L'IRCAD accélère son développement international dans la robotique médicale

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L’IRCAD accueille 6.000 chirurgiens en formation chaque année à Strasbourg.
L’IRCAD accueille 6.000 chirurgiens en formation chaque année à Strasbourg. (Crédits : Olivier Mirguet)
L'institut strasbourgeois est en quête d'une réputation mondiale en formant les chirurgiens à des techniques mini-invasives. L'IRCAD entend renforcer en Afrique, en Asie et aux États-Unis son réseau de filiales internationales.

L'IRCAD, institut strasbourgeois de formation à la chirurgie mini-invasive, va s'implanter au Rwanda et au Liban en 2019, puis en Chine en 2020. Une quatrième ouverture internationale est envisagée à court terme aux États-Unis, où l'IRCAD est entré cet automne en négociation avec un groupe privé hospitalier de la côte Est.

Présent à Taiwan depuis 2008 et au Brésil depuis 2011 (Sao Paulo) et 2017 (Rio), l'IRCAD dessine son réseau mondial avec ses nouveaux centres de formation. "Avec les robots dans le bloc opératoire et la réalité augmentée, les techniques chirurgicales mini-invasives nécessiteront toujours plus de formation", explique Jacques Marescaux, président et fondateur de l'IRCAD.

"L'expansion internationale est nécessaire. Elle ne constituera pas un frein à nos activités de formation à Strasbourg. Au contraire : plus nous serons présents à l'étranger, plus nous serons connus", poursuit-il. Le pari est lancé.

L'implantation en cours au Liban permettra aux chirurgiens locaux d'assister, dès le printemps 2019, à des videoconférences transmises dans l'auditorium de l'hôpital français de Beyrouth. Ils viendront ensuite, s'ils le souhaitent, compléter leur formation à Strasbourg. L'autre projet, dans les environs de Shanghai, est plus ambitieux : il ouvre l'accès à un pays où la demande de formation médicale est en forte croissance.

"La Chine compte un million de chirurgiens. Mais elle a toujours été un marché compliqué. Nous n'avons jamais réussi à nous y implanter parce que le zèle de l'administration locale nous a découragés", reconnaît Jacques Marescaux.

L'IRCAD installera ses équipes en 2020 sur un nouveau campus médical et commercial de 20 hectares, à une centaine de kilomètres de Shanghai. La construction sera financée avec l'appui d'industriels coréens qui entendent déployer, en Chine, leurs activités d'ingénierie dans les projets scientifiques.

"Le Rwanda sera une fenêtre ouverte sur toute l'Afrique"

La genèse de l'IRCAD au Rwanda est plus rocambolesque. La première pierre du nouvel institut sera posée à Kigali le 5 décembre. "En 2017, j'ai reçu un appel du président Paul Kagamé. Il souhaitait importer dans son pays le meilleur de la formation, des soins de nouvelle génération et de l'imagerie 3D. Je suis resté sceptique", rapporte Jacques Marescaux.

"Plus tard, lors d'une rencontre à Kigali, je lui ai expliqué le concept de l'IRCAD à Strasbourg. Notre institut fonctionne parce qu'il est implanté dans un hôpital et entouré par un écosystème en présence de grands industriels, comme Siemens et Karl Storz, et avec des pépinières d'entreprises. Paul Kagamé nous a demandé de réaliser la même chose à Kigali."

Le projet s'étendra sur 10 hectares. Il mobilisera un budget évalué entre 9 et 13 millions d'euros. Des équipes d'ingénieurs en imagerie et en robotique seront recrutées localement, et formées cet hiver à Strasbourg. "Le Rwanda sera une fenêtre ouverte sur toute l'Afrique", prévient Jacques Marescaux, qui espère attirer à Kigali des chirurgiens de l'ensemble du continent.

Une extension de l'IRCAD en cours sur le site de l'hôpital civil à Strasbourg

Présent à Strasbourg depuis 1994, l'institut poursuivra aussi son développement local. Une extension des installations historiques, qui accueillent jusqu'à 6.000 chirurgiens par an, est en cours sur le site de l'hôpital civil de Strasbourg. Ce projet initié avec l'industriel américain Medtronic sera opérationnel en 2020, sur 4.000 mètres carrés.

Au siège de l'IRCAD, l'ingénierie de formation se double déjà d'activités de recherche en robotique médicale. L'institut abrite une antenne d'ICube, un laboratoire conjoint de l'Université et du CNRS à l'interface entre la santé, l'environnement et le développement durable. Sur le site hospitalier, 60 chercheurs mettent au point de nouvelles techniques automatisées d'injection ou des outils d'imagerie médicale.

"En France, il n'y a pas d'industriels de pointe dans la chirurgie laparoscopique, et c'est malheureux", déplore Jacques Marescaux.

L'extension en cours de l'IRCAD mobilise 20 millions d'euros d'investissements dans le bâtiment et 20 millions d'euros supplémentaires en matériel. Elle doit servir d'appui à l'éclosion de startups dans ces technologies médicales. Sur le territoire de l'Eurométropole de Strasbourg, les porteurs de projets seront accompagnées par la collectivité dans le cadre d'un dispositif TIGA (Territoire d'innovation et de grande ambition) centré sur la gestion prévisionnelle de la santé sur les pathologies digestives, le diabète ou la cardiologie.

Par Olivier Mirguet, correspondant pour La Tribune dans le Grand Est

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