Pays de la Loire : comment les PME prennent la vague de l’éolien offshore

Au lendemain de la mise en service du premier parc éolien français au large du Croisic, le cluster Neopolia et les PME des Pays de la Loire venues sur le secteur de l’éolien offshore entendent bien capter les marchés des parcs français. Se profile déjà celui de l’Ile d'Yeu-Noirmoutier où la société EMYN prévoit de déployer 62 éoliennes.
L'éolien Offshore emploie 1.800 personnes en Pays de la Loire, parmi lesquels Services Voltige, qui opère tout type de métiers au bout d'une corde.
L'éolien Offshore emploie 1.800 personnes en Pays de la Loire, parmi lesquels Services Voltige, qui opère tout type de métiers au bout d'une corde. (Crédits : Services Voltige)

Ce qui n'était pour certaines PME qu'une diversification est en train de devenir une véritable activité. « On a appris en marchant », reconnait Matthieu Blandin, vice-président du cluster d'entreprises Neopolia, en charge du pôle Eolien Offshore et EMR à Saint-Nazaire où une centaine d'entreprises travaille dans les énergies marines. Au lendemain de la mise en service du parc du banc de Guérande, nombre d'entre elles entendent bien rééditer la performance et faire valoir leurs compétences pour les chantiers à venir, notamment pour les champs de l'Ile d'Yeu - Noirmoutier et Dieppe - Le Tréport, dont les Appels à Manifestations d'Intérêt (AMI) et les appels d'offres seront lancés au cours des trois à six prochains mois.

Construire une filière

« Notre dada, c'est de de faire en sorte que lorsqu'un parc éolien se réalise, il profite aux écosystèmes régionaux. Contrairement à la construction navale et l'aéronautique, l'éolien offshore est une filière très jeune dans la région.  Alors, on est là pour leur apporter de la visibilité et les acculturer au marché», indique le vice-président de Neopolia, au lendemain de l'attribution des marchés aux fournisseurs de rang un pour les parcs de Yeu-Noimoutier et Dieppe - Le Tréport exploités par les sociétés EMYN et EMDT.

Des marchés de deux milliards d'euros où, à l'image du banc de Guérande,  le ruissellement reste encore méconnu. «Une étude est en cours de finalisation par EDF Renouvelable. Selon l'Observatoire des Energies de la Mer, en 2021, l'activité comptait 1.800 emplois dans les Pays de la Loire dont 750 chez GE (General Electric) et 300 au chantier de l'Atlantique. Le reste, ce sont les effectifs des PME et des ETI », indique Matthieu Blandin.

Un million d'heures de travail pour les chantiers de l'Atlantique

Quoi qu'il en soit les entreprises sont montées en compétences et entendent le faire valoir. A l'instar des 136 rendez-vous pris les 6 et 7 octobre dernier à la Roche-sur-Yon pour aller à la rencontre ou consolider des relations avec les donneurs d'ordre de rang un. Dont Siemens-Gamesa qui produira les éoliennes au Havre,  d'Eiffage Metal pour les pièces de transition ou encore Deme pour le transport et l'installation des fondations, du port de la Rochelle.

Un chantier d'un million d'heures pour les trois cent employés de la branche Energies Marines des Chantiers de l'Atlantique et ses coréalisateurs, à savoir 250 entreprises françaises dont 50% sont présentes en Pays de la Loire. A cela s'ajoutent l'installation en mer, la préfabrication des éléments par les sous-traitants et un certain nombre de phases préparatoires et d'exploitation pour lesquelles Néopolia a tiré les leçons du passé.

Une prise de consciences des sous-traitants

 « On s'est aperçu que l'installation d'éoliennes imposait de faire venir des navires « Jack up» de Belgique et de Hollande, équipés pour l'éolien en mer et les travaux maritimes sur l'oil & gas. Et on pensait que c'était tout... Or, chaque navire arrive avec toute une flottille de services, de navires grues, de transfert de personnel... et même d'hélicoptères pour lesquels nous n'avions pas été consultés ou trop tardivement», explique Matthieu Blandin. « On a vu de nombreux navires venir de très loin », confirme Audrie Jordan, chargée de développement de la société Alka Marine Solutions, implantée à Saint-Nazaire en 2020 pour accompagner l'émergence de l'éolien offshore.

Créée par l'armateur de navires de travail en Afrique de l'Ouest Alma Shipping et le bureau d'études Kappa Offshore Solutions, spécialisé dans l'acquisition de données sismiques, Alka Marine a investi 6 millions d'euros en deux ans pour de doter d'une flottille polyvalente de quatre navires et de compétences en ingénierie. Le premier est un remorqueur multifonction qui été utilisée pour déployer des bouées lors du battage et du forage de pieux réalisés par la société Deme Offshore sur le parc du banc de Guérande.

A ce premier investissement a très vite succédé l'acquisition d'un CTV (Crew Transfer Vessel) pour le transfert de personnel et une vedette bathymétrique pour déployer des drones sous-marins. Une quatrième unité, un multicat, vient d'être acheté à l'armateur norvégien Damen pour disposer d'un navire, doté de deux grues, d'un espace de 150 m² permettant notamment la pose de câbles sous-marins. « Nous investissons en moyenne trois millions d'euros par an pour acquérir un ou deux navires supplémentaires et répondre à des besoins identifiés », indique Audrie Jordan, dont la flottille emploie exclusivement des équipages et des officiers français.

« On est armateur français, membre d'Armateur de France, et c'est l'antériorité et le savoir-faire de l'écosystème qui nous a amené à nous implanter à Saint-Nazaire », précise la responsable d'Alka Marine où l'effectif est grimpée à 26 personnes en deux ans pour répondre aux sollicitations de GE Grid pour le parc du banc de Guérande, de RTE pour le champ de Courcelles dans le Calvados et du futur Yeu-Noirmoutier.

L'offshore, un autre monde

L'autre gisement identifié par la Neopolia, ce sont les pièces de transitions. Hautes d'une quinzaine de mètres, destinées à faire la liaison entre les fondations et les mâts d'éoliennes, elles ont été jusque-là fabriquées en Belgique et livrées sur le hub de la Rochelle avec des grues, des radars, des armoires électriques, des échelles... « On aimerait que ces pièces de transitions soient livrées nues et équipées de savoir-faire français », observe Matthieu Blandin.

Une condition pour pérenniser le hub logistique de Saint-Nazaire, où les entreprises ligériennes entendent se positionner sur les travaux et le transfert en mer en allant chercher des activités plus pérennes en phase d'exploitation comme l'inspection en mer, la réception d'éoliennes, les métiers de la maintenance, la surveillance de la corrosion, les travaux d'accès difficiles, la logistique...

Aller en mer, c'est l'une des ambitions que s'est fixé en 2014 Aymeric Foucher, fondateur de Services Voltiges, spécialisée dans tous les corps de métiers... suspendus à une corde ! « On va là où la pose d'échafaudage ou l'utilisation de nacelles est impossible », raconte celui qui a fait ses premiers pas dans l'éolien en 2012 lors du montage du prototype de l'éolienne Haliade au Carnet (44), au bord de l'estuaire de la Loire . « Mais en mer, c'est une autre histoire. Les exigences sont draconiennes ». Rien à voir avec l'urbain et l'industrie.

Outre l'obtention du sésame HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) et nombreuses certifications et garanties de conformité, l'entreprise a dû investir 165.000 euros en formation et 45.000 euros dans les équipements de protections individuels. « Dans l'offshore, tout est neuf. Les tenues, les mousquetons, les harnais...  En matière de sécurité, c'est un autre monde.  Il y a une recherche de perfection du technicien propre à l'offshore et un culte du risque zéro. Pas question de transgresser la moindre règle. Un outil qui tombe et c'est tout de suite un signalement, une réunion du comité HSE et un plan d'amélioration à mettre en action», souligne Aymeric Foucher, confronté lui aussi à des problèmes de recrutement pour faire face à la montée en puissance des parcs éoliens.

« Si le profil type vise plutôt des électromécaniciens, on a aussi embauché un scaphandrier, des peintres, des serruriers, un photographe... des gens qui avaient un savoir-faire », dit-il. Au plus fort de l'activité sur le parc du banc de Guérande l'effectif est monté à 110 personnes pour répondre aux spécifications de l'offshore où les gens passent 14 jours en mer et autant à terre.

Devenue crédible depuis ses interventions sur le parc de Guérande, de Floatgen (Ideol) sur le site Sem-Rev, et à Fécamp, Services Voltige attend désormais des réponses sur les projets de trois éoliennes flottantes du golfe du Lion (LEFGL) en méditerranée, Saint-Brieuc (Siemens Gamesa), Yeu-Noirmoutier...  où, malgré tout, la guerre des prix est pesante et la concurrence, des Portugais et des Nordiques sévère sur des marchés qui tiennent à un fil.

Du business collaboratif

A défaut de pourvoir apporter des réponses individuelles, Neopolia tend à développer du business collaboratif. « On a appris en voyant ce qui nous était demandé. C'est pourquoi nous sommes très impliqués pour recevoir des consultations ou des appels à manifestations d'intérêt afin d'évaluer la nature et l'ampleur des projets Le cas échéant,  on apporte des réponses à plusieurs », mentionne Matthieu Blandin. Un certain nombre de partenariats se sont noué pour ravir des marchés importants.

A l'instar, par exemple,  de la collaboration entre les logisticiens Scales et Sogebras, d'opérations de maintenance assurées par Valemo, SPIE et Open-R, ou la construction de vedettes de transfert de techniciens de maintenance CTV (Crew Transfer Vessel), conçues par le cabinet d'architecture naval Mauric  et le chantier sablais Ocea pour le compte de Louis Dreyfus Armateurs et Tidal Transit (EDF Renouvelables).

Du local à l'export

En 2015, Geps Techno, spécialisée dans les flotteurs autonomes en énergie et Valemo, opérateur de maintenance ont misé sur ces alliances de circonstances. « A l'époque, ni l'un ne l'autre de parvenait à pénétrer certains marchés. Alors nous nous sommes associés et avons créé Akrocean pour acquérir des données de vent, de houles... en mer. Un nouveau métier pour l'un comme pour l'autre. L'idée était d'augmenter nos capacités de techniciens à aller en mer avec l'objectif de faire de la maintenance de parcs éoliens », se souvient Matthieu Blandin, par ailleurs responsable des activités éolien offshore pour le groupe Valorem, maison mère de Valemo et co-fondateur d'Akrocéan. Après un premier échec lors d'un appel d'offres à Dunkerque, Akrocéan décroche un premier contrat il y a cinq ans pour mesurer les vents autour de l'île d'Oléron.

Depuis, l'entreprise est allée chercher les certifications ad hoc et a déployé ses installations en Australie, au Danemark , en Allemagne, en Corée du sud, à Taïwan, en France et a élargi son offre aux radars. Ce qui lui a permis de décrocher un marché pour mesurer les mouvements migratoires des oiseaux sur le parc de Dieppe-le Tréport.

Elle emploie aujourd'hui dix salariés et devrait réaliser un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros en 2022. « L'opération a permis à Geps Techno de faire rentrer de la trésorerie et de décoller en développant sa technologie vers d'autres applications comme des datas center ou pour embarquer l'électrolyseur du producteur hydrogène vert Lhyfe », affirme Matthieu Blandin.

Un troisième parc ?

De son côté, Valemo a désormais la capacité de récupérer des données auprès Akrocéan. Elle dispose des moyens de superviser les parcs éoliens H24 et peut, si besoin, déclencher des plans de maintenance préventifs ou curatifs. L'offshore l'a conduit augmenter ses effectifs de quinze personnes (100 personnes)  et représente 25% de son chiffre d'affaires. « Akrocéan répond aux appels d'offres d'EDF ou Météo France, une fois le marché gagné, on fait le déploiement », ajoute-t-il, convaincu que pour atteindre l'objectif de 20.000 emplois dans l'éolien offshore (contre 6500 actuellement dont 1300 en Pays de la Loire) en France, il faudra compter sur le réseau de PME et d'ETI sur toutes les façades du territoire.

« C'est aussi un moyen de favoriser l'acception locale des projets et de lever les freins à la transition énergétique », estime-t-il alors que la présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, vient d'annoncer qu'elle était candidate à l'accueil d'un troisième site éolien offshore.

Banque des Territoires | Partenaires

Les territoires qui se renouvellent face à la crise

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.