"Ce n'est pas en prenant des sanctions économiques que l'on résout les problèmes politiques ! "

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Alain Bentéjac, président des Conseillers du commerce extérieur.
Alain Bentéjac, président des Conseillers du commerce extérieur. (Crédits : DR / Phil Arky)
Les Conseillers du commerce extérieur (CCE) ont fêté les 120 ans du réseau des CCE lors d'un rassemblement en octobre dernier. L'occasion de faire un tour d'horizon avec Alain Bentéjac, président des CCE, sur les bouleversements économiques à l'international qui affectent les échanges commerciaux.

120 ans pour le réseau des CCE, c'est un âge vénérable pour une institution ; c'est assez rare pour le noter. Cela légitime votre existence ?

Malgré ce "grand âge", nous restons pertinents. Nous sommes peut-être même plus pertinents aujourd'hui dans un contexte de démolition de l'économie et du commerce international. Et ceci pour deux raisons majeures : le développement à l'international reste une priorité absolue pour chaque entreprise et chaque pays, et les menaces qui planent aujourd'hui sur le commerce international nécessitent une bonne appréhension de ces sujets, d'essayer de les traiter, de les régler, tout en essayant de continuer à promouvoir une "croissance ordonnée" des échanges.

Ces différents rôles des CCE sont importants dans ce contexte international mouvementé ?

Sur ce point, les rôles des CCE qui sont d'une part un travail de conseil aux entreprises qui cherchent à se développer à l'international, et d'autre part une mission de dialogue avec les pouvoirs publics, apportant des témoignages et des constatations concrètes du terrain, qui deviennent plus pertinents dans ce contexte actuel qu'il y a une dizaine d'années.

Dans le cadre de la réforme du dispositif de soutien au commerce qui a été annoncé par le Premier ministre en février dernier et qui est actuellement en cours de mise en oeuvre, nous avons proposé que le rôle bénévole de mentorat d'entrepreneur à entrepreneur des CCE soit inséré dans l'offre de service de Business France et des Chambres de commerce.

Sur une plateforme commune, l'entrepreneur qui cherche à aller à l'international aurait ainsi la possibilité d'être en relation avec des CCE qui connaissent bien le pays ou le secteur pour un échange portant sur la pertinence de ce développement, des conseils sur ce qui faut faire ou pas, une aide à la mise en relation. Cela est un plus par rapport à l'offre technique habituelle.

Est-ce un atout pour les CCE de bien connaître le terrain ?

Oui. Les conseillers peuvent apporter un éclairage terrain, une expérience de vécu. Ces conseils informels peuvent être importants pour les entreprises pour bien réussir à l'international.

L'arrivée de Donald Trump au pouvoir en 2017 a été une source d'incertitude. Il a rebattu les cartes du commerce international avec la Chine, l'Iran ou la Russie. Comment les CCE aident les entreprises dans cette période trouble ?

Ce contexte difficile nous dépasse tous. La mécanique diabolique des sanctions pénalise extrêmement les entreprises non américaines. Ce que nous tentons de faire sur l'Iran par exemple, c'est d'épauler les entreprises qui veulent continuer à travailler avec les Iraniens et cela, même si c'est très difficile. Les CCE tentent avec les entreprises de limiter les conséquences sur le point de l'extra-territorialité de la loi américaine.

Les décisions sont de nature politique et elles s'imposent à nous. Concrètement, le dialogue est ouvert avec les pouvoirs publics et nous essayons de faire des propositions tangibles, de faire passer des messages : pour nous, ce n'est pas en prenant des sanctions économiques que l'on résout les problèmes politiques.

Le débat sur le Brexit fait rage outre-Manche et rendent incompatibles deux visions de la gestion des échanges internationaux dans l'avenir. Comment les CCE analysent le déroulement actuel de la mise en place du Brexit ?

Pour le moment, c'est relativement difficile pour les CCE de donner des avis pratiques et concrets, car nous sommes encore dans une phase d'incertitude. Il y a beaucoup de paramètres que l'on ne connaît pas pour le moment et je crains que cette phase dure longtemps. Il y avait trois scénarios possibles pour le Brexit : soit il y avait un accord relativement précis entre le Royaume-Uni et l'Europe, soit pas d'accord du tout, soit un accord ambigu et peu pratique. Le premier scénario est déjà hors d'atteinte et nous voyons se profiler une situation qui n'est pas bonne pour le business avec l'Angleterre et une conjoncture plus dommageable pour le commerce extérieur anglais.

Pour nos entreprises, le Brexit n'est pas anodin. Le marché anglais reste important pour nos exportations. Ici, le principal problème du Brexit n'est pas un problème de taxe ou de contrôle douanier plus sévère - même si ces risques existent. En revanche, si la conjoncture se dégrade, les entreprises françaises implantées au Royaume-Uni risquent de souffrir. J'espère que l'accord sur les échanges commerciaux permettra de maintenir grosso modo le système actuel.

À l'instar de Jamie Dimon, Pdg de JPMorgan, certains annoncent haut et fort que la France, et en particulier Paris, peuvent tirer leur épingle du jeu du Brexit. Partagez-vous cet enthousiasme ?

Je pense que Paris peut-être le grand bénéficiaire du Brexit. C'est aujourd'hui peu perceptible, mais beaucoup de grandes entreprises internationales vont finir par se lasser de cette phase d'incertitude et vont devoir prendre des décisions. Il y a aussi d'autres places qui peuvent profiter de l'effet d'aubaine. Mais je pense que Paris a une carte à jouer dans cette période trouble. Par contre, c'est maintenant difficile d'évaluer l'effet de report de Londres sur Paris.

Avez-vous identifié une inquiétude venant de la communauté française basée à Londres ?

Le Brexit est un sujet qui préoccupe les entreprises sur la mobilité des individus que celle des marchandises pour le moment. Beaucoup d'entreprises se sont installées à Londres parce qu'il y avait un pool de ressources et de compétences extrêmement riche. L'implantation des quartiers généraux à Londres ("headquarters" de la City, Ndlr) avait un sens. Cette question des ressources humaines est devenu un point sensible qui inquiète les entreprises et qui déterminera leur choix de rester à Londres. La balle est dans le camps des autorités britanniques.

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