusieurs raisons de ne pas le surestimer.

 Premièrement, les départs et les arrivées de hauts fonctionnaires à la tête des services économiques sont fréquents. Les principes de neutralité et de continuité du service public, inscrit au cœur de la fonction publique, devraient à cet égard constituer des garde-fous, même si, inversement, le principe d'éthique personnel pourrait être interrogé dès lors que le directeur du Trésor, détenteur des secrets économiques et financiers de l'État, rejoint un fonds chinois, lequel est d'ailleurs en charge de co-financer des opérations en lien avec la Caisse des Dépôts et consignations dont Bruno Bézard était membre du conseil de surveillance.

 La Direction du Trésor n'est plus ce qu'elle était...

Deuxièmement, qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en désole, la Direction du Trésor n'est plus ce qu'elle était. La réduction progressive du secteur public, le transfert aux instances européennes des responsabilités dans le domaine de la régulation financière, de la politique commerciale, de la politique monétaire ont terriblement rogné les ailes du Trésor. Le fait qu'il y ait eu aussi peu de candidats et d'un niveau que nous n'hésitons pas à qualifier de faible pour succéder à Bruno Bezard, le désintérêt manifesté par le plus puissant des réseaux économiques, l'Inspection générale des finances, en sont une illustration. Il est loin le temps où Valéry Giscard d'Estaing s'enorgueillissait d'avoir pu bâtir le Système Monétaire Européen parce qu'il avait pu s'appuyer sur le Trésor, qui, de sa propre analyse, était se qui se faisait de mieux à l'époque.

 ...mais reste un élément clé de la politique économique

Pourtant, la Direction générale du Trésor, grossie de sa fusion avec la Direction des relations économiques extérieures et la direction de la prévision, reste un élément important de la mise en œuvre d'une politique économique. A ce titre, elle mérite attention.

Le PS préempte la politique économiques de 2017

 Surtout, cette nomination est l'occasion de réfléchir à la façon dont le pouvoir socialiste, non content d'avoir mis en œuvre une politique économique lamentable depuis 2012, phagocyte les réseaux économiques et ainsi préempte la politique économique de 2017 et après. Cette action, dont la droite s'obstine à ne pas prendre la mesure, s'effectue par plusieurs vecteurs.

 Au ministère de l'Économie et des Finances d'abord, et en particulier au Trésor. Arnaud Montebourg lui-même s'était ému d'un secret de Polichinelle pour qui connaît un peu Bercy : au Trésor, seule l'étroite ligne politique de Dominique Strauss-Kahn a droit de cité. C'est le résultat d'une action durable, cohérente, disons-le habile, des barons de la Gauche à Bercy, au premier rang desquels Jean-Pierre Jouyet.

 Pourquoi Sarkozy a eu du mal à mettre en oeuvre une politique de droite

Dans les cabinets ministériels, ensuite. Il ne faut pas chercher loin l'une - ce n'est pas la seule - des raisons fondamentales pour lesquelles Nicolas Sarkozy a eu tant de mal à définir et mettre en œuvre une politique économique de droite, c'est-à-dire à décalée en termes de curseur vers l'offre plutôt que vers la demande : à part Xavier Musca, loyal au programme du candidat Sarkozy, la plupart des principaux concepteurs de la politique économique, dans les cabinets ministériels, à l'Elysée et à Matignon, entre 2007 et 2012 - beaucoup ne s'en cachaient d'ailleurs pas - étaient de gauche, c'est-à-dire hostiles par conviction à la stratégie économique du gouvernement qu'ils étaient censés servir.

Certains d'entre eux avaient même activement participé à la campagne de Ségolène Royal. Cette situation ubuesque - imagine-t-on François Hollande prendre pour conseiller économique un haut fonctionnaire encarté chez Les Républicains - et même anti démocratique, rejoignait d'ailleurs une tradition bien ancrée à droite. Les Premiers ministres Villepin, Raffarin, Juppé, Balladur ont eux aussi souvent confié des responsabilités économiques considérables à leurs opposants politiques, ne comprenant pas ensuite d'où venait une partie des résistances aux réformes qu'ils prétendaient impulser.

 Cette action ne se limite pas à l'État. Le secteur public est ainsi colonisé par la Gauche, souvent avec l'appui zélé de patrons de Droite trop heureux de rendre des services au Pouvoir, qui constitue un habile abri où les jeunes pousses de la gauche peuvent aller prospérer le temps du retour aux affaires. L'économie n'est pas épargnée où tant de patrons soi-disant de centre et de centre-droit rivalisent quand il s'agit d'offrir des ponts d'or aux anciens collaborateurs des ministres socialistes ou de la présidence de la République. L'action de l'auto-proclamé chef de l'Inspection des Finances Jean Pierre Jouyet est là encore bien connue...

 De tout ceci une conclusion émerge : la droite toujours complexée et taxée de mener des chasses aux sorcières dont pourtant la gauche de gouvernement a fait sa marque, devra changer la tête des principaux centres de pouvoir économique en y plaçant dès juin 2017 des personnes avec deux critères uniques : la compétence d'une part, la loyauté à la stratégie économique pour laquelle les Français se seront prononcés d'autre part.

 *Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d'économistes, de chefs d'entreprise et de professeurs d'université

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Commentaires
a écrit le 29/06/2016 à 13:25 :
Mais quelle stratégie économique? Je propose de répartir les charges sociales sur le travail et sur l'énergie. Cela augmente le prix de l'énergie mais diminue le cout du travail, d'où la réduction du chomage et le retour de la croissance. Et de plus, c'est bon pour le climat. Mais les Français n'en veulent pas.
a écrit le 07/06/2016 à 16:26 :
et il n'y a pas qu'au Trésor qu'il faudra faire le ménage ! Il faut absolument éradiquer cette caste politico-fonctionnaire qui étouffe les forces vives du pays par sa folie règlementaire et fiscale.

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