Et si les PME se mettaient (enfin) à vendre en ligne ?

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D’après Eurostat, seules 13,8% des PME françaises (hors microentreprises) vendaient en ligne en 2015.
D’après Eurostat, seules 13,8% des PME françaises (hors microentreprises) vendaient en ligne en 2015. (Crédits : reuters.com)
Alors qu’en France, les TPE et les PME sont très en retard dans le digital, le Conseil national du numérique propose des pistes pour sortir de l’impasse. Aux yeux de son président, Mounir Mahjoubi, il faut en priorité tout faire pour que les petites et moyennes entreprises se convertissent massivement à la vente en ligne.

Les TPE et les PME françaises, c'est peu dire, sont souvent à la ramasse dans l'écosystème digital. Alors que les grands groupes, aux moyens plus conséquents, ont tous engagé des « transitions numériques », les plus de 3 millions de petites et moyennes entreprises affichent dans ce domaine un retard préoccupant.

A ce sujet, les derniers chiffres d'Eurostat sont sans appel. D'après l'organe de la Commission européenne en charge des études statistiques, seules 13,8% des PME françaises (hors microentreprises) vendaient en ligne en 2015, ce qui place l'Hexagone à une piètre 13e place dans l'UE, derrière la Lituanie (17,6%) ou la Croatie (18,9%) !

Pour Mounir Mahjoubi, le président du Conseil national du numérique (CNNum), ce « terrible » constat est à mettre en lien avec le fait que ces sociétés vendent si peu à l'étranger. Pour lui, le manque à gagner est évident, sachant que paradoxalement, « les Français, en tant qu'utilisateurs des nouvelles technologies, sont parmi les plus en avance en Europe ». En outre, Mounir Mahjoubi constate un retard similaire concernant « les process des TPE et PME, de l'usage du cloud aux factures aux fiches de paye dématérialisées ». Et même son de cloche lorsqu'il s'agit de se saisir du numérique pour développer de nouveaux produits et services innovants.

Des « verrous » à faire sauter

Depuis début 2016 et sa nomination par François Hollande à la tête du CNNum, cet ex-directeur adjoint d'une agence de marketing digital a donc fait de la numérisation des petites et moyennes entreprises une priorité. Après en avoir discuté avec plusieurs ministères, le gouvernement l'a missionné pour trouver des solutions. Pour mieux cerner les freins liés aux usages numériques, le CNNum a ainsi rencontré 200 PME ces derniers mois. Grâce à ces rencontres, Mounir Majhoubi estime disposer d'une liste fiable des « verrous » qui plombent aujourd'hui les entreprises de moins de 250 salariés.

Dans cette enquête présentée ce mercredi, le CNNum prend un parti clair : d'après lui, il faut tout faire pour inciter les TPE et PME à vendre enfin sur la Toile. Même si cette ambition apparaît modeste, elle est perçue comme le point de départ essentiel à toute stratégie numérique. L'idée en somme, c'est qu'une entreprise qui investit le monde du e-commerce va progressivement devoir s'adapter à ce nouveau canal de vente. Ne serait-ce que pour la gestion des stocks. Une fois rompue à ces premiers outils digitaux, il lui sera plus aisé de passer à la vitesse supérieure en bousculant ses process internes (en les passant sur le cloud, par exemple) pour optimiser sa façon de travailler.

Beaucoup d'entreprises « perdues »

D'après Mounir Majhoubi, l'enquête a permis de balayer plusieurs idées reçues sur l'absence des PME dans la vente en ligne :

 « Moi par exemple, j'étais certain que 100% du problème s'expliquait par le manque de financements, et qu'il n'y avait pas assez d'aides publiques dédiées à l'investissement numérique. On s'est rendu compte qu'en fait, cela ne concernait que la moitié des entreprises sondées. »

Pour le président du CNNum, les freins sont de plusieurs ordres. A l'en croire, beaucoup d'entreprises sont généralement perdues lorsqu'elles veulent déployer une offre d'e-commerce :

« Le problème, c'est que contrairement aux grands groupes, ces entreprises n'ont souvent personne dans leurs effectifs en charge du digital. Résultat, leurs dirigeants sont démunis. Ils ne savent pas s'il convient d'ouvrir un espace sur une place de marché, ou s'il est préférable concevoir un site avec une agence spécialisée... Surtout, elles ignorent combien il faut investir dans ces projets. »

Des problèmes culturels

D'autres verrous sont, d'après le CNNum, culturels et propres à la France. Les PME seraient ainsi tétanisées par les délais de paiements. Conséquence : elles privilégient les clients qu'elles connaissent plutôt que d'illustres inconnus, surtout lorsqu'ils sont étrangers. « Pourtant, dans le e-commerce, la tradition c'est plutôt de payer en avance », s'étrangle Mounir Mahjoubi. Après avoir établi son diagnostic, le CNNum a listé plusieurs « pistes d'actions prioritaires » pour sortir de l'impasse. Concrètement, il s'agit de « co-construire » des solutions sur un mode collaboratif d'ici la fin du mois d'octobre, puis de les soumettre au gouvernement.

Parmi elles, le CNNum veut créer une plateforme et rassembler dans un même réseau toutes les personnes en charge « d'accompagner » les entreprises dans leur stratégie numérique. Aujourd'hui, ces spécialistes existent. Mais ils sont disséminés à plusieurs niveaux (dans les chambres de commerce, dans les régions ou dans les départements), et ne partagent pas leurs ressources. Ce qui contribue à brouiller les pistes pour les chefs d'entreprise. L'objectif, c'est que ces derniers puissent se rendre sur un unique site et trouver simplement vers qui se tourner en fonction de leurs besoins. Et ce, « qu'il s'agisse de leur présence en ligne, ou de trouver un conseiller juridique pour faire du business à l'étranger », précise Yann Bonnet, le secrétaire général du CNNum.

Bientôt des « CDO mutualisés » ?

Côté financement, le CNNum souhaite que les régions se mobilisent pour décrocher les aides de l'UE auxquelles elles ont droit pour aider les PME. « Aujourd'hui seules quatre régions françaises, dont l'Ile-de-France et l'Aquitaine, bénéficient de ces aides », note Yann Bonnet. Si diplomatie oblige, le CNNum ne jette pas la pierre aux autres, ce constat n'en est pas moins accablant. Certains élus, si prompts à huer les opérateurs télécoms lorsque la couverture Internet à très haut débit n'est pas convenable, n'ont visiblement pas le même entrain lorsqu'il s'agit de développer les usages numériques des PME...

En outre, le CNNum souhaite que les PME puissent partager certaines expertises numériques quand elles n'ont pas les moyens de s'offrir une personne à temps plein. « Sur ce point, on est ouvert », précise Mounir Mahjoubi, qui évoque la perspective de CDO [Chief Digital Officer, Ndlr] mutualisés.

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Commentaires
a écrit le 28/07/2016 à 13:51 :
Très bonne idée ... en théorie ! Car comme beaucoup d'idée dans l'air du temps actuellement, elle peut apporter beaucoup, ... quand ça marche bien ; parce que dans le cas contraire, le moindre problème va bloquer tout le processus de A à Z.
Et visiblement, le président du Conseil national du numérique, n'a, comme beaucoup d'autres politiques, aucune idée sur la sécurité (en général) de l'informatique. En ce qui concerne la vente en ligne par exemple, toute la chaîne du processus est constitué de maillons tous plus fragile les uns que les autres (réseau télécom, réseau électrique, cloud, etc ...). Qu'un seul de ces maillons saute et boum, tout est par terre (et par ces temps d'attentats ...). Ce jour-là, ce sont les entreprises ayant gardé un système de vente traditionnel qui auront le plus de chances de s'en sortir !
a écrit le 28/07/2016 à 11:23 :
Toujours cette passion française pour les grandes théories, les aides d'organismes crées express pour, la difficulté pour trouver les informations, le coût etc....... La vérité; elle est toute simple, et vos statistiques le démontrent une fois de plus : tout le monde y arrive sauf nous et il n'est pas besoin de rameuter les chasseurs de méchants capitalistes avec leurs grosses boites qui étouffent le petit entrepreneur. Le français a la ressource, le courage pour entreprendre mais il n'a ni la formation, ni l'environnement financier et social pour prendre des risques de croissance rapide. Il gère en "bon père de famille" et arrête rapidement d'investir comme l'y pousse son banquier qui n'aime pas les risques. Comme en plus, en bon français, il n'a généralement que peu d'intérêt pour l'étranger, il ne voit pas pourquoi il devrait s'y risquer quand bien même la vente en ligne serait un accélérateur de croissance et d'efficacité concurrentielle incomparable. La vente en ligne est un révélateur de toutes les faiblesses internes de l'entreprise, beaucoup n'en veulent pas...............
a écrit le 28/07/2016 à 9:47 :
Cela aurait été valable il y a dix ans, oui, actuellement c'est loin d'être sûr. Les sites marchands intéressants sur internet se font de plus en plus rares, le milieu financier s'y est engouffré et du coup, alors qu'il y a 5 ans il n'y avait aucun doute possible les meilleurs rapports qualité-prix étaient sur internet actuellement c'est presque kif kif. Le dernier intérêt étant qu'on y trouve tout, celui du prix n'en est plus un.

Il faut voir les soldes actuellement sur internet même pour se rendre compte que finalement faire un tour dans les magasins de vos villes ne vous coûtera pas plus cher, au contraire, vous fera faire une promenade, c'est bon pour la santé et vous évitera des frais de ports.

Vu que la consommation mondiale s'effondre les marchés de niches et autres "miracles" finissent rapidement en queue de boudin. L’ennemi c'est surtout la marge bénéficiaire de l'actionnaire.
Réponse de le 28/07/2016 à 12:05 :
en queue de poisson ou en eau de boudin bien entendu la queue du boudin étant délicate à trouver, désolé...
a écrit le 27/07/2016 à 23:41 :
Je ne vois pas comment une PME peux s'amuser à gérer un site internet, répondre à son portable et monter le mur sur son chantier...
a écrit le 27/07/2016 à 23:08 :
Il sort d'où ce brillant "expert"?
Déjà il devrait savoir qu'en France la cartographie des TPE et PME révèle une énorme proportion d'entreprises de sous-traitance (grâce à une politique préférentiellement portée sur des grosses boites oú dirigeants et politiques se fréquentent depuis les bancs d'école). Deuxièmement, avant d'avancer des ânneries concernant le Cloud et l'intérêt pour une PME, il devrait peut-être prendre des cours d'informatique. Le Cloud est devenu le truc à la mode, le nouvel eldorado des SSII et en plus nos politiciens qui n'y connaissent rien mordent à l'hameçon pour faire branché...

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