Territoires et éolien : vers une trajectoire commune désirable

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(Crédits : iStock)
OPINION. A la suite de la publication du rapport de l'Assemblée nationale sur les énergies renouvelables fin 2019, l'éolien apparaît comme une solution qui, pour s'ancrer durablement, doit reposer sur un principe de dialogue social. Par Marjolaine Meynier-Millefert, députée, et Nicolas Wolff, directeur général Europe de Boralex.

Aujourd'hui, le débat sur la transition énergétique met en lumière les multiples paradoxes et fractures, témoins de la nécessité de faire émerger un horizon durable, désirable et inclusif. Car si nous avons tous conscience que le changement est indispensable, notre calendrier sociétal, environnemental et économique n'a pas - à l'heure qu'il est - intégré toutes ses conséquences à court et moyen-terme.

L'éolien, connu de nos écosystèmes contemporains, est un des marqueurs de ce bouleversement incompris. Si cette énergie emblématique rime avec développement durable, sobriété et efficacité, elle permet surtout d'enclencher la décentralisation énergétique dans laquelle chaque territoire prendra sa part.

Car le paysage énergétique français se transforme peu à peu. La trajectoire vers un modèle énergétique "vert et décentralisé" permettant le maintien d'un mix électrique français toujours décarboné progresse et, à l'horizon 2028, ce seront a minima 34,1 GW de capacité cumulée (contre 16 GW aujourd'hui) qu'il faudrait pouvoir raccorder en France métropolitaine.

Premier employeur du secteur des énergies renouvelables avec plus de 18.000 emplois, la filière devra connaître - pour atteindre les objectifs fixés par la PPE - un rythme d'installation de 2 GW par an. Et si l'éolien a déjà fait la démonstration de sa compétitivité, c'est en matière d'appropriation citoyenne et territoriale qu'il reste du chemin à parcourir. Le défi est de taille mais largement à notre portée.

Plus de 70% des projets font aujourd'hui l'objet de recours. Pourtant, et paradoxalement, les sondages réalisés, dont celui de 2016 de l'Ifop pour France Energie Eolienne, révèlent que 77 % des Français interrogés ont une bonne ou très bonne image des éoliennes, et que c'est également le cas pour 75% des riverains vivant à proximité immédiate d'un parc. Dans ce contexte, accompagner la progression des énergies renouvelables nécessite pour les porteurs de projets de travailler main dans la main avec les territoires.

Pour cela, il faut faire converger les outils et leviers d'action au niveau local, pour pleinement valoriser les ressources de chaque territoire. Il faut également en finir avec les idées reçues, continuer à mieux informer les citoyens et partager au maximum les bonnes pratiques pour qu'elles soient connues de tous.

Ce qu'il faut pour que le vent tourne, c'est un changement de paradigme. Tant que la perception de l'éolien par les français sera marquée par des freins persistants et un développement non concerté pourtant de plus en plus minoritaire, l'éolien continuera d'être dévalorisé.

Si cette énergie s'impose comme une évidence, elle le sera d'autant plus si elle s'inscrit dans un agenda co-construit avec les territoires. A l'image du secteur du Bio et des AMAP, il faut rapprocher la production de la consommation, réduire le recours à des intermédiaires et encourager l'éolien "participatif". C'est notamment par la pédagogie, des actions inclusives et une information objective sur les retombées locales et environnementales réelles que les lignes bougeront. En pratique, cela se traduit notamment par des réunions de concertation régulières avec les habitants des zones concernées et le suivi des projets en les y associant à toutes les étapes, des visites de site et journées portes ouvertes.

La preuve par l'exemple permettra d'en finir avec les légendes urbaines sur l'éolien et posera les bases d'une confiance mutuelle sans fausse note. La sensibilisation des populations et des communautés est très importante car ces projets s'inscrivent dans la vie quotidienne des habitants et participent à leur avenir, il est donc indispensable qu'ils favorisent leur qualité de vie. Les territoires et leurs habitants portent une partie de cet espoir de changement et sont aussi le miroir des débats sociaux actuels sur la fracture territoriale croissante entre les grandes métropoles et les zones rurales.

Alors, faire grandir cette volonté de convergence nécessite de fédérer l'ensemble des parties prenantes (société civile, secteur privé, ONG, villes et territoires, élus et citoyens...) au service d'une société sobre et renouvelable désirée. Il faut convaincre les territoires de se tourner avec désir vers un paysage durable co-construit et non subi. Dans ce contexte, notre défi commun est de créer les conditions d'une appropriation territoriale reposant sur un dialogue social rassembleur dépassant les clivages urbains/ruraux. Ce sentiment marqué de fracture et d'injustice territoriale avait d'ailleurs été mis en exergue fin 2018 par le mouvement des Gilets jaunes dont un des messages conforte l'idée qu'une nouvelle gouvernance énergétique doit émerger.

Lorsqu'une entreprise porteuse d'un projet éolien travaille sur un territoire, elle agit en voisin. L'enjeu pour elle est bien de le rester. Les conditions sine qua non pour concrétiser cette ambition 100% renouvelable passeront aussi par l'implication et la volonté des élus dans la facilitation de cette trajectoire commune. Il est temps de se plonger dans des actions concrètes d'appropriation pour en finir avec « l'éolien, oui, mais pas dans mon jardin » et favoriser le basculement voulue par la transition énergétique non pas en 2028 mais dès aujourd'hui.

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LES AUTEURS

Marjolaine Meynier-Millefert est députée de l'Isère et rapporteur de la Commission d'enquête sur les énergies renouvelables à l'Assemblée Nationale. Nicolas Wolff est vice-président et directeur général Europe de Boralex, premier producteur éolien indépendant de France

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a écrit le 28/01/2020 à 11:14 :
Combien d'argent les lobbys de l'éolien et du solaire donnent-ils chaque année aux ONG soit-disant vertes ? Les journalistes de La Tribune peuvent-ils investiguer sur le sujet ?
a écrit le 28/01/2020 à 11:13 :
Fichez nous la paix avec votre éolien. On a le nucléaire, qui ne fait pas ou quasi de CO2 et dont les déchets posent très peu de problèmes, contrairement aux mensonges de Greenpeace.
Et qui est infiniment moins cher et moins réchauffant que l'ensemble "solaire/éolien + batteries + renforcement du réseau + capacités thermiques au charbon ou au gaz".
Lisez les rapports du GIEC et de l'AIE, merci.
a écrit le 27/01/2020 à 21:13 :
Les zones rurales sont devenues le terrain de chasse des promoteurs éoliens, idem pour les zones côtières ! Notre environnement n'est pas à vendre aux promoteurs éoliens ! La députée n'a visiblement pas l'âme d'une vraie écologiste (protection de l'environnement, protection de la biodiversité, elle ne connait pas : normal lorsqu'on vit en ville !) Les citadins veulent de l'électricité pour leurs véhicules électriques donc installons des éoliennes près des villes : pour les parisiens par exemple des éoliennes en forêt Fontainebleau, Rambouillet, Bois de Boulogne etc.... Les éoliennes ne contribuent pas à réduire le CO2, elles ne servent qu'à enrichir quelques uns et à appauvrir une majorité de personnes. Il est temps de supprimer les subventions pour les éoliennes.
a écrit le 27/01/2020 à 17:41 :
Nous avons le plus vaste territoire maritime du monde, pourquoi alors que notre pays est minuscule voulez vous à tout prix nous envahir d'éoliennes ?

IL n'y a pas assez de place à exploiter !? Alors certes la Guyane n'est pas une île mais on en a plein d'autres hein !
a écrit le 27/01/2020 à 15:21 :
L'éolien ne s'impose pas comme une évidence, avec des machines qui ont été acceptées tant qu'elles n'envahissaient pas tous nos paysages. La contestation grandissante est aussi la conséquence de cette industrialisation: des machines de plus de 200 mètres de haut, plus de 5 fois la taille des clochers de nos églises, voire de nos cathédrales, tournant en bout de pâles à 300 km/heure, véritables hachoirs à oiseaux, et à chauve-souris. L'éolien ne s'impose pas comme une évidence quand l'intermittence conduit à des gains carbone très limités, et évidemment un surcout quand les usines à gaz (sic) ne fonctionnent elles-même que par intermittence. Alors, il faut garder raison en tout, protéger les quelques paysages naturels qui nous restent, garder l'éolien là où les rendements ne sont pas dérisoires (nous sommes en moyenne en France à 22%..), probablement en mer (50%). Et il va falloir en finir avec le concept de transition énergétique, mensonger, puisque nous cumulons des consommations de toutes les sources de plus en plus élevées (JB Fressoz CNRS). Ce n'est malheureusement pas seulement un problème de communication, et penser cela est montrer bien peu d'égards avec nos concitoyens, notamment les ruraux!
Réponse de le 27/01/2020 à 16:18 :
Tout est dit, et en particulier sur les conséquences de l'intermittence qui fait perdre une bonne partie du gain carbone, à cause de l'obligation de recourir aux centrales thermiques fonctionnant aléatoirement dans l'année, (ou à l'importation d'électricité d'origine Allemande ET charbonnière....).
Bref, oui à l'éolien marin qui lui, a moins d'intermittence, et qui sert de zone de reproduction aux poissons, et stop à l'éolien terrestre qui défigure nos paysages, et enrichie des sociétés vampires opportunistes, avec un gain carbone ridicule , sans parler du surcoût payé par tous pour l'usager !

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