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Vices et vertus du "chèque inflation"

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 29 octobre 2021 à 11:51 - Mis à jour le 29 octobre 2021 à 12:22

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

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OPINION. Les modalités choisies pour le versement d'une prime de 100 euros à tous ceux qui gagnent moins de 2.000 euros net par mois pour compenser la hausse des prix de l'énergie vont rendre la mesure plutôt efficace dans le contexte électoraliste actuel. En revanche, au regard de l'urgence de la lutte contre le réchauffement climatique et de la nécessité de réduire le recours aux énergies fossiles, elle envoie un signal contradictoire. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'Essec.

Le montant des dépenses publiques supplémentaires spéciales 2022 semble indiquer que la stratégie du coûte que coûte est passée de la lutte contre la pandémie vers gagner la prochaine élection. Cette stratégie du gouvernement est compréhensible et les cadeaux électoraux, quels qu'ils soient, ont caractérisé les périodes pré-électorales que les gouvernements soient de gauche, de droite ou du centre. Ces dépenses supplémentaires se montent à ce jour à 17 milliards d'euros concernant les dépenses de l'État et à 28 milliards d'euros si on intègre les dépenses supplémentaires de l'ensemble des ministères concernés par cette distribution.

Le dernier en date de ces cadeaux est le « chèque inflation » présenté par le gouvernement Castex la semaine dernière comme un moyen de lutter contre l'impact sur le pouvoir d'achat des plus faibles de l'augmentation des prix des carburants. Le gouvernement a donc décidé de cofinancer la consommation d'énergie fossile en France à hauteur de 100 euros pour les Français gagnant moins de 2.000 euros net par mois. Selon un calcul du gouvernement, cela reviendrait pour une utilisation professionnelle de la voiture à prendre en charge 9 centimes de l'augmentation. Il est bien évident que la mesure n'est pas annoncée comme pérenne et cette contribution du gouvernement aux dépenses en essence de ceux qui ont une voiture ne durera que dans la période préélectorale.

Une mesure qui est loin d'être la pire

Notre propos n'est pas de vilipender la pratique courante et commune à tous les gouvernements du cadeau électoral. On pourrait même observer que tant qu'à prendre une mesure électoraliste liée à l'augmentation des prix de l'essence, celle-ci est loin d'être la pire. En effet, envoyer un chèque à tous, qu'ils aient ou non une voiture, ne génère pas l'effet d'incitation à consommer plus d'essence qu'aurait eu une baisse des taxes sur les produits pétroliers. On peut également observer qu'en tant que mesure électoraliste le chèque inflation est particulièrement efficace. En effet, l'envoi d'un chèque aux particuliers présente l'avantage d'être extrêmement facile à exécuter et fortement visible pour l'électeur bénéficiaire. C'est le mode de distribution qu'avait adopté Donald Trump lorsqu'il travaillait à sa propre réélection entravée par le covid. Espérons pour le gouvernement qu'il ait plus de succès avec cette mesure qu'en a eu son modèle. Il faut remarquer que la modalité concrète du transfert passe par l'intermédiaire des employeurs contrairement aux Etats-Unis où c'est le Trésor qui avait mené l'opération. En revanche, ce sont les entreprises qui auront à gérer le casse-tête administratif.

Si l'on se dégage du calendrier électoral et que l'on regarde le calendrier économique, cette mesure tombe plutôt mal au regard du gros déséquilibre des dépenses budgétaires et de l'endettement public.

L'inflation est de 2,2% en rythme annuel

Elle tombe mal également dans la période inflationniste bien que l'inflation soit le prétexte mis en avant par le gouvernement à cette distribution d'argent public. Le gouvernement dit vouloir protéger les moins aisés de l'augmentation de l'inflation et de l'augmentation des prix des carburants, la seconde étant présentée comme la conséquence de la première. Lorsqu'on se pose la question de l'impact de la hausse des prix sur le pouvoir d'achat, il faut considérer l'ensemble des prix et non pas isoler un bien dont le prix a fortement augmenté et assimiler la hausse de ce prix à l'inflation. La hausse des prix en France est de + 2,2% en rythme annuel, soit un peu au-dessus de la cible de la Banque centrale européenne (BCE), nous ne sommes donc pas dans des chiffres permettant de dire que le pouvoir d'achat baisserait dangereusement. Globalement, le pouvoir d'achat des Français a augmenté plutôt que diminué. En revanche, ce chèque est assimilable à une nouvelle politique de relance de la demande de 3,8 milliards d'euros qui va plutôt contribuer à encore déséquilibrer l'écart entre la demande et l'offre du fait des multiples pénuries.

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Cette mesure tombe également plutôt mal dans le calendrier de la lutte contre le réchauffement climatique à la veille de la COP 26 de Glasgow. Même si la mesure n'a pas de caractère purement incitatif, elle peut néanmoins, étant donné sa justification, être assimilée à une subvention à la consommation d'énergie fossile de 3,8 milliards d'euros.

Cette mesure amène à s'interroger sur le sérieux des ambitions climatiques du gouvernement dans un contexte où le dernier rapport du Haut Conseil du Climat est plutôt alarmiste et doute de la capacité du pays à atteindre son objectif de baisse de -40% des émissions en 2030 par rapport à 1990. La baisse réalisée sur 2019 a été de -1,9% et l'atteinte de l'objectif du gouvernement nécessite un rythme bien plus élevé.

La hausse des prix des énergies fossiles est nécessaire

L'augmentation du prix des carburants fossiles est quelque chose de positif et de fatal à long terme. Il est la conséquence normale de la transition énergétique vers une énergie décarbonée qui suppose un ralentissement des investissements dans la prospection et la production d'énergie fossile, en faveur d'une forte augmentation des investissements dans les énergies renouvelables ou décarbonée. L'augmentation des prix de l'énergie fossile traduit cette difficile mais nécessaire évolution et envoie le message à chaque consommateur d'énergie fossile que celle-ci est condamnée.

L'UE dans le cadre de son green deal s'est fixée comme objectif de réduire de 55% ses émissions de carbone en 2030 comparé à 1990 et a intégré le transport routier à cet objectif. En conséquence, les fournisseurs de carburant auront à compenser le carburant vendu avec des droits d'émission de carbone ce qui augmenterait encore le prix du carburant. L'UE pousse également les pays membre à augmenter les taxes sur les carburants. Le gouvernement français n'est pas le seul à contrecourant puisque, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les subventions mondiales annuelles aux énergies fossiles se monteraient à 400 milliards de dollars ce qui est à comparer aux 800 milliards de dollars d'investissement nécessaires dans le renouvelable chaque année pour atteindre les objectif de la COP 21 de Paris.

Le gouvernement s'est toutefois empressé de dire que cette prime à la consommation d'énergie fossile se présentait en même temps que les primes à la conversion, stoïque sur l'incohérence climatique de sa mesure par ailleurs cohérente électoralement. Il est frappant de constater qu'aucun des adversaires politiques d'Emmanuel Macron n'a mis en cause cette mesure du point de vue du climat. Quant à ses alliés écologiques, ils estiment au contraire que la subvention de la consommation d'énergie fossile des plus modestes devraient augmenter avec un chèque de 400 euros tout en continuant d'affirmer la nécessité de diminuer la consommation d'énergie et sans y voir de contradiction.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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