Le BTP corse dans la tourmente

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Aujourd'hui, la plupart des chantiers insulaires sont au point mort, « 99% d'entre eux, pour ne pas dire 100 », assure à la Tribune François Perrino, le président de la Fédération du bâtiment de Corse-du-Sud.
Aujourd'hui, la plupart des chantiers insulaires sont au point mort, « 99% d'entre eux, pour ne pas dire 100 », assure à la Tribune François Perrino, le président de la Fédération du bâtiment de Corse-du-Sud. (Crédits : Reuters)
Gérer la crise sanitaire et limiter les effets d'un effondrement économique sont deux préoccupations inextricablement liées en Corse, région proportionnellement la plus touchée par la pandémie (250 cas, 21 décès vendredi 27 mars), dont le tissu économique est structuré par deux secteurs, le tourisme (30%) et le BTP (10%).

Aujourd'hui, la plupart des chantiers insulaires sont au point mort, « 99% d'entre eux, pour ne pas dire 100 », assure à la Tribune François Perrino, le président de la Fédération du bâtiment de Corse-du-Sud. La profession, qui dit se voir refuser l'accès au chômage partiel, a entamé depuis les déclarations de la ministre du Travail un bras de fer avec la Direccte autour de la reprise de l'activité. Pour l'heure, sur les 5.000 appels ou messages reçus par la direction régionale depuis le début de la crise, 1.000 concernent l'activité partielle dont 20% émanent du secteur de la construction. « En application des directives nationales, il faut permettre qu'il n'y ait pas un arrêt total de l'activité pour qu'elle puisse continuer, tant que faire se peut », assurent les services de la Direccte.

"Définir une méthodologie de reprise"

« Nous plaidons pour les reprises des activités quelles qu'elles soient en étudiant les conditions sanitaires et d'approvisionnement avec la médecine du travail et les professionnels », précise à La Tribune la directrice régionale du Travail, Isabel de Moura, « on se réunit pour définir la méthodologie de reprise, on met en place des process au cas par cas ». Si les chantiers plus modestes sont ciblés, la directrice livre dans les pistes de travail la « création d'un drive du matériel de construction » et table pour un premier redémarrage courant avril. « Nous donnons l'accès au chômage partiel, mais ce que l'on dit c'est qu'il faut s'adapter et que ce dispositif ne peut pas être accessible à ceux qui ne font pas d'effort, la solidarité nationale va quand même mettre 45 milliards d'euros sur la table, ce n'est pas rien », rappelle-t-elle.

« Nous ne pouvons pas envisager une reprise parce que nous devons penser d'une part à la santé de nos salariés et de nos collaborateurs, mais d'autre part car les fournisseurs de matériaux sont fermés », répond François Perrino. Sur l'aspect pratique, « acheminer chaque matin une dizaine d'ouvriers dans un minibus en respectant les distances sanitaires » semble actuellement « compliqué ». Selon lui, les 6.600 entreprises du secteur pourraient « assurer les salaires de mars » et « travaillent à l'idée de mettre leurs salariés en congés en avril ».

Un appel lancé à l'épargnant corse

Certaines communes ont pris des arrêtés pour interrompre l'activité sur leur territoire, telles Ajaccio, qui concentre la plupart des grands chantiers, dont celui du futur hôpital accusant déjà un retard de trois ans. « En raison du principe de précaution, j'ai fait suspendre tous les chantiers où la collectivité de Corse (CdC) est maître d'ouvrage », indique à La Tribune Gilles Simeoni, le président nationaliste de l'exécutif insulaire assurant « appliquer au BTP les principes définis par la CdC qui a participé à hauteur de 2 millions d'euros au fonds de solidarité nationale ». Ne voulant départir l'économique du volet social, l'élu envisage également de lancer un appel à l'épargnant corse, le tout compris dans un plan d'action territorial en préparation.Si les projections sont encore vagues, il envisage une perte sèche de recettes fiscales « de l'ordre de 45 à 50 millions d'euros »

L'agence du développement économique de la Corse (Adec), branche de la CdC, a d'ores et déjà annoncé le déblocage d'une aide globale de 12 millions d'euros votée lors de son dernier conseil d'administration, cette semaine. « Il faut donner de la trésorerie à nos TPE et répondre rapidement à la crise », appuie Jean-Christophe Angelini, le président de l'Adec qui entend soutenir le crédit. « Il nous faut lever 100 millions d'euros ce mois-ci et œuvrer dans trois directions : injecter des liquidités dans l'économie, obtenir l'exonération de charges, créer un fonds dédié avec les banques », promet-il, craignant que le choc de croissance de 1 à 3 points négatifs au plan national, ne soit « plus violent en Corse ».

96% des entreprises sont des TPE

Une réunion entre les services de l'Etat et les professionnels du bâtiment est programmée la semaine prochaine pour sortir de l'impasse. « On est actuellement en mode dégradé et il faut impérativement que l'Etat déclare un état de catastrophe sanitaire permettant aux entreprises, en complément de l'état de catastrophe naturelle, de faire jouer leur assurance perte d'exploitation », plaide Jean-André Miniconi, président de la CPME de Corse où 96% des entreprises sont des TPE sur lesquelles plane la menace de faillites en cascade. « L'exonération de charges et l'octroi de subventions directes pour restaurer la trésorerie et éviter qu'il y ait des licenciements parmi les 100.000 salariés du secteur privé sont indispensables, de même que le recours aux micro-crédits pour les TPE », analyse-t-il à chaud, craignant un « choc récessif » pour le BTP corse. Et par effet domino tous les autres secteurs, ce qui marquerait durablement au fer rouge l'économie locale.

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Commentaires
a écrit le 28/03/2020 à 9:48 :
On peut aussi voir le côté positif de la chose
- moins de bétonnage du littoral Corse
- un recul de la mafia dans cette activité

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