Pourquoi l'industrie peine tant à recruter

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi l'industrie peine tant à recruter

 "Goulot de production", l'expression avait quasiment disparu du vocabulaire économique français. La voilà de retour... et paradoxalement, trop rapidement de retour. Dans l'industrie, près d'un tiers des entreprises ne peuvent déjà plus produire davantage avec leurs moyens actuels, c'est nettement plus que la moyenne de long terme.

Et si les entreprises se sentent freinées dans leur développement c'est en partie en raison de l'insuffisance de main d'œuvre : plus de 42% des industriels ont du mal à embaucher. Ces chiffres ont de quoi surprendre car ils ne sont finalement pas si éloignés de leurs deux principaux pics des 20 dernières années. Avec une différence, cependant : celui du début des années 2000 survient après 4 années de très forte croissance, sans commune mesure avec ce que connaît l'industrie depuis 4 ans. Quant au second pic, il apparait en 2008, alors que le niveau de la production est à son sommet historique. Rien de tel actuellement, l'écart est encore de 6%.

Les rémunérations dans l'industrie sont pourtant relativement élevées

Ce n'est pourtant pas un problème de salaire : la rémunération brute mensuelle (qui intègre l'ensemble des éléments de rémunération, fixes ou non comme l'intéressement, la participation, les heures supplémentaires) est structurellement plus élevé dans l'industrie que dans le reste de l'économie. Et l'écart se creuse : le salaire moyen par tête est en hausse de 2,5% par an depuis 2000 dans l'industrie. C'est la progression la plus rapide parmi les grandes branches d'activité et c'est nettement supérieur à la moyenne nationale bloquée à 2,1%.

La situation est paradoxale, voire rageante : d'un côté des industriels en quête de compétences spécifiques et en face un nombre de chômeurs (dès lors que les personnes en sous-activité sont intégrées) proche voire supérieure à 5,5 millions de personnes depuis 2015. Entre les deux, ce n'est pas un problème de motivation des sans-emploi. Il n'y a pas 500.000 emplois non pourvus en France, comme l'affirme le Medef, mais environ 150.000. Ce qui ne suffit pas à expliquer les difficultés de recrutement des industriels.

Mais les savoir-faire se sont perdus

Ce qui l'explique, c'est la perte de compétences : quand des pans entiers industriels disparaissent ce sont aussi des savoir-faire qui s'évaporent. Les filières de formations tombent, l'expérience des « anciens » n'est plus transmise, le savoir-faire technique pour la fabrication d'un produit est perdu. C'est bien évidemment le potentiel de croissance qui est attaqué et notre capacité à rééquilibrer un jour nos échanges extérieurs. Faute d'offre, la demande adressée à nos entreprises est satisfaite par les importations : depuis le premier trimestre 2016, elles ont progressé de 6,5% contre une hausse de 3,3% de la demande.

En Allemagne, les importations progressent également plus vite que la demande mais l'écart est plus faible. Entre les deux pays il y a une différence de taille : en Allemagne le taux de chômage est de 3,6%, il est donc normal que ce soit moins la production domestique que les importations qui répondent aux nouvelles hausses de demande. En France il est proche de 10%, signe de la défaillance de l'appareil productif. Une partie de nos savoir-faire a disparu, d'autres exigences sont apparues également avec la transition numérique, ce qui explique aussi pourquoi notre potentiel de croissance a été entamé.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 29/11/2017 à 16:38 :
Ils n'ont pas le courage ou la volonté d'embaucher ceux sont disponibles et en recherche active: chômeurs et autres personnes en recherche d'emploi.

"Quand on veut, ont peut quand on veut pas, on donne des excuses!
Réponse de le 07/12/2017 à 15:06 :
+1
idem dans d'autres secteurs en tension
a écrit le 29/11/2017 à 9:30 :
Même notre prix Nobel d'économie est favorable à une taxe sur l'énergie pour protéger le climat, mais cette taxe doit être appliquée "à niveau constant", c'est à dire en réduisant un autre prélèvement. C'est tout expliqué dans la note n°6 du CAE. Nous allons à notre perte si on ne le fait pas.
a écrit le 29/11/2017 à 9:17 :
Tout simplement parce qu'on refuse d'appliquer la note n°6 du CAE. Mais qui est capable de le comprendre? Nous allons à notre perte. Les Allemands et les Suédois qui en tiennent compte s'en portent très bien et en profitent. Mais pas nous!
a écrit le 28/11/2017 à 18:51 :
Résultat de l'esclavagisme salarial, on veut d'abord des bras et pas des têtes, ni des diplômes, ni d'expérience, afin de les payer toujours moins cher du coup forcément le savoir faire se perd bien de plus en plus vite.

Le jeune apprenti qui doit être embauché ne va pas pouvoir enseigner grand chose à celui qu'il va le remplacer, d'où une pratique qui revient en force, le débauchage, au grand damn des petites entreprises qui se font piller leurs salariés qualifiés par les grosses toujours incapables de dynamisme, de renouveau.
a écrit le 28/11/2017 à 10:51 :
LA FERMETURE D ENTREPRISSE LIDEUR SUR CERTAIN MARCHE OU PRODUIT ONT AGRAVER LA PERTE DE PROFESSIONELS? LES DECIDEURS OU DONNEURS D ORDRE ONT PREFERE FAIRE FABRIQUE ALLIEUR SOIT DISANT MOINS CHER DONC NOUS ALLONS DE PLUS EN PLUS ETRE ACHETEUR PLUTOT QUE VENDEUR? C EST LA POLITIQUE DE 30 ANS D INCOMPETANCE D ELU E S DE DROITE ET DE GAUCHE? ESQUE MACRON FERAS MIEUX JE N EN SUIS PAS SUR CE SONT DES ECONOMISTES QUI ONT PRIS LE POUVOIR? IL N Y A QU A VOIR TOUT CES ELUES DE DROITE TOUT FAIRE POUR REJOINDRE MACRON???
a écrit le 28/11/2017 à 10:49 :
Quand on fait des salariés la première variable d'ajustement, à coup de plans asociaux, de retraites très anticipées et de licenciements secs, on finit par se retrouver sans salariés formés et démotivés.

Tout n'est pas parfait en Allemagne, mais quand un patron allemand a des baisses de régime, il commence par baisser le temps de travail, parfois jusqu'à 32h/sem. Et il met en place des mesures de chômage partiel afin de conserver le plus longtemps possible son vivier de compétence.
Il ne licenciera qu'en dernier recours parce qu'il considère que la première force de son entreprise ce sont les gens qui la font tourner, alors qu'un patron français voit ses employés comme une charge.

Cette différence de mentalité explique pour beaucoup la différence de climat social dans les entreprises des deux pays.

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