A Tours, le choc des libéraux et des écologistes

TOURS (37). Face à l’écologiste Emmanuel Denis, qu’il affrontera le 28 juin, le maire centre-droit de Tours, Christophe Bouchet, fait valoir un bilan satisfaisant sur le plan économique qu'il compte amplifier. Son challenger de gauche pointe au contraire l’échec de plusieurs gros dossiers et, crise du Covid 19 oblige, veut accélérer l’économie en circuit court dans la métropole tourangelle.

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Avec 25% des voix réalisées au premier tour des élections municipales, Christophe Bouchet partait avec un léger handicap face à Emmanuel Denis (35%). La fusion de la liste de la majorité municipale avec celle de la République en marche menée par Benoist Pierre (13%) et le ralliement de celle du dissident de droite Xavier Dateu (5%) lui donnent désormais l’avantage au second tour. Le taux d’abstention (68% au premier tour) sera à Tours le principal arbitre du scrutin du 28 juin.
Avec 25% des voix réalisées au premier tour des élections municipales, Christophe Bouchet partait avec un léger handicap face à Emmanuel Denis (35%). La fusion de la liste de la majorité municipale avec celle de la République en marche menée par Benoist Pierre (13%) et le ralliement de celle du dissident de droite Xavier Dateu (5%) lui donnent désormais l’avantage au second tour. Le taux d’abstention (68% au premier tour) sera à Tours le principal arbitre du scrutin du 28 juin. (Crédits : Reuters)

Avec un taux de 7% de chômage avant la crise sanitaire, contre 8,3% au plan national, Tours fait figure de bonne élève, y compris à l'échelle de la région Centre Val de Loire qui enregistrait 8% de salariés sans emploi début 2020. Ces chiffres sont dus, selon Christophe Bouchet, à une attractivité renforcée de la capitale de la Touraine qui a enregistré un solde positif de 4.500 nouvelles entreprises en 2019. « C'est le fruit de la douceur de vivre tourangelle, mais aussi d'une stratégie concertée, explique le maire. Le bien-être des salariés passe notamment par un prix de l'immobilier maîtrisé et des impôts locaux qui n'ont pas augmenté depuis 2017 ».

Bien reliée au reste de l'Hexagone grâce au TGV, à l'étoile autoroutière ainsi qu'à son aéroport, Tours attire les entreprises franciliennes, comme Worldline, ancienne filiale d'Atos, mais pas seulement. Ainsi la Mutuelle générale des affaires sociales (MGAS) a quitté Nice pour s'installer en Touraine fin 2019. Autre levier de la création d'emplois, la connexion entre les mondes professionnel et éducatif qui permet d'adapter le large éventail de formations proposées dans la métropole. « Nous avons la chance de bénéficier d'une université performante notamment dans le secteur médical avec la faculté de médecine, poursuit Christophe Bouchet. Grâce à leur interactivité avec le pôle de compétitivité numérique installé sur le site de l'ancienne imprimerie Mame, enseignement public et privé forment aussi aux nouveaux métiers de la Tech et du Web. Enfin, Tours possède une vraie filière pour les apprentis grâce à son Centre de Formation à l'Apprentissage (CFA) ». De fait, l'espace Mame, l'un des totems digitaux de la région Centre Val de Loire qui a nécessité 20 millions d'euros d'investissement, se positionne comme un pivot essentiel de la transition numérique de l'économie, en amont pour la formation, mais aussi côté aval concernant l'accompagnement des entreprises.

Des flops en série ?

« La ville de Tours et la métropole ont jusqu'à présent mené une politique économique à coup de subventions, essentiellement en faveur des grandes entreprises, constate de son côté Emmanuel Denis, qui a rassemblé les Verts et la gauche dès le premier tour des élections municipales le 15 mars. Je suis bien placé pour la savoir en tant qu'ingénieur chez ST Microelectronics, premier employeur privé de la métropole. Aucune stratégie vis-à-vis des TPE-PME ne figure en revanche dans le programme du maire actuel ».

Sans contester les chiffres, relativement satisfaisants, du chômage dans la métropole tourangelle, le challenger de Christophe Bouchet regrette d'autre part les nombreux flops économiques qui, selon lui, ont émaillé la mandature. « Tours cité de la gastronomie est au point mort après l'annulation des Franco-Gourmandes en 2016, alors que Christophe Bouchet était à l'époque adjoint au maire en charge du tourisme, regrette Emmanuel Denis. Les retards du chantier des deux hôtels Hilton en haut de la rue nationale, tout comme l'arrêt du projet de refonte des Halles, sont par ailleurs l'illustration d'un manque de concertation avec les commerçants ». La dernière flèche du candidat de gauche adressée à l'équipe aux affaires pointe enfin son absence de politique en matière de transition écologique de l'économie. Parmi les projets à long terme du candidat de gauche figure notamment la mise sur pieds d'une régie municipale agricole au niveau de la métropole. Objectif, favoriser l'installation de nouveaux agriculteurs aux portes de la ville et encourager l'alimentation en circuits courts.

Stratégie post-covid 19

Dans un contexte post crise sanitaire, qui reste incertain pour les entreprises de toutes tailles à Tours, l'approche des deux candidats est également différente. Le maire centriste a obtenu de la métropole, présidée par son allié LR Philippe Briand, la relance des chantiers à hauteur de 35 millions d'euros. Toujours pour agir concrètement sur la reprise, il a lancé un plan en faveur du commerce de proximité baptisé Etincelle. A la clé, une commande publique d'1,5 million d'euros sous forme de bons d'achats. Un dispositif jugé opportuniste par Emmanuel Denis qui déplore « un saupoudrage électoraliste. Au contraire, nous mettrons sur pieds une véritable cellule de crise pour les six mois à venir, en partenariat avec les chambres consulaires et la région. De façon aussi ambitieuse, nous proposons un événement, Les estivales commerciales, qui irriguera la ville cet été grâce à la piétonisation de certaines artères tourangelles ».

Projets divergents

Sur le moyen et long terme, le maire de Tours n'a pas l'intention de bousculer sa politique pro-business qui semble plutôt suivie d'effets. Si chacun des deux candidats propose un guichet unique pour les formalités administratives sous forme de Maison des entreprises à droite et au centre, et d'Hôtel des entreprises à gauche, Christophe Bouchet compte optimiser l'espace de 200 hectares autour de l'aéroport, restitué par l'Armée de l'air après la fermeture de la base aérienne courant 2020. Le maire veut faire de ce nouveau pôle d'activité le bras armé de sa stratégie de relocalisation des entreprises. Emmanuel Denis envisage au contraire d'y héberger un parc de panneaux photovoltaïques. Objectif, assurer l'auto-suffisance électrique la ville, hormis sur le chauffage. Le candidat, qui lui aussi appelle à une relocalisation des sociétés stratégiques pour le territoire, envisage par ailleurs la création d'une nouvelle pépinière centrée sur l'économie circulaire.

Reste, une fois le projet économique annoncé, à le mettre en œuvre avec à la fois les outils et les compétences idoines. Sur ce plan, l'équipe d'Emmanuel Denis paraît sous-staffée côté spécialistes. Peu de chef d'entreprise y figurent et aucun adjoint à l'économie ne devrait figurer au conseil municipal si sa liste l'emporte le 28 juin.

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