"Nous faisons comme si le trajet domicile-travail était le seul sujet", Sylvie Landriève

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Sylvie Landriève est la co-directrice du Forum Vies Mobiles
Sylvie Landriève est la co-directrice du Forum Vies Mobiles (Crédits : DR)
LE MONDE D’APRÈS. Pour Sylvie Landriève, Co-directrice du Forum Vies Mobiles, think-tank de la mobilité soutenu par la SNCF, cette crise rend sensible quelque chose auquel on ne fait habituellement pas attention: la place centrale de la mobilité dans nos modes de vie.

LA TRIBUNE: Votre enquête nationale dévoilée début mars montrait que les trajets domicile-travail concernaient plus de 8 Français sur 10. A l'heure du confinement, comment font les Français ?

SYLVIE LANDRIÈVE: Nous avons effectivement voulu connaître les déplacements de tous les Français. On a retenu trois grands motifs de déplacement: les activités choisies - familiales, sociales, loisirs et sports -, ce qui est vital - alimentations et santé - et les trajets pour le travail. On voit tout d'abord que les Français se déplacent deux fois plus que ce qu'on croyait (10h et 400km par semaine en moyenne). Il existe toutefois une gigantesque disparité entre ceux qui vivent en relativement grande proximité et les personnes qui parcourent 100 kilomètres par jour. Dans ce contexte de confinement, les déplacements choisis sont de facto écartés, quand les activités vitales ne sont pas celles qui nécessitent le plus de trajets. Reste la question du travail.

Travailler ou pas peut multiplier par près de deux les distances parcourues chaque semaine et les déplacements du domicile vers le travail concernent 80% des gens. C'est sans compter les 40% qui ont des déplacements dans le cadre de leur travail: les 27% dont le métier consiste à rouler (conducteurs, pilotes, taxis, livreurs...) et les 13% qui ont impérativement besoin d'un véhicule pour leurs déplacements professionnels quotidiens: les services à domicile (aide-ménagères, dépanneurs), les infirmiers-médecins ou encore les commerciaux. Autant de situations différentes en temps de confinement.

Le télétravail rebat-il les cartes ?
Nous faisons comme si le domicile-travail était le seul sujet. Le confinement révèle en fait quatre situations bien différentes: ceux qui peuvent effectivement travailler à domicile (mais pendant combien de temps ?), ceux dont le métier est essentiel en cas de confinement et qui doivent travailler pour les autres, ceux qui n'ont pas d'autre choix que l'arrêt de travail et plus étrangement, ceux qui doivent aller travailler, même quand leur métier n'est pas essentiel en phase de confinement, comme les cols bleus.
Avec cette injonction à aller au travail, on laisse entendre que leur activité est vitale au risque d'une diffusion évitable du virus. Des salariés commencent à exercer leur droit de retrait et des grèves commencent à éclater en Italie.

Cette situation peut-elle amorcer une réflexion plus générale sur nos modes de vie ?
Cette crise rend sensible quelque chose auquel on ne fait habituellement pas attention: la place centrale de la mobilité dans nos modes de vie. Pour le meilleur (liberté, émancipation, ...) et pour le pire (pollution, émissions de CO2, fatigue, dépendance aux territoires lointains, ...). Cette crise est peut-être l'occasion effectivement de repenser la place des déplacements et du travail dans nos vies. D'ailleurs, quand on les interroge sur ce que serait le futur idéal pour eux, les gens disent aspirer à vivre plus proches de la nature. Dans les circonstances exceptionnelles que nous vivons, on a vu une partie des Franciliens passer à l'acte.

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a écrit le 19/03/2020 à 20:40 :
une analyse très généraliste sans appui de chiffres , de catégorie et de région , une impression que par cette action , il subsiste une incitation de pensée et d’orientation .
La psychologie des citoyens en temps de confinement est complètement occultée dans cette analyse superficielle de 8 Français sur 10 et leur mobilité.
L’objectif de cette action est plutôt flou , du fait peut être que les auteurs sont «  dans un flou «  ?
a écrit le 19/03/2020 à 19:34 :
"ceux qui peuvent effectivement travailler à domicile (mais pendant combien de temps ? )


IBM a longtemps été le champion du télétravail. Un exemple observé par les entreprises du CAC 40, qui tentent de le développer en France. Jusqu’en 2017, un cinquième de ses troupes en Amérique du Nord planchaient à domicile, à plein-temps. La direction du groupe se flattait d’avoir ainsi économisé 100 millions de dollars (85 millions d’euros) par an en location de bureaux.
Pourtant, au printemps 2017, Michelle Peluso, la responsable du marketing, a sifflé la fin de la récréation. Et Sam Ladah, le vice-président des ressources humaines d’IBM, a expliqué à 7 600 salariés qu’ils devaient retourner au bureau.
La direction du groupe a investi 380 millions de dollars dans la modernisation de ses locaux et la formation de ses troupes. But du jeu : les rendre plus « agiles ».

Ou :

« Pour devenir le meilleur endroit où travailler, la communication et la collaboration seront très importantes, nous devons donc travailler côte à côte », avait déclaré Mme Mayer dans sa note adressée au personnel le 22 février annonçant l'interdiction du télétravail et depuis largement diffusée. « C'est pourquoi il est essentiel que nous soyons tous présents dans nos bureaux. [] Nous avons besoin d'être un Yahoo!, et cela commence par être physiquement ensemble », a-t-elle ajouté.
a écrit le 19/03/2020 à 17:42 :
Ce n'est pas un problème de mobilité mais de liberté de circuler dans un périmètre à taille humaine, qui est un droit constitutionnel parce que c'est une nécessité biologique et psychologique humaine.

On ne peut pas assigner toute une population à résidence et l’empêcher de sortir sans créer rapidement des frustrations, des tensions voire des pathologies sociales violentes.

Je prends les paris que d'ici 3 semaines au maximum, les violences familiales vont exploser ainsi que les suicides par défenestration.
Ce n'est pas pour empêcher les gens de s'évader des prisons que les fenêtres sont grillagées mais pour les dissuader de se suicider (de même que les cages d'escaliers).

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