Onze PME lilloises inventent la chambre d'hôpital du futur

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Salle de réveil Concept Room Opus2 / DR
Salle de réveil Concept Room Opus2 / DR
Face à la réforme des achats hospitaliers, onze PME travaillant en cluster ont décidé de se regrouper dans une ETI, baptisée Clinifit, pour mieux innover et commercialiser. De cette collaboration est née une offre globale séduisant hôpitaux et cliniques : une chambre qui facilite le travail du personnel soignant tout en rendant le patient plus autonome.

Une ETI de la santé hors du commun est en train de voir le jour à Lille. Elle s'appelle Clinifit et doit son existence à une mise en réseau des savoir-faire de onze PME de l'agglomération lilloise. Ensemble, ces entreprises de la santé, aujourd'hui toutes actionnaires de Clinifit, ont conçu une chambre d'hôpital du futur qui a déjà séduit plusieurs cliniques et hôpitaux en France et en Belgique.

Si cette nouvelle société démarre avec trois salariés, elle réunit en réalité les compétences de 640 personnes et bénéficie de la présence de ses actionnaires dans 42 pays. « C'est une entreprise en réseau construite sur des relations horizontales propres aux nouvelles organisations émergentes de notre économie postindustrielle et sur lesquelles reposent les réussites de demain », précise Nicolas Vaillant, directeur de Clinifit. Créée en tant que société à capital variable, elle accompagne les entreprises actionnaires dans l'industrialisation et l'homologation de leurs produits. Elle a également en charge la commercialisation de leur chambre d'hôpital futuriste.

Clinifit est le fruit d'un travail de maturation qui a démarré en 2009. Les PME membres du Clubster Santé ont alors pris conscience des risques qu'entraînait pour les petits fournisseurs l'augmentation des achats hospitaliers en masse. Ce réseau d'une centaine d'entreprises du Nord"-"Pas-de-Calais compte une majorité de petites structures qui, individuellement, n'ont pas la taille critique pour faire face à la concurrence des plus grosses entreprises, en particulier des sociétés allemandes, que privilégient ces achats en masse. Une trentaine d'entre elles décident alors de réagir. Elles se renseignent auprès des groupements d'achats hospitaliers, s'inspirent d'expériences de sous-traitants automobiles et interrogent les hôpitaux sur leurs besoins. Il en ressort qu'il leur faut innover et se développer à l'export. Mais seules, elles n'y arriveront pas assez vite.

Un modèle expérimental façon « concept car »

En octobre 2011, elles décident de construire ensemble une innovation de rupture en partenariat avec le centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille. Les réunions de coconception s'enchaînent et l'idée s'impose de concevoir une chambre qui facilite le travail du personnel soignant tout en rendant le patient le plus autonome possible. « Les plans d'aménagement des hôpitaux n'ont guère évolué depuis ceux des Hospices de Beaune, alors qu'aujourd'hui les malades souffrent moins, sont valides plus rapidement et aspirent à davantage d'autonomie. Nous avons imaginé notre chambre du futur en partant de ce constat et nous avons conçu un Concept Room, en référence au concept car de l'automobile, pour nous donner de la visibilité », explique Marc Broucqsault, président d'Altao, société de conseil spécialisée dans le monde hospitalier et actionnaire de Clinifit.

Ce Concept Room a rencontré un vif succès lors de son exposition au Salon Hôpital Expo 2012. Il offre un aménagement revalidant qui permet de raccourcir les séjours et donc de réduire les coûts. Galvanisé par ce premier succès et pour permettre à d'autres entreprises d'entrer dans cette démarche d'innovation en réseau, le Clubster Santé sort actuellement un Concept Room Opus 2 adapté aux besoins de la chirurgie ambulatoire. Cette unité a été exposée du 28 au 30 mai 2013 à la porte de Versailles aux Salons de la Santé et de l'Autonomie.

Certains équipements sont déjà disponibles

Pour l'instant toutefois, Clinifit se consacre au premier Concept Room. Certains de ses équipements sont d'ores et déjà fabriqués en présérie. Le lit accompagnant ainsi que le baldaquin et l'agencement immobilier sont déjà disponibles. Le fauteuil-lit devrait être homologué cet été et l'espace toilette un peu plus tard. Ce travail collaboratif a porté ses fruits au sein même de certaines entreprises participantes. Biolume et HMS-Vilgo viennent d'embaucher un informaticien et un chargé de communication qui travaillent en temps partagé.

« La notoriété que nous a donnée notre participation au Concept Room Opus 1 a dopé nos ventes. Notre chiffre d'affaires a crû de 8,5 % en 2012 », indique Jean-Luc Claye, PDG de Biolume. Sa société conçoit des bandeaux, des têtes de lit, des colonnes et des éclairages pour les établissements de soins.

Cette initiative a également eu pour effet d'attirer au Clubster Santé de nouvelles compétences comme celles de la société I-Comète, spécialisée dans l'assistance au dimensionnement mécanique sécurisé et intégrée au projet Concept Room sur les recommandations d'A i r mat Technologie, en charge des solutions d'enroulement.

« Et nous avons réussi à attirer des gros comme Osram et Schneider », se félicite Jean-Luc Claye. Il ne faudrait pas qu'ils alourdissent la réactivité des petites structures.

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Du Concept Room au concept ambulatoire

Le Concept Room comporte un lit motorisé qui se transforme en fauteuil roulant. Dans la salle de bains, accessible sans avoir à ouvrir de porte, les toilettes sont encastrables. Les visiteurs disposent d'un fauteuil qui fait office de lit d'appoint. L'espace repas est convivial. Des interfaces de communication multimédia sont proposées au service soignant et au patient avec des éclairages adaptés. Axé sur une organisation ambulatoire, le Concept Room Opus 2 est basé sur le principe de la « marche en avant », qui part de l'accueil du patient jusqu'à sa sortie en passant par l'intervention et la surveillance. Le fauteuil-lit se transforme en brancard puis en table d'intervention. Il est doté d'accessoires médicaux et d'une tablette tactile sur bras articulé, avec des puces qui retransmettent en temps réel sur des écrans des mesures effectuées à distance.

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Commentaires
a écrit le 18/07/2013 à 17:27 :
ça ne donne pas envie d'être malade !

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