Pour le patron de Deutsche Telekom « la consolidation en Europe c’est maintenant ! »

Alors qu’une fusion avec le français Orange est dans tous les esprits, René Obermann, qui quitte ses fonctions au 1er janvier de son propre chef, fait valoir que son groupe est " trop petit à long terme pour se mesurer à la concurrence internationale".
Delphine Cuny

4 mn

René Obermann, le patron de Deutsche Telekom, estime que sa coopération avec Orange est un début.
René Obermann, le patron de Deutsche Telekom, estime que sa coopération avec Orange est "un début." (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

« L'heure est venue de la consolidation » pour les opérateurs télécoms en Europe. « Il faut raisonner à 10, 15 ou 20 ans », selon René Obermann, le directeur général de Deutsche Telekom. Le patron du groupe allemand, qui s'apprête à quitter ses fonctions au 1er janvier, de son propre chef, pour aller diriger le câblo-opérateur néerlandais Ziggo, estime que Deutsche Telekom, le deuxième plus gros opérateur européen, derrière Telefonica, devant Vodafone et Orange, est cependant « trop petit à long terme pour se mesurer à la concurrence internationale », a-t-il confié à l'agence Bloomberg.

Deutsche Telekom, qui emploie 230.000 personnes, réalise pourtant près de 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, et pèse plus de 50 milliards d'euros en Bourse. Mais l'américain AT&T, qui s'intéresse de près à d'éventuelles cibles européennes, en pèse plus du double (l'équivalent de 137 milliards d'euros).

René Obermann déclare même que la coopération du géant allemand avec Orange en matière d'achats - ils ont une co-entreprise, Buyin, qui les centralise  - et de partage de réseaux - au Royaume-Uni, où ils ont carrément fusionné leurs opérateurs - et en Pologne, constitue « un début » et pourrait servir de « modèle » pour les autres entreprises européennes du secteur. Cependant, il n'a pas développé davantage la forme que pourrait prendre ce partenariat à l'avenir.

 

Campagne pour les fusions nationales et transfrontières

C'est un changement de ton par rapport à l'an dernier : le projet d'un « EADS des télécoms », poussé par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, à Bercy, était considéré avec réserve en Allemagne. Une fusion paraissait compliquée aux yeux des dirigeants de Deutsche Telekom.

Depuis quelques mois, il fait campagne, auprès de son homologue et « ami » Stéphane Richard, en faveur d'un allègement de la régulation, au niveau européen, concernant les fusions « nationales », « intra-domestiques », au sein d'un marché, et transnationales, entre acteurs de l'Union (lire l'interview de Businessweek du 14 novembre). Le PDG d'Orange parle de lui-même très souvent d'un rapprochement renforcé avec son partenaire allemand :

« il pourrait y avoir un beau projet, mais tout reste à faire, et il faut inventer, raconter une histoire aux marchés financiers », confiait-il cet été.

Il a visiblement le soutien de son premier actionnaire, l'Etat (27% du capital), pour participer à la concentration, y compris via une grande alliance européenne. « Stéphane Richard est très politique et ce type de projet, d'ambition, lui plaît » souligne un proche. Il a d'ailleurs tout récemment évoqué, lors d'une conférence à Barcelone, son ambition d'approfondir ses relations avec Deutsche Telekom, tout en précisant qu'une fusion n'était pas à l'ordre du jour.

 

Deutsche Telekom deux fois plus gros qu'Orange

Les intentions de l'Etat allemand, qui détient 31,9% de Deutsche Telekom, sont moins claires que celles de Paris. Dans le contexte du scandale Prism cependant, la construction d'un champion européen, de taille à rivaliser avec les géants américains, serait vue de façon plus positive. Toutefois,

« une éventuelle fusion poserait un vrai problème de gouvernance entre les deux États, on l'a vu précisément chez EADS, ce n'est pas si simple », observe un analyste financier. « Et quant à une supposée fusion entre égaux, c'est une plaisanterie, Deutsche Telekom est devenu tellement plus gros qu'Orange, il pèse le double en capitalisation boursière» relève-t-il (25 milliards d'euros).

Il est vrai que l'opérateur historique allemand « profite du redressement de sa filiale américaine, T-Mobile USA, bénéficie d'un régulateur plus conciliant et n'a pas eu à affronter un Free mobile sur son marché domestique... »

Delphine Cuny

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