Climat : pour qu'il n'y ait pas de « Stockholm +100 » !

Cinquante ans après le rapport Meadows sur « Les limites à la croissance » et le premier Sommet de la Terre à Stockholm se tient cette semaine, les 2 et 3 juin, le Stockholm +50. Ancrée dans la Décennie d'action, sous le thème « Stockholm+50 : une planète saine pour la prospérité de toutes et tous - notre responsabilité, notre chance », cette réunion de haut niveau sera-t-elle la dernière ou faudra-t-il attendre encore 50 ans ?, interroge Bertrand Piccard, président et fondateur de la Fondation Solar Impulse, qui y participe un demi-siècle après son père, l'océanographe et océanaute suisse. Jacques Piccard.

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(Crédits : DR)

Il y a cinquante ans, j'étais un adolescent issu de la génération des 30 glorieuses. Le monde baignait dans un discours enthousiaste qui, sous couvert de progrès et de croissance tous azimuts, parlait d'économie davantage que d'environnement.

Dans ce contexte, mon père, Jacques, était aussi un pionnier. Après avoir touché le fond des océans, il participait au Sommet de la Terre. C'était l'époque où l'écologie était tellement absente du domaine politique que de nombreux gouvernements se retrouvaient démunis. L'Iran avait alors demandé à mon père de diriger sa délégation nationale à la première conférence internationale de Stockholm sur l'environnement, en 1972. Il ne s'agissait pas encore à ce moment de changements climatiques, mais de pollution, de surpopulation et d'épuisement des ressources naturelles. Je me rappelle mon père très préoccupé par les conclusions du rapport Meadows « Les limites à la croissance ». Comment pouvait-on envisager une croissance économique qu'on voulait infinie avec des ressources planétaires limitées ? Il me montrait des projections prévoyant qu'en 2030, si rien n'était corrigé, la population mondiale pourrait connaître un effondrement catastrophique. Prophétie ? Dystopie ? Avec la mise à sac de nos ressources naturelles, l'Humanité courait-elle à sa perte ?

Le premier Sommet de la Terre il y a 50 ans à Stockholm ouvrait la voie à une diplomatie environnementale avec la création du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Pour la première fois, les questions écologiques accédaient au niveau international. L'environnement était enfin reconnu comme un droit, et même un devoir, fondamental.

C'était l'époque où l'on jetait le mercure en mer, les phosphates dans les rivières et les CFC dans l'atmosphère. Devant l'absence de solutions techniques permettant de faire mieux, il n'y avait que deux approches possibles : la décroissance, rejetée par presque tous les acteurs, et les réglementations, combattues au nom de la liberté de faire du business. Néanmoins, des règles furent établies et partiellement appliquées, conduisant à des succès certains comme la réparation de la couche d'ozone et la lutte contre les fumées industrielles qui causaient la mort des forêts.

Au troisième Sommet de la terre à Rio de Janeiro en 1992, les 170 chefs d'État signaient un programme d'actions durables n'altérant pas le développement économique. C'était l'avènement du « développement durable ». Il n'était plus seulement question de pollution, mais de vivre en harmonie avec l'environnement. De belles intentions, mais toujours pas de solutions à mettre en œuvre.

Aujourd'hui ce sont les changements climatiques qui sont au centre de toutes les discussions, mais ceux-ci ne devraient pas nous faire oublier que les autres problèmes n'en sont pas résolus pour autant.

Cette semaine, je représenterai la Fondation Solar Impulse à Stockholm +50 en tant qu'Ambassadeur des Nations Unies pour le programme environnemental créé il y a 50 ans. Ma mission sera de poursuivre le travail initié par mon père, et je nourris l'espoir d'effacer à posteriori la frustration qu'il y avait éprouvée. Il a contribué à cet éveil des consciences écologiques. Il a fait le maximum avec ce qu'il était possible de faire en 1972, avec l'utopie de protéger l'environnement et l'humanité. Il rêvait de pouvoir réconcilier adversaires et avocats de la décroissance. Mais comment pouvait-on arrêter la marche infernale de ce que l'on avait appelé la société de consommation ? Les impératifs économiques et financiers étaient tels que la lutte était inégale. Il n'y avait tout simplement pas de solutions permettant de protéger l'environnement tout en permettant le développement de l'économie. Voilà ce qui a changé en cinquante ans.

L'expérience familiale m'a mis sur la voie du réalisme, avec la volonté d'arriver à des résultats tangibles indépendants de sa propre idéologie. Que l'on soit de gauche ou de droite, activiste écolo ou industriel, il s'agit de trouver notre intérêt commun. C'est dans ce sens que je veux maintenant montrer ce que l'on peut faire après 50 ans de recherches scientifiques. Je veux mettre en évidence les plus de mille solutions concrètes qui protègent l'environnement de manière économiquement rentable et que ma Fondation a sélectionnées depuis 5 ans.

Nous pouvons enfin sortir du dilemme entre une croissance quantitative polluante et une décroissance respectueuse de l'environnement, mais risquant à terme de mener vers un chaos social. Si en 1972, des solutions fédératrices n'existaient pas, en 2022, nous en avons pléthore. Nous sommes entrés désormais dans un nouveau narratif. Nous pouvons réconcilier les extrêmes avec des solutions qui deviennent des opportunités économiques et industrielles autant qu'écologiques. Mais celles-ci se doivent d'être efficientes, dans le sens où elles permettent d'obtenir de meilleurs résultats en consommant moins de ressources. Pour qu'elles s'imposent dans le monde, ce ne sont pas seulement les infrastructures qu'il faut moderniser, mais aussi les législations qui doivent devenir beaucoup plus incitatives. Voilà à quoi les participants à ce Sommet devraient se consacrer.

Stockholm 1972 a servi de tribune d'expression, mais n'a pas été suivie de changements majeurs. Cette prise de conscience environnementale était indispensable. Maintenant que les choses se savent et que les solutions existent, il n'y a plus d'excuses pour ne pas agir. Stockholm+50 doit être le dernier Sommet de la Terre, sans quoi il y en aura jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

Bertrand Piccard est président et fondateur de la Fondation Solar Impulse.

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Commentaires 2
à écrit le 31/05/2022 à 12:41
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Toutes ces réunions ne changeront rien. La majorité des gens n'ont aucune conscience écologique, et s'ils en ont une, ils n'en comprennent pas les tenants ou les aboutissants. L'être humain n'est pas suffisamment intelligent pour empêcher son auto-de...

à écrit le 31/05/2022 à 12:34
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Le problème est que cette génération des 30 se sent montrée du doigt et dorénavant fragile, vieille et apeurée est incapable de se retourner et comprendre les dégâts qu'elle a causé mais comme je le disais encore à un hier, ce n'est pas la faute des ...

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