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Retrait américain du JCPOA, quel impact sur l’équilibre des puissances au Moyen-Orient ?

Photo de Jérôme Cristiani

Laurence Daziano, Fondapol

Publié le 14 mai 2018 à 08:10 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:59

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Si Téhéran semble avoir respecté les termes de l'accord de Vienne sur le nucléaire, le régime iranien n'en a pas moins poursuivi son programme de prolifération balistique et engagé une politique d'expansion militaire. Que Donald Trump retire les États-Unis de l'accord pose la question de l'équilibre des puissances au Moyen-Orient et de la modernisation des régimes de la région. Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour...

Le retrait américain de l'accord nucléaire conclu entre les grandes puissances et l'Iran (ou JCPOA pour Joint Comprehensive Plan of Action) et le début d'embrasement militaire entre Israël et l'Iran sur le plateau du Golan posent la question de l'équilibre des puissances au Moyen-Orient et de la modernisation des régimes de la région.

L'Iran a engagé une double politique depuis la signature de l'accord sur le nucléaire le 14 juillet 2015 à Vienne. Si Téhéran semble avoir respecté les termes de l'accord, comme l'ont confirmé les multiples rapports de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), le régime iranien n'en a pas moins poursuivi son programme de prolifération balistique et engagé une politique d'expansion militaire en Irak, en Syrie, au Liban voire au Yémen via ses alliés locaux, notamment les milices chiites et le Hezbollah. Pour les conservateurs iraniens, ces engagements militaires visaient à défendre des gouvernements légitimes, puis à en engranger le bénéfice par la création d'un croissant chiite allant de Beyrouth jusqu'en Afghanistan.

Craintes israéliennes

L'Iran s'est ainsi dotée d'une impressionnante « profondeur » stratégique, expliquant les craintes israéliennes sur l'installation de bases militaires permanentes en Syrie. Comme toujours, la politique extérieure obéit également à une logique de politique intérieure en mobilisant les Gardiens de la Révolution et le nationalisme chiite contre les « ennemis » sunnites.

Avec la remise en question du JCPOA, les conservateurs iraniens pourraient retrouver une « audience » forte à Téhéran. En effet, le durcissement des sanctions, et l'obligation pour les entreprises occidentales qui sont revenues depuis 2015 de quitter l'Iran dans un délai de 90 à 180 jours, ne manqueront pas de mettre le président Rohani et le camp des modérés en difficulté. L'Iran, qui n'avait pas encore pu engranger de bénéfice du volet économique de l'accord sur le nucléaire, a une économie fragile qui va encore pâtir des nouvelles sanctions américaines.

Position renforcée du grand rival de l'Iran, l'Arabie saoudite

En revanche, la décision américaine renforce la position du grand rival régional de l'Iran, l'Arabie Saoudite en plein processus de transformation de son économie et de sa société. Ces dernières années, les fondements du royaume wahhabite ont été mis à mal par la politique américaine de la présidence Obama. L'Arabie saoudite avait trois principes cardinaux : la fusion de la dynastie des Saoud avec le wahhabisme fondée sur la gestion des principaux lieux saints de l'islam à La Mecque et Médine ; la domination du marché pétrolier à travers l'OPEP ; l'alliance stratégique avec les Etats-Unis. La baisse des prix du pétrole, notamment du fait du développement des hydrocarbures de schiste, la fin de la domination de l'OPEP et le désengagement américain de la région ont rompu plusieurs fondements saoudiens et ont été à l'origine du processus de transformation de l'économie et de la société saoudiennes.

Mohamed Ben Salman prépare son pays à l'après-pétrole

Cet élan réformateur « libéral » est incarné par le prince héritier, Mohamed Ben Salman, soucieux de transformer son pays sur le modèle émirien afin de préparer l'après-pétrole. Proche du prince héritier des Emirats arabes unis, Mohammed ben Zayed Al Nahyan, régent de fait du royaume émirien, le prince héritier saoudien, conscient des retards pris par l'Arabie saoudite dans tous les domaines, a multiplié les annonces d'ouverture du royaume wahhabite : nouveaux droits pour les femmes, ouverture de cinémas, délivrance de visas touristiques, transformation du site nabatéen d'Al-Ula pour devenir un pôle touristique régional, émission d'un premier emprunt, projets d'énergies renouvelables et d'ouverture du capital d'Aramco, la compagnie pétrolière saoudienne disposant des plus importantes réserves de pétrole au monde. Le projet de transformation à Riyad ne pourra toutefois être conduit à son terme sans l'adhésion de l'élite saoudienne et des religieux, alors même qu'il semble bénéficier du soutien des femmes et surtout des jeunes, la moitié des 28 millions de Saoudiens ayant moins de 25 ans. D'ailleurs, le prince héritier multiplie les signes à leur attention.

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Pour les Européens, l'enjeu de la stabilisation de la région

Les Occidentaux, et surtout les Européens, ont désormais un intérêt stratégique, politique et économique à la réussite du pari de Mohamed Ben Salman. Dans le contexte géopolitique et économique actuel, le choc entre Riyad et Téhéran est désormais un affrontement entre une puissance qui entend moderniser son économie et engager une sécularisation progressive, et l'Iran qui se pose en protecteur des intérêts militaires et religieux du chiisme en pleine expansion. Pour stabiliser la région et éviter un embrasement social et religieux, le projet de transformation saoudien doit réussir. Ce mercato stratégique et politique explique notamment l'alliance de circonstance entre l'Arabie Saoudite et Israël et le retour des Etats-Unis en Arabie Saoudite avec la présidence Trump.

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Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol).

Laurence Daziano, Fondapol

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