IMS Health accusé de "vampiriser" sa filiale française

 |   |  709  mots
IMS Health a enregistré une croissance de 28,3% à 2,9 milliards de dollars en 2015.
IMS Health a enregistré une croissance de 28,3% à 2,9 milliards de dollars en 2015. (Crédits : DR)
Les syndicats de la filiale française de la société de données médicales américaine assurent que cette dernière compte supprimer 30% des effectifs en France et dénoncent des "licenciements boursiers". Ils estiment qu'elle s'est intéressée avant tout aux données médicales et à l'outil de relation client.

Après les 600 suppressions de postes chez Sanofi et Servier en 2015, le secteur de la santé pourrait connaître un nouveau plan social de grande ampleur en France. IMS Health prévoit de supprimer 310 postes (environ 30% des effectifs de l'Hexagone), selon les syndicats de l'entreprise de données médicales, dont plus de 200 licenciements.

Un syndicaliste de l'Unsa explique que les employés concernés sont des "informaticiens/développeurs, commerciaux, membres de la comptabilité, ingénieurs test qualité, consultants, employés administratif". Contacté par La Tribune, IMS Health n'a pas donné suite.

Au départ, une fusion avec une partie de Cegedim

S'ils sont surpris par l'ampleur des suppressions de postes, les syndicats ont nourri des doutes dès l'annonce de la création de cette filiale, le 1er avril 2015. Pour rappel, la filiale France de IMS Health actuelle est le résultat d'une fusion de l'ancienne filiale française d'IMS Health (environ 200 salariés) avec une partie des activités de Cegedim, entreprise française créée en 1969, avec ses 800 salariés français.

Lors de l'officialisation de la fusion, le 1er avril 2015, IMS Health s'enthousiasme "des puissants nouveaux outils qu'elle acquiert". La société américaine cite l'outil CRM (customer relationship mangement). Il permet aux visiteurs médicaux de préparer rencontres avec les professionnels de santé au sein de leur cabinet pour leur vanter les produits de laboratoires pharmaceutiques.

Le CRM encapsule les données et les met en valeur. Il est aujourd'hui utilisé par la plupart des laboratoires pharmaceutiques, selon le délégué syndical Unsa. Mieux, avec Cegedim, IMS Health acquiert en avril 2015 "l'une des bases de données les plus solides au monde" qui recueille des informations sur plus de 14 millions de professionnels de santé, "médecins, paramédicaux, pharmacie". Une "pépite", selon le délégué syndicat Unsa.

Avec cette acquisition et le rachat début mai de Quinteles, un groupe spécialisé dans les services liés aux essais cliniques, IMS Health devient la seule société dédiée aux données liées à la santé disposant d'une telle palette d'outils.

Sauvegarde de la compétitivité

Le délégué syndical Unsa conçoit que des "doublons au niveau des postes" sont apparus suite à la fusion. Mais il juge qu'une partie des licenciements sont "boursiers". Plusieurs délocalisations sont prévues, en Inde, Pologne, Espagne et Portugal "des pôles d'excellence mais surtout des pays où les coûts sont moins élevés. Plus de 100 postes sont concernés", ajoute-t-il. "L'argument avancé par le groupe pour justifier ces coupes est le maintien et la sauvegarde de la compétitivité", déplore-t-il. Si, le métier de visiteur médical a de moins en moins le vent en poupe, le syndicaliste rapporte que le groupe a évoqué une stagnation du chiffre d'affaires en France tout en estimant qu'il pourra l'accroitre dans les années à venir malgré un effectif réduit.

Au niveau mondial, en termes de compétitivité, le groupe s'en tire mieux. Il a enregistré une croissance de 28,3% à 2,9 milliards de dollars en 2015, quand son bénéfice connait une hausse de 11,8% à 417 millions de dollars. Qui plus est, le patron du groupe, Ari Bousbib, a touché 34,8 millions de dollars l'année dernière, soit 13 millions de dollars de plus que le patron d'IBM, s'est étonné Bloomberg en février.

"Des experts en plans sociaux"

Lors de l'acquisition des activités de Cegedim, IMS Health mentionnait dans un troisième temps l'importance de l'arrivée de nouveaux salariés avec des "aptitudes professionnelles de haut niveau". Mais pour le syndicaliste de l'Unsa, les activités de Cegedim ont été rachetées principalement pour le CRM, les données et des études. Interrogé par La Tribune, Mourad Rekik acquiesce. Il estime que IMS "vampirise" les sociétés qu'il rachète. "Ce sont des experts en plans sociaux", lance-t-il. La CGT et l'Unsa accusent d'ailleurs IMS Health d'avoir mené des plan de départs en Belgique et en Italie.en fin d'année 2015. Le syndicat réformiste évoque ces deux cas dans son blog.

Pour le moment, IMS Health n'a rien annoncé officiellement. Les syndicats disent quand à eux négocier avec la direction les conditions de départs des salariés.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/05/2016 à 10:59 :
Les entreprises du "Health" américaines sont en train de faire une conquête mondiale. Fabrication, distribution, assurance, information, prévention, vente directe, vente en magasins ou supermarchés santé, OTC, paramédical, analyses, gestion et emploi des médecins, pharmacies, hôpitaux, cliniques, formations en ligne, pansements, hanches artificielles et autres, pacemakers, matériel général hôpitaux, matériel médical, plan personnel de santé, marketing, publicité, transport dédié, soins à domicile, matériel de surveillance, ambulances, cimetières, etc. Les résultats obtenus sont déjà considérables et se vérifient au travers de multiples méga sociétés de plus de 100 milliards de dollars de chiffre d'affaire. Il en résultera une pression forte sur tous les acteurs directs et indirects de la santé. Pour protéger ces derniers nous maintiendrons une tarification élevée des prix des produits et prestations dont elles bénéficieront en premier lieu, se renforçant contre notre propre système. j'ai indiqué que pour se défendre la sécurité sociale devait se privatiser. Cela peut choquer certains mais sans possibilité d'extension, de diversification, de modernisation, elle sera amenée à disparaître. Est-ce mieux ? Il est important que la presse parle de ces sujets comme le fait ici La Tribune, et pas seulement pour des motifs "sociaux" comme ici mais concernant les véritables questions qui sont méga-sociales.
a écrit le 13/05/2016 à 18:54 :
Les victimes vont tirer un maximum du vampire en instrumentalisant nos juges français. Il est probable que le prix d'acquisition de Cegedim en 2015 provisionnait déjà les frais de réorganisation. En France, il faut payer cher pour s'adapter au marché. La rentabilité des entreprises étant insuffisante, elles ne peuvent que sortir du marché ou se vendre avant qu'il ne soit trop tard.
Réponse de le 14/05/2016 à 22:04 :
Je suis salarié de cette entreprise et au vu de ce qui est proposé par la direction pour les.départs des.équipes impactées....je ne pense pas qu'on puisse parler de pactole. De là à parler l'instrumentalisation des juges j'ai envie de répondre que si se défendre c'est instrumentaliser la justiceily a un truc que j'ai pas bien saisi.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :