Où va la médecine générale en France?
David Medioni
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Istock
David Medioni
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Istock
« Ils veulent tuer la médecine générale. » Ce mot d'ordre est sur toutes les lèvres en ce mardi 14 février à Paris alors que les praticiens de santé manifestent entre le ministère de la Santé et le Sénat où est examinée une proposition de loi contre laquelle les médecins libéraux sont très remontés. Dans le cortège qui compte environ 3 000 personnes, un fait historique : tous les syndicats de médecins ainsi que l'ordre des médecins sont représentés. Pour la première fois. Tous et toutes évoquent des « conditions de travail ubuesques » ainsi qu'un « manque criant de considération » et une « vision stratégique pour sauver le système de santé et la médecine » de la part du gouvernement. En cause également, lors de ce mouvement, la proposition de loi qui vise à permettre à des pharmaciens et/ou des infirmiers de réaliser certaines prescriptions de médicaments sans que le patient ait à se déplacer chez le médecin. « Nous proposons cela pour répondre aux besoins de santé des Français », a indiqué le ministre François Braun. « Argument fallacieux » rétorquent les généralistes. « Faire une prescription, cela nécessite de faire d'abord un diagnostic et pour cela il faut être médecin », tonne Jean-Christophe Nogrette, médecin généraliste à Feytiat en Haute-Vienne (87) à quelques kilomètres de Limoges.
À lire également
Quoi qu'il en soit, ce que révèle ce mouvement est triple. D'abord un profond malaise vécu et réel des médecins généralistes. Ces derniers sont au cœur de l'architecture du système de santé tel qu'il est construit en France, et ils sont pourtant « traités comme les dernières roues du carrosse. À ce rythme-là, dans dix ans vous n'aurez plus aucun étudiant en médecine qui voudra devenir généraliste », prévient Nogrette. Ensuite, ce mouvement et cette troisième grève en à peine trois mois viennent souligner l'incapacité des gouvernements successifs à planifier une politique de santé et ainsi à anticiper les départs à la retraite des médecins baby-boomers, et ils accentuent le désespoir des médecins. « Lorsque j'ai commencé ma médecine en 1990, l'une des premières choses dont j'ai entendu parler est cette problématique du numerus clausus trop étroit et du risque criant du manque de médecins », enrage dans le cortège du 14 février, Cyril un médecin parisien. Un autre, plus âgé, réagit aux propos de Cyril : « Nous en parlions déjà en 1980 lorsque j'ai moi-même commencé mes études. Il est lunaire d'en discuter encore en 2023. »
David Medioni