Non, les robots ne remplaceront pas l'expert-comptable

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(Crédits : Beam)
La comptabilité numérique arrive. Pour autant, les experts comptables seront toujours indispensables... Par Pierre d’Agrain, expert-comptable associé d’Exco A2A Toulouse

 Aujourd'hui, rien ne semble arrêter la montée en puissance des plateformes d'expertise comptable à distance. En effet, l'actualité abonde sur le développement de ces pure-players qui se multiplient et parviennent à lever des fonds spectaculaires. Dans ce contexte, il est légitime de s'interroger sur la pérennité des cabinets d'expertise comptable traditionnels. En d'autres termes, est-ce la fin annoncée des cabinets au profit de « pures players du numérique » ?

Il est clair que le numérique bouscule le métier d'expert-comptable. Si le suivi comptable reste au cœur de leurs missions, la dématérialisation les pousse à s'adapter en proposant de nouveaux services innovants et en mettant en avant valeur ajoutée sur un conseil basé sur leur expertise.

 S'adapter pour durer : proposer des services numériques innovants

 Avec la digitalisation et le développement du Big Data et du Cloud, il est aujourd'hui possible d'automatiser une grande partie de la saisie comptable. Il s'agit d'une véritable opportunité pour les entreprises car le numérique facilite les démarches et constitue un gain de temps considérable par rapport à une saisie manuelle. Les éditeurs de logiciel ont d'ailleurs commencé à proposer des offres en ce sens.

Est-ce à dire que l'expert-comptable n'aura plus aucun rôle à jouer dans cette nouvelle comptabilité automatisée ? Absolument pas puisqu'en vertu de la loi française, seul un expert-comptable est légitime pour la tenue et l'établissement des comptes. Mais les professionnels ne peuvent se satisfaire de cette obligation réglementaire.   Ils doivent donc prendre en compte cette mutation numérique pour en devenir un acteur essentiel, notamment dans la création d'outils de collecte et d'acheminement des factures vers des logiciels comptables. A l'instar d'Exco, les cabinets proposent à leurs clients des logiciels de gestion accessibles sur le web (SAAS) à prix très compétitifs.

Mais comment fonctionnent-t-ils ? Afin d'intégrer les factures directement sur ce logiciel, véritable tableau de bord comptable pour le dirigeant, ces logiciels reposent sur plusieurs technologies : le logiciel ORC (logiciel intelligent qui intègre directement les données à partir de scans des factures après validation), la synchronisation des relevés bancaires grâce à des accords avec les banques, le scrapping du compte client grâce à un « robot comptable » récupérant les factures sous forme électronique, la création d'une boîte mail spécifique à la réception de factures, une plateforme où les fournisseurs déposent directement leurs factures...

Ce système de comptabilité numérique offre plusieurs grands avantages pour les entreprises : l'internalisation de leur comptabilité, un gain de temps, la possibilité d'accéder en temps réel aux données comptables de leur entreprise sur tous les supports (ordinateurs, tablettes, smartphones...) et un gain financier substantiel. En effet, l'utilisation de ces outils numériques reste bien moins chère que la saisie comptable classique : entre 10 et 20 euros par mois selon les modules sélectionnés pour Exco Digital. Ces services sont donc particulièrement favorables aux PME/TPE où les patrons sont déjà surchargés et n'ont pas les moyens nécessaires pour se doter d'un service comptable à part entière.

 Un recentrage sur les activités de conseil : véritable valeur ajoutée des cabinets d'expertise comptable

 Cependant, il ne s'agit pas pour autant d'une substitution mais bien d'une complémentarité entre le digital et l'approche humaine où l'expert-comptable recentre ces activités vers plus d'expertise en délégant certaines tâches comptables à des logiciels. Il dispose d'une plus grande latitude pour s'assurer de l'excellence dans la gestion des comptes et se consacrer au le conseil aux entreprises.

D'abord, la numérisation améliore la qualité de gestion des comptes puisque le rôle de l'expert-comptable se concentre désormais sur le contrôle des flux pour s'assurer de l'exactitude des données qui alimentent les comptes.

Problématiques fiscales et financières

De plus, et peut-être point le plus important, grâce à l'exploitation de la base de données numérique récoltée, sorte de « Big Data comptable », les experts-comptables peuvent apporter un conseil encore plus pertinent à leurs clients car elle facilite l'analyse, notamment sectorielle. Par ailleurs, n'oublions pas que les compétences de l'expert-comptable ne se limite pas à de la gestion comptable mais touche aussi des problématiques fiscales et financières plus larges comme la gestion de patrimoine, les fusions acquisitions, les méthodes de financement, la responsabilité sociale des entreprises, etc... Il s'agit de sujets très complexes où les chefs d'entreprises ont besoin d'être aiguillés par une personne connaissant leur activité et leurs besoins. Cette activité de conseil nécessite une proximité avec le client, élément impossible à obtenir avec un robot comptable.

C'est pourquoi le risque d'une possible « ubérisation » du conseil reste marginal : donner un bon conseil comptable suppose la connaissance des problématiques de l'entreprise qui nécessite un suivi régulier et de long terme. La majorité des chefs d'entreprise souhaite pouvoir se reposer sur des personnes de confiance qu'ils connaissent et non sur des anonymes derrière leurs écrans d'ordinateur. Une hypothétique ubérisation n'aurait, à notre sens, pas d'intérêt réel pour les dirigeants mais valoriserait au contraire l'importance de l'expertise et la pertinence d'un suivi.

 Il ne faut donc pas avoir peur de la digitalisation de l'expertise comptable. En proposant des outils performants et un conseil toujours plus pertinent, le métier d'expert-comptable a toujours de beaux jours devant lui...

 Pierre d'Agrain, expert-comptable associé d'Exco A2A Toulouse (membre du réseau d'expertise comptable, d'audit et de conseil français Exco)

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Commentaires
a écrit le 04/05/2016 à 18:20 :
"puisqu'en vertu de la loi française", tout est dit dans cette phrase. Les monopoles sont un des problèmes majeurs de la France, sachant que maintenant, les IRFS existent et qu'un "chartered accountant" étranger n'est pas plus con qu'un Français. Il faut aussi savoir que la majorité des grandes entreprises françaises ont leur centre comptable en Inde ... où c'est bien entendu moins cher :-)

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