Sucrerie de Toury : l’arrêt qui fait polémique

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Symbole de la désertification industrielle française, la sucrerie de Toury, fondée en 1875, employait plus de 1000 employés jusqu'à la fin des années 80. Elle n'en comptait plus que 128 début 2020.
Symbole de la désertification industrielle française, la sucrerie de Toury, fondée en 1875, employait plus de 1000 employés jusqu'à la fin des années 80. Elle n'en comptait plus que 128 début 2020. (Crédits : Reuters)
TOURY (28). Dans le contexte de crise sanitaire actuel, la fermeture programmée en septembre de la sucrerie de Toury par le groupe Cristal Union fait scandale en Eure-et-Loir. Outre du sucre betteravier, le site produit de l’alcool surfin, servant notamment à fabriquer le gel hydroalcoolique.

Pour quelques semaines encore, soixante des quatre-vingt derniers collaborateurs de la sucrerie de Toury continueront à produire quotidiennement environ 1.000 hectolitres d'alcool surfin, destinés aux entreprises de parfumerie situées dans la Cosmetic Valley de Chartres. Le cluster est situé à une cinquantaine de kilomètres. Avec la reconversion depuis fin mars des sites de production de clients prestigieux comme Dior et L'Oréal dans la fabrication de gel hydroalcoolique, cette matière première permet de soutenir une consommation en forte progression. La réouverture des commerces, et la nécessité de respecter les consignes sanitaires, devraient encore l'amplifier. Si la majeure partie de la campagne annuelle de production de betteraves (700.000 tonnes en 2020) sert à la fabrication d'environ 100.000 tonnes de sucre, 30% est utilisé parallèlement pour la fabrication d'alcool. Ce nouveau statut d'entreprise stratégique pour la santé, gagné depuis le confinement, n'empêchera pas a priori le groupe sucrier européen Cristal Union de stopper comme prévu fin juin les chaînes du site de Toury. Sollicités par la Tribune, les dirigeants du groupe, qui fermera entièrement la sucrerie en septembre, n'ont pu être joints.

Baisse drastique des cours du sucre

Annoncé en juin 2019, l'arrêt de l'usine d'Eure-et-Loir, l'une des trois détenues par Cristal Union en région Centre Val de Loire avec celles de Pithiviers-le-Vieil et de Corbeil-en-Gâtinais dans le Loiret, a notamment pour origine la libéralisation du marché européen du sucre. La fin des quotas sucriers en septembre 2017 a provoqué la chute des prix. Conséquence, Cristal Union, qui opère dix unités dans l'Hexagone, aurait perdu en 2018 près de 100 millions d'euros pour 1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires. La restructuration engagée à l'époque prévoyait notamment la fermeture en 2020 des sites de Toury mais aussi de Bourdon, près de Clermont-Ferrand. « La baisse des cours est loin d'être la seule explication des pertes. La limitation des investissements depuis 2012 à Toury a provoqué des problèmes techniques dans l'usine, regrette Frédéric Rebyffé, délégué syndical CGT de l'usine d'Eure-et-Loir. A cela s'ajoute un surcoût par tonne de betterave payé par Cristal Union. Sans ces handicaps, nous serions à l'équilibre, nous a assuré notre expert-comptable, le cabinet parisien Progexa ».

Levée de boucliers des...

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Commentaires
a écrit le 12/05/2020 à 14:51 :
Le problème est qu'on peut utiliser l'isopropanol (directive OMS) au lieu de l'éthanol et l'isopropanol (pureté 99.9%) est fabriqué en quantités industrielles dans l'industrie pétrochimique à des coûts imbattables. Dans ce cadre, une multinationale a donné
2.5 millions de litres d'isopropanol aux Pays Bas pour fabriquer du gel (on trouvera la référence d'un article via un moteur de recherche).
Cordialement

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