Paiements mobiles : libérons-nous des big tech !

 |  | 549 mots
Lecture 2 min.
(Crédits : Caisse d'Epargne)
OPINIONS. Sur le marché des solutions de paiement mobile sans contact, des opérateurs privés contrôlent les systèmes d’exploitation mobiles et privilégient de manière discriminatoire leurs propres solutions au détriment d’applications françaises et européennes. Un collectif d’entreprises décide d’y répondre, sur fond de souveraineté technologique, dans une note publiée par le think tank Digital New Deal intitulée Paiement mobile sans contact : libérer les smartphones et leurs utilisateurs. Par Houssem Assadi (Dejamobile), Lionel Baraban (Famoco), Nicolas Bruley (Antelop Solutions), Jean-Michel Chanavas (Mercatel), Vincent Duval (Paylib), Michel Ganzin (Groupement des Cartes Bancaires), et Raphaël Richard (PlayFrance.Digital), et Arno Pons (Digital New Deal).

L'économie numérique est le théâtre d'un rapport de force à sens unique. Grâce à des systèmes d'exploitation (OS) propriétaires, les grandes plateformes digitales enferment les consommateurs et les entreprises utilisatrices dans leurs écosystèmes fermés. Jouant de puissants effets de réseaux, ces big tech consolident ainsi leurs positions monopolistiques.

Le marché du paiement mobile sans contact en magasin en constitue une probante illustration. En effet, des big tech maitrisant les OS mobiles abusent de leur position dominante en se positionnant comme gatekeepers ("gardiens" en français). Ils entravent ainsi l'émergence de concurrents français ou européens en matière de paiement mobile. Si nos solutions peuvent nous préserver de ce phénomène, nous avons toutefois besoin d'être soutenus par le législateur, notamment pour les rendre équitablement accessibles et permettre à nos citoyens de faire un choix non biaisé.

Concrètement, nous pensons inacceptable que Samsung et Apple abusent de leur hégémonie : qu'ils s'agissent de Samsung, qui réserve l'accès pratique et rapide à sa propre application de paiement via un swipe vertical, ou bien pire d'iOS, qui empêche toute application concurrente d'accéder à l'antenne NFC qu'il se réserve pour sa propre application Apple Pay. L'absence de choix pour les consommateurs et la concurrence restreinte freinent le développement des solutions de paiement par mobile, alors que la pandémie en cours confirme la nécessité de faciliter ce mode de paiement « barrière ».
Néanmoins, des initiatives législatives émergent sur ce thème en Europe. L'Allemagne a notamment adopté en début d'année une législation demandant aux big tech de permettre à des applications européennes de paiement d'accéder à l'antenne NFC. Ces initiatives visent à faire d'internet un écosystème plus ouvert, favorable à l'innovation, où le consommateur récupère son pouvoir d'agir, autrement dit sa capacité à faire des choix comme il peut le faire dans d'autres marchés régulés.

Adopter en droit interne et européen des dispositions législatives sur le paiement mobile sans contact ayant comme objectifs l'ouverture à la concurrence de l'accès à l'antenne NFC, l'équité ergonomique et la régulation des coûts d'accès, constitue selon nous un moyen de corroborer la nécessité plus globale de réguler spécifiquement ces fameuses big tech au niveau national et européen.

C'est cette ambition collective que nous portons aujourd'hui, en Europe et en France en particulier, avec Paylib, Famoco, Groupement des Cartes Bancaires, Dejamobile, Antelop Solutions, Mercatel et PlayFrance.Digital.

A l'heure où Emmanuel Macron appelle à défendre la souveraineté technologique, notre démarche, qui dépasse largement la problématique du paiement, semble plus que jamais d'actualité. Les refus successifs d'Apple de donner accès à son antenne NFC à la Région Ile-de-France pour le pass Navigo et surtout celui du bluetooth en arrière-plan pour l'application StopCovid nous semblent symptomatiques d'un glissement global regrettable. Si des circonstances aussi exceptionnelles n'ont pas empêché ces entreprises privées de s'arroger une prérogative aussi essentielle de la puissance publique que la santé, nous sommes alors en droit d'imaginer les pires scenarios pour notre futur.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :