La nantaise Largo ressuscite les iPhones

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De bout en bout, le reconditionnement d'un smartphone dure deux à trois heures. Industrialisé, le process s'étend sur trois à quatre jours. Largo vise une production de 30.000 unités par mois à l'horizon 2021. Dès l'an prochain, l'entreprise devrait entamer une seconde levée de fonds pour accompagner sa croissance.
De bout en bout, le reconditionnement d'un smartphone dure deux à trois heures. Industrialisé, le process s'étend sur trois à quatre jours. Largo vise une production de 30.000 unités par mois à l'horizon 2021. Dès l'an prochain, l'entreprise devrait entamer une seconde levée de fonds pour accompagner sa croissance. (Crédits : Frédéric Thual)
Issus de l'univers des télécoms et franchisés Point Service Mobiles, Frédéric Gandon et Christophe Brunot ont créé Largo : un outil industriel capable de reconditionner jusqu'à 10.000 iPhones et tablettes par mois. Présente en grande distribution et sur le web, l'entreprise nantaise lancera son propre de site de vente en ligne dès l'an prochain.

« Nous sommes capables de faire vivre un mobile cinq à six ans, au lieu des 18 à 24 mois habituels, selon l'obsolescence programmée par les constructeurs », explique Christophe Brunot, directeur commercial et marketing et cofondateur de Largo, discrètement créée en 2016, à Sainte-Luce-sur-Loire, dans un modeste atelier de la banlieue nantaise. Venu sur un marché détenu par les leaders comme Remade (130 millions d'euros de chiffre d'affaires) et Recommerce (50 millions  d'euros), Largo a mis les bouchées double pour aller plus loin que la simple réparation.

«Nous avons opté pour une vision à 360° du marché. A savoir, intégrer toute la chaîne de valeur : le rachat, le reconditionnement, la réparation et la revente », explique Christophe Brunot, qui a fait ses gammes chez Phone House et Virgin Mobile avant de s'associer à Frédéric Gandon pour monter quatre boutiques Point service Mobiles à Nantes, Rennes et Saint-Brieuc et ensuite explorer plus profondément le marché des reconditionnés.

En 2017, le duo réussit une levée de fonds de 2 millions d'euros dont 1 million auprès d'un pool bancaire (Société Générale, BNP Paribas et Banque Populaire Grand Ouest), 600.000 euros auprès d'Atlantique Business Angels Booster (ABAB) et 400.000 euros par des apports personnels en « love money ». Ces interventions lui ont permis de faire construire un outil industriel de 1.200 m², capable de sortir 30.000 unités par mois, à Sainte-Luce-sur-Loire, en périphérie nantaise. Pour l'heure, la production atteint 6.000 unités par mois. « L'ambition est d'abord d'atteindre 10.000 unités par mois », précise Frédéric Gandon, CEO de Largo.

123 tests et 31 points de contrôle

L'entreprise a identifié et référencé une trentaine de brokers en Europe et aux Etats-Unis capables de lui fournir 5.000 à 6.000 mobiles par mois. Des lots achetés aux enchères. Ils sont alors contrôlés (123 tests et 31 points de contrôle), vérifiés sous trente jours avant d'être définitivement acceptés, et reconditionnés. Des appareils provenant d'entreprises, d'opérateurs le plus souvent. A l'exception de quelques modèles Samsung et Huawei, l'offre porte essentiellement sur des mobiles (et tablettes) Apple, de l'iPhone 5S à l'iPhone X, avec un gros cœur de cible autour du 6S, lequel, entre 2014 et 2016, aurait représenté 70% des ventes. « Pour plusieurs raisons, explique Christophe Brunot, d'abord, contrairement aux autres constructeurs, Apple affiche une certaine stabilité des prix. Les produits bénéficient d'une conception worldwide, c'est-à-dire que la technologie est la même que l'on soit en Asie, en Europe ou aux Etats-Unis, et la gamme est restreinte comparée à Samsung qui aligne une quarantaine de modèles, à des prix variables, et non compatibles d'un continent à l'autre.»

Reconditionnés en l'espace de deux à trois jours, les appareils sont commercialisés entre 20% et 40% en dessous du prix du neuf, selon deux grades de qualité : A+ pour « comme neuf » et A «avec de légères traces d'utilisation ». « Des critères maison puisque qu'aucune législation n'encadre pour l'instant ces notions », regrettent les fondateurs de Largo qui viennent d'adhérer au SIRRMIET (Syndicat interprofessionnel du reconditionnement et de la régénération des matériels informatiques, électroniques et télécoms) pour tenter de faire avancer ce dossier auprès du législateur.

Distribution à 360° et économie circulaire

Commercialement, les produits sont dotés d'accessoires compatibles (casques, chargeurs...) et garantis un an. Ils sont soit proposés sous la marque « Keep Calm & Just RILAX » créée par Largo pour une distribution en grandes et moyennes surfaces généralistes (Leclerc, Cora, Migros) et spécialisés, soit sous la marque blanche "Projet-X" pour le web (Amazon, Darty, Fnac, Cdiscount, Agora Place...) et chez les revendeurs de produits d'occasion (Happy Cash...).

Pour le BtoB, les mobiles reconditionnés sont vendus par SFR Business ou Orange Distribution. Au premier semestre 2019, Largo ouvrira son propre site de vente en ligne (Rilaxmobile.fr). Et dès fin novembre, l'entreprise lancera sa propre plateforme de services SAV pour les professionnels dans un premier temps, notamment pour gérer les flottes de mobiles. La promesse est d'immobiliser un portable 3 jours au lieu de 10.

« On veut sortir de l'aspect anxiogène du reconditionnement », affirme Christophe Brunot. « Il s'agit aussi de lutter contre l'obsolescence programmée et de s'inscrire dans une démarche d'économie circulaire. La mise sur le marché de produits reconditionnées limite l'impact sur les terres et métaux rares utilisés pour la fabrication de smartphones », justifient les fondateurs de Largo.

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[Christophe Brunot et Frédéric Gandon, co-fondateurs de Largo, se sont résolus à devenir visibles, après deux années passées à structurer leur outil industriel. Crédit photo : Frédéric Thual]

20 recrutements à venir

A fin 2018, la jeune entreprise nantaise devrait réaliser un chiffre d'affaires de 7,8 millions d'euros, contre 6,5 millions d'euros en 2017. « Nous devrions atteindre 12,5 millions en 2019 », esquisse le directeur commercial de Largo. La croissance des effectifs suit la même courbe. De 8 salariés la première année, l'entreprise compte aujourd'hui 34 salariés. Avec un rythme de 2 à 3 embauches par mois, elle devrait atteindre un effectif de 55 personnes.

« Comme il n'existe pas de cursus type pour ce type de métiers, nous allons démarrer une opération de recrutement par habiletés avec Pôle Emploi et Adecco», précise-t-il.

Agréée organisme de formation, l'entreprise formera elle-même ses futurs salariés pendant deux à trois mois, à partir de janvier prochain, de manière à pouvoir accompagner sa montée en puissance sur un marché des appareils reconditionnés estimé à 2,5 millions d'unités, soit 10% des mobiles vendus en France. Et Largo n'entend pas en rester là. « D'autres produits, comme les consoles de jeu vidéo, les roadbooks... sont aussi concernés par l'obsolescence programmée. Et la grande distribution s'intéresse de plus en plus au marché de seconde main », observent les patrons de Largo.

Par Frédéric Thual,
correspondant de La Tribune pour la région Pays de la Loire

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Commentaires
a écrit le 13/11/2018 à 17:30 :
« Nous sommes capables de faire vivre un mobile cinq à six ans, au lieu des 18 à 24 mois habituels, selon l'obsolescence programmée par les constructeurs »,
La durée de possession moyenne d'un iPhone pour le premier propriétaire est de 3 ans et ensuite il le revend. On est donc loin des 18 mois.
Par ailleurs le reconditionnement ne change pas l'obsolescence car celle-ci est liée aux capacités du terminal (processeurs notamment).
Bref comment surfer sur la vague en affirmant n'importe quoi et en transformant un simple changement de batterie en acte militant.

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