« Repenser la santé en l’hybridant ! » (Gabrielle Halpern)
Gabrielle Halpern
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Frédérique Touitou
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Frédérique Touitou
Le 1er septembre 1934 fut inauguré le théâtre du centre hospitalier de Bligny : l'aboutissement d'un long processus au cours duquel la « méthode Bligny » a été imaginée. Il s'agissait pour les médecins d'intégrer au parcours thérapeutique de l'époque une série d'activités culturelles et artistiques obligatoires, afin « d'entretenir un esprit optimiste et joyeux ». Toutes sortes d'activités ludiques, à travers des concours et des compétitions attribuant des médailles et des coupes, étaient proposées. Hybrider les hôpitaux et les théâtres, le médico-social et le ludique, le thérapeutique et le culturel semble fou, et pourtant, il se pourrait bien que ces hybridations du monde de la santé puissent ouvrir des voies inédites pour le plus grand bénéfice des soignants et des patients !
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En effet, comme de nombreux autres secteurs, celui de la santé n'a malheureusement pas échappé à notre rationalité qui transforme notre cerveau en usine de production massive de cases, dans lesquelles nous rangeons tout ce que nous affrontons. Nous sommes passés maîtres à coller des étiquettes sur tout et tout le monde : patients, soignants, secteur public, secteur privé, médecine de ville, spécialités d'appareil ou d'organe, etc. Les patients eux-mêmes sont catégorisés dans des services, qu'ils soient pédiatriques ou gériatriques. Cette manière de considérer la santé en silo crée des frontières absurdes entre les générations, les maladies, les organes, les spécialités, les métiers, les patients, les soignants et les lieux. L'absence d'hybridation au sein du système de santé l'empêche d'être aussi réactif qu'il devrait l'être et renforce le mal-être de toutes ses parties prenantes. La division du travail - dogme sur lequel repose le monde du travail depuis des décennies - a montré ses limites et ses dangers, en provoquant un appauvrissement et une absurdité des métiers. La raison de cette sectorisation, de cette sur-spécialisation, serait le gain de « productivité », mais ce que l'on gagne en productivité, on le perd en coordination et en partage d'informations ; on le perd surtout en sens et en humanité.
Gabrielle Halpern
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