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Selmayrgate : Emmanuel Macron doit défier la domination européenne de l’Allemagne

Photo de Jean-Christophe Gallien

Jean-Christophe Gallien

Publié le 19 avril 2018 à 09:20 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:04

Gallien Jean-Christophe, opinion,

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Les parlementaires ont évalué le « Selmayrgate », sombre affaire révélée par le français Jean Quatremer de Libération. Soit la promotion très accélérée de l'Allemand Martin Selmayr, de son poste de chef de cabinet du président de la Commission européenne à celui de secrétaire général. Comme la plupart des observateurs avertis des affaires européennes, les députés européens ont alors regretté une « exception » aux règles de la fonction publique européenne. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à...

Devant l'interpellation de ses amis politiques, les chefs de gouvernement appartenant au Parti Populaire Européen, eux-mêmes embarrassés par le cas Selmayr, Jean Claude Juncker a intimement lié son propre sort à celui de son collaborateur affirmant « Martin Selmayr ne démissionnera pas. Si vous vous attendez à une démission, ce sera la mienne ». Poussant plus loin le risque politique, le Président luxembourgeois de la Commission réclama, la semaine passée, un engagement de solidarité aux autres commissaires européens. Tous ont répondu positivement et ont donc, eux-aussi, engagé leur destin individuel et collectif politique à celui du fonctionnaire allemand.

Ce mercredi en session plénière à Strasbourg, alors que certains brandissaient la menace d'une motion de censure contre la Commission européenne, à défaut de disposer d'un droit de regard sur les nominations en son sein, les députés européens y ont renoncé. Nombre d'eurodéputés ont estimé qu'étant donné les nombreuses crises externes, il n'était pas utile, à un an des élections européennes, d'alimenter une nouvelle crise, cette fois interne à l'Union. Les parlementaires européens ont cependant demandé au Président de la Commission de revoir la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général.

Derrière cette triste affaire individuelle se cache un mouvement très concret et beaucoup plus stratégique. Depuis longtemps et nous ne cessons de le dire et de l'écrire, nos voisins et amis allemands abordent, à juste titre, les affaires européennes comme des affaires intérieures. Entre influence et contrôle, les institutions européennes se sont progressivement transformées en leviers européens de la vision allemande de l'Europe.

Il faut le rappeler, l'élargissement européen à l'est de 2004 a profondément modifié les paradigmes allemand et européen. Dans l'Europe à 25 et encore davantage avec l'entrée récente de la Croatie, l'Allemagne a retrouvé un « hinterland » lui offrant une nouvelle respiration économique européenne mais surtout une autonomisation et une puissance diplomatique renouvelées avec des alliés fidèles au cœur du processus européen. Les rapports de force ont basculé. L'Allemagne s'est autonomisée et ce fut, en large partie, la fin du Couple Franco Allemand. Notre diplomatie ne l'a pas anticipé et a mis du temps à réagir. Pas de contre alliance latine, pas d'Union de la Méditerranée ...

Peu de temps avant Jacques Chirac accepta même de faire exploser l'équilibre de représentation au sein du Parlement Européen. L'Allemagne pèsera désormais 99 Eurodéputés. 26 de plus que les Italiens, les Français ou les Britanniques ! Conséquence, depuis 2004 le Parlement européen est sous influence allemande. Groupes politiques du fait de la loi du nombre, secrétariat général avec l'Allemand Klaus Welle de la conservatrice CDU comme secrétaire général et son compatriote Markus Winkler du SPD (socialistes) secrétaire général adjoint.

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Influence allemande encore décisive au Conseil européen, avec l'élection comme Président du germanophone et germanophile polonais Donald Tusk, dont la deuxième nomination en 2017 s'est faite sous « l'amicale pression » germanique, contre la volonté de la Pologne. Il se murmure à Varsovie et ailleurs qu'alors au pouvoir, Donald Tusk aurait vendu presse, assurances et banques polonaises aux intérêts allemands.

L'affaire Selmayr vient éclairer la poursuite du gagne terrain allemand à la Commission Européenne, institution centrale de l'édifice européen. Angela Merkel avait poussé Jean-Claude Juncker contre notamment Michel Barnier à la tête de la Commission européenne. Président, le luxembourgeois « choisit » comme Chef de cabinet le dénommé Martin Selmayr, ex lobbyiste européen de Bertelsmann, géant allemand des médias.

Au-delà du SelmayrGate ce qui est démontré c'est l'incroyable emprise allemande sur l'essentiel de l'édifice institutionnel de l'Union européenne. Comme en Football au siècle précédent :

« L'Europe est un jeu qui se joue à 28 ...et à la fin c'est l'Allemagne qui gagne ! »

Voilà un vrai défi concret pour Emmanuel Macron qui aspire à s'incarner en Captain Europa et faire respecter les intérêts collectifs européens dans une Europe plus équilibrée et démocratique. La réponse passe par une véritable stratégie d'influence partout et pour tout en Europe à commencer par le Parlement Européen, en le considérant à sa juste mesure et non pas comme une assemblée du rattrapage électoral ou pire comme une maison de préretraite.

Il faut y envoyer les plus aguerris aux processus et enjeux européens. Le prochain rendez-vous de 2019 sera un test décisif monsieur le Président.

___

Par Jean-Christophe Gallien

Professeur associé à l'Université de Paris 1-La Sorbonne
Directeur général de ZENON7 Public Affairs et Président de j c g a 
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean-Christophe Gallien

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