Les patrons des fonds d'investissement les plus clairvoyants deviennent de véritables gourous, dont les analyses sont suivies avec la plus grande attention.La Silicon Valley est célèbre pour ses entreprises digitales multimilliardaires parties à la conquête du monde (Google, Facebook, Apple, Uber), ses flamboyants entrepreneurs et CEO (de Marc Benioff à Elon Musk, en passant par Mark Zuckerberg) et son foisonnant écosystème de startups, sans doute le plus riche et dynamique au monde. Mais derrière toute cette fébrilité créatrice se cache le pouvoir financier, celui des fonds d'investissement en capital-risque, les fameux « VC » [venture capital, ndlr], qui décident ou non de donner sa chance à un projet en libérant la planche à billets. Apple et Microsoft ont décollé grâce à eux, tout comme Starbucks, Airbnb, Facebook, Dropbox et Twitter. En plus d'avoir les poches profondes, les investisseurs peuvent introduire leurs poulains parmi un réseau d'experts, et leur prodiguer des conseils stratégiques dignes de Sun Tzu et de Machiavel, susceptibles de leur permettre d'atteindre les sommets.
Savoir attirer l'attention d'un VC peut vite générer un effet boule de neige. Soucieux de ne pas rater la prochaine perle rare, ceux-ci scrutent attentivement le portefeuille d'investissement de leurs rivaux. Ainsi, débloquer des fonds auprès de l'un d'entre eux, surtout s'il s'agit de l'un des plus prestigieux, peut permettre de décrocher le jackpot auprès des autres. C'est également un signal fort envoyé à la presse, et la garantie de recruter plus facilement des employés sur un marché du travail ultra-compétitif.
Toutes les startups qui débloquent des fonds auprès des VC ne font pas fortune, loin de là. La plupart font même faillite au bout de quelques années. Mais, lorsqu'un projet décolle, les investisseurs décrochent le gros lot.
Les VC forment ainsi la quintessence du rêve américain, avec la possibilité donnée à chacun de s'enrichir rapidement, mais aussi de l'idéologie californienne, avec la volonté de transformer le monde par la technologie. Ces fonds d'investissement constituent les véritables maîtres de la Silicon Valley, et, au sein de cet écosystème, quelques personnalités majeures sont tout aussi révérées que les entrepreneurs les plus accomplis.
Guillaume Renouard, à San Francisco