Santé des femmes  : une autre source d'inégalités entre les sexes

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(Crédits : Reuters)
OPINION. En matière de santé, les disparités entre les hommes et les femmes sont importantes, non seulement en terme biologique mais aussi en matière d'accès aux soins. Par Marie Bogataj, directrice du AXA Research Fund.

Les inégalités entre hommes et femmes sont relativement documentées sur le plan économique et social : écart de salaire, pensions moins élevées du fait d'interruptions liées à la maternité, poids prépondérant des femmes dans la population d'aidants de parents isolés (75% en France) et à la tête de familles monoparentales (81% en France également). A cette liste s'ajoute la santé. Les hommes comme les femmes font face à des disparités qui leur sont propres en termes de santé, mais les femmes en subissent une majorité.

Pathologies spécifiques

Ces inégalités sont d'abord d'ordre biologique - une grande proportion de femmes connaissent une ou plusieurs grossesses et accouchements, ce qui présente des risques qui peuvent donner lieu à des pathologies spécifiques. Alors même que la mortalité à l'accouchement a baissé de 45% depuis 1990, presque 800 décès quotidiens sont encore attribués à cette cause en 2013 (avec 99% de ces décès dans les pays en développement). Par ailleurs, les cancers du sein et du col de l'utérus sont les 1er et 4e cancers les plus meurtriers chez les femmes. Pour ce qui est des pathologies communes aux deux sexes, les femmes présentent souvent des risques accrus : en France par exemple, 60% des patients atteints d'Alzheimer sont des femmes. C'est aussi le cas pour les maladies liées à la santé mentale : la dépression affecte deux fois plus de femmes que d'hommes et la maladie est plus persistante chez celles-ci ; les violences conjugales et sexuelles, subies de façon disproportionnée par les femmes ont aussi des impacts importants sur la santé mentale et physique. En ce qui concerne les maladies chroniques, deux fois plus de femmes que d'hommes de plus de 80 ans souffrent d'au moins deux pathologies ou plus. Enfin, les femmes de moins de 25 ans ont 50% de chance en plus de contracter le VIH que les hommes du même âge.

Nécessité d'une approche différenciée

Malgré ces inégalités trop méconnues face à la maladie, la recherche n'a pas encore adopté une approche systématiquement différenciée des deux sexes pour la même maladie, approche pourtant nécessaire afin de permettre une médecine plus adaptée et efficace pour répondre à ces besoins de santé spécifiques.

Au-delà des pathologies et des traitements, les femmes subissent également des inégalités dans l'accès aux soins. Ces dernières sont principalement liées aux disparités sociales, notamment dans les pays moins développés où l'accès à l'éducation et à l'information est plus faible pour les femmes, tout comme l'autonomie de décision et l'indépendance financière.

Afin qu'un vrai changement s'opère, il est nécessaire de développer la recherche scientifique sur la santé des femmes. Les femmes ont besoin de recherches dédiées tout simplement parce qu'elles sont différentes des hommes. Elles sont par exemple trop souvent mal diagnostiquées car leurs symptômes peuvent différer de ceux des hommes. L'infarctus, communément considéré à tort comme un mal masculin, tue dix fois plus de femmes en Europe que le cancer du sein en raison de mauvaises prises en charge après un malaise.

Des protocoles de soins trop calibrés sur le genre masculin

En amont, les protocoles de soins sont encore trop calibrés sur le genre masculin ; les femmes sont souvent mises à l'écart des essais cliniques, les laboratoires craignant notamment que leurs hormones puissent biaiser les résultats, ou que l'essai n'affecte une grossesse éventuelle. Seuls 35% des patients participant à la recherche sur les maladies cardiovasculaires sont des femmes alors même qu'elles sont plus susceptibles que les hommes de ne pas survivre à un malaise cardiaque. Ce biais criant dans les essais cliniques touche l'ensemble des pathologies et implique des risques et effets secondaires accrus pour les femmes et/ou des traitements inefficaces sur cette population. Entre 1997 et 2001, 80% de médicaments retirés de la vente aux Etats-Unis pour « risques inacceptables sur la santé » ont été plus délétères pour les femmes que les hommes.

Tous les acteurs de la chaîne de soins doivent prendre la mesure de cet enjeu, de la recherche à la profession médicale (sur 100 médecins en France, seules 41 sont des femmes) jusqu'aux acteurs de l'assurance.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2019 à 7:28 :
Et les inégalités concernant l'espérance de vie, pourquoi pas une ligne dans cet article ? Bref encore un article pleurnichard sur la victimisation des femmes
a écrit le 25/03/2019 à 22:55 :
La recherche de l'égalité va toujours dans un seul sens, "l'homme échange ses soit disant "avantages" contre les soit disant "inconvénients" d'être une femme", bref un marché de dupe!
a écrit le 25/03/2019 à 21:57 :
Comment peut on mettre en lumière sans vergogne ce phénomène en faisant l'impasse sur l'inégalité fondamentale qui est celle de l'espérance de vie ainsi que de celle de l'espérance de vie en bonne santé? L'inégalité des résultats a plus d'importance que celle des moyens enfin!
Ce serait comme se lamenter sur l'inégalité des impôts entre foyers sans prendre en compte les différences de niveaux de revenus des foyers...
Le féminisme 2.0 n'a vraiment plus aucune limite, même pas celle de la décence

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