Silicon Valley : à Los Altos, Box veut à tout prix rester une boîte super cool

Comme de nombreuses sociétés de la Silicon Valley à la croissance exponentielle, Box, la jeune entreprise de stockage de documents dans le « cloud » , qui emploie déjà 900 personnes, tente de garder un esprit start up, fun, pour rester innovante et attirer les meilleurs talents. Suite de notre voyage dans la Valley.
L'entrée fleurie de Box / DR
L'entrée fleurie de Box / DR

Un bosquet fleuri bien entretenu et trois lettres minuscules argentées (b.o.x) accueillent le visiteur à Los Altos sur l'historique route Camino Real, la route 82 qui conduit de Santa Clara à San Francisco, en passant par Sunnyvale, Mountain View, Palo Alto et Menlo Park.

Seul un grand toboggan jaune en spirale visiblement peu emprunté, qui trône dans l'entrée, vient rappeler qu'on est ici dans une start-up à l'esprit « fun ». Ou plus exactement une ex-start-up qui emploie déjà 900 personnes et envisage une entrée en Bourse dans un an mais essaie, coûte que coûte, de garder la culture d'une jeune entreprise « cool » et innovante, à taille humaine.

Un défi que Box partage avec de nombreuses sociétés de la Silicon Valley à la croissance exponentielle. « On embauche la moitié de Box chaque année », résume Florian Jourda, un polytechnicien français, diplômé de Berkeley, qui fut le septième employé de cette entreprise qui a développé une solution de partage sécurisé de fichiers en ligne, dans le « cloud. » Il nous sert de guide pour la visite du siège où Box s'est installé il y a un an, lorsqu'ils n'étaient que 400... « L'entreprise grandit à la vitesse d'une Ferrari, avec l'efficacité d'une Prius et la sécurité d'une Volvo » se flatte-t-on chez Box.

 

« Prends des risques et échoue vite »

Aux murs, des récompenses et des articles de presse dressant le portrait élogieux du « visionnaire » à l'origine de l'entreprise, celui qui se décrit comme « magicien en chef », l'iconoclaste Aaron Levie, 27 ans.

Réputé pour son sens de l'humour et de l'absurde qui fait fureur sur Twitter - il est suivi par 60.000 abonnés, plus que le patron de LinkedIn, Jeff Weiner - le jeune entrepreneur a créé Box.net en 2005 dans sa chambre de l'université de Californie du Sud avec un copain de lycée, puis,comme il se doit ici dans la Valley, « dans le garage de l'oncle d'Aaron à Berkeley » précise Florian.

Si sa fortune est estimée à 100 millions de dollars, le patron de Box utilise un bureau ordinaire, dans une des rangées du vaste open space des développeurs - pas de « cubicles » ni de bureaux individuels ici - mais il n'arrive qu'à 11 heures, après avoir quitté les lieux vers 2 heures du matin. « Quand je suis arrivé il y a six ans, on travaillait non-stop, on dormait sur place ! » raconte Florian, qui est aujourd'hui « Principal Architect » (responsable de l'architecture logicielle). Le bâtiment est d'ailleurs équipé de hamacs orange et de balançoires d'intérieur dans l'espace détente.


(Source BI)

Ses célèbres baskets orange au pied, « Aaron vient souvent s'adresser à tout le monde à la cantine pour annoncer une nouveauté, une acquisition, un partenariat », rapporte le Français. La cantine est le lieu de la convivialité partagée, où chaque nouvel employé est présenté sur l'estrade lors du « Friday lunch », avec quelques anecdotes personnelles.

Les murs sont décorés de tableaux aux couleurs pop décrivant les valeurs de l'entreprise qui a pour emblème la licorne, un animal de «geeks », et des slogans tels que « prends des risques et échoue vite » (pour corriger le tir encore plus vite), « crois en tes idées extraordinaires » ou bien « viens au bureau avec ton côté déjanté » - « ici on aime la diversité, c'est normal, on n'est pas loin de San Francisco » explique le Principal Architect. Il y a aussi « 10 X » pour «faire 10 fois mieux et 10 fois plus vite » ou encore « nous embauchons les meilleurs, alors faisons-nous confiance. »


(Source BI)

Une note technique et une note « culturelle » pour les candidats

« L'humain est très important : il faut un environnement agréable où les ingénieurs peuvent être très productifs et exprimer leurs créativité. Car un très bon développeur n'est pas 2 à 3 fois mais 10 à 100 plus productif qu'un développeur moyen », assure Florian Jourda.

Le processus de recrutement porte la marque de cette culture qui affirme marier « la dynamique d'une grande famille » à « un état d'esprit d'étudiant » - l'âge moyen est de 26 ans. « Déjeuners et dîners gratuits, snacks et boissons en quantité, tenue vestimentaire informelle, ping-pong, hackatons et trottinettes » vante la page Carrières de Box (et 15 jours de vacances, avis aux Français).


(Source BI)

« Nous recherchons les meilleurs et les plus brillants mais nous essayons de ne pas nous prendre trop au sérieux », indique-ton chez Box. Les candidats ont une note technique mais aussi une note « culturelle » pour évaluer leur comportement : les employés touchent d'ailleurs de coquettes primes en cas d'embauche sur leur recommandation, le canal privilégié de recrutement (12.000 dollars pour un ingénieur, 5.000 pour un commercial).

Box n'hésite pas non plus à « acheter » les talents, à l'image du français Martin Destagnol : l'entreprise californienne vient de s'offrir son application mobile Folders, qui permet accéder sur iPhone à ses documents dans le cloud, avant même sa sortie sur l'App Store, saluée pour l'élégance de son interface : « c'est vraiment du niveau Steve Jobs », considère Florian.


(Source TechCrunch)

Après Londres, un bureau bientôt à Paris

Dans le « monde merveilleux » de Box, comme dans toutes les entreprises de la Silicon Valley, les ingénieurs, les développeurs, sont des seigneurs, les autres fonctions, aussi cruciales soient-elles, comme les ventes ou les ressources humaines, restant assez secondaires et peu glamour.

A l'image du service « réussite du client », qui s'active sous une pluie de nuages en carton suspendus. Florian décrypte : « c'est le nom cool du support technique et de la facturation. » Sur 900 employés, il n'y a que 150 ingénieurs et l'entreprise essaie de ne pas aller au-delà du « nombre de Dunbar » (la théorie du nombre maximum d'amis, à savoir 148 personnes, avec lesquels un individu peut entretenir une relation à un moment donné).

« On se retrouve face à un problème typique d'une start-up : comment on « scale » [change d'échelle, d'ordre de grandeur] l'organisation sans la déstabiliser », relève l'architecte en chef. Après avoir ouvert un bureau à Londres il y a six mois, où elle emploie 50 personnes, Box, en pleine expansion internationale, compte en recruter 50 de plus en Europe dans les mois à venir, y compris en France où elle a gagné « un très gros contrat avec Schneider portant sur 50.000 postes. »

Box revendique 15 millions d'utilisateurs dans le monde et plus de 150.000 entreprises clientes, dont Procter & Gamble, Clear Channel, l'université de Stanford, Nokia Siemens Networks, LinkedIn, etc. « 92% des entreprises du classement Fortune 500 utilisent notre service », assure Box.


(Source DR)

« Le cloud, c'est le nouveau monde, l'Amérique »

La nouvelle star du « cloud » a connu des hauts et des bas et son lot d'échecs : en 2008, avec la crise des subprimes, la start-up est obligée de licencier un tiers de ses effectifs, passant de 35 à 25 personnes, et d'opérer un sérieux virage stratégique en se repositionnant sur le marché des entreprises et sur une offre « freemium » (accès gratuits pour les utilisateurs grand public chargés d'évangéliser au bureau, abonnements payants d'une dizaine d'euros par mois par utilisateur pour les entreprises).

La jeune société aux 900 salariés devrait réaliser cette année un chiffre d'affaires dépassant 100 millions de dollars, assez peu finalement au regard de ses effectifs et des fonds levés depuis sept ans : plus de 430 millions, dont 150 millions lors du dernier tour de table en janvier sur la base d'une valorisation de 1,2 milliard de dollars, selon le Wall Street Journal.

« Le cloud, c'est un peu le nouveau monde, l'Amérique. Nous sommes dans une phase de conquête de territoire. C'est un univers ultra-compétitif, nous sommes face à Google, Salesforce, Microsoft et Dropbox, mais personne n'ira se moquer d'un service concurrent temporairement inaccessible, cela peut nous arriver et on ne veut pas décrédibiliser le « cloud » : on est plutôt en "coopétition" avec tout le monde », analyse Florian Jourda.

D'ailleurs, Salesforce est par exemple à la fois un concurrent, un partenaire et un des actionnaires stratégiques de Box (depuis 2011 comme SAP Ventures). Mais l'entreprise n'est pas à vendre : le cap reste celui d'une introduction en Bourse dès 2014. Celui de la maturité?

____

>>> CARTE INTERACTIVE Les entreprises (incontournables) de la "Bay"

Lire aussi :

>>> Silicon Valley : petit coup de blues à San Jose (1/5)

>>> Silicon Valley : à Sunnyvale, la petite caméra de Romulus Pereira voit très grand (2/5)

>>> Silicon Valley : l'heure du zen 2.0 sonne à Mountain View (3/5)

>>> Silicon Valley : à San Francisco, les drones de Skycatch font rêver Google (5/5) 

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 6
à écrit le 02/08/2013 à 7:34
Signaler
Dropbox est bien mieux - ca tourne sur un serveur en tache de fond sans GUI.

le 02/08/2013 à 12:43
Signaler
Pour faire ses courses seul en ville la smart est parfaite mais pour partir avec sa famille en toute sécurité et avec le confort mieux vaut choisir une berline

le 02/08/2013 à 14:47
Signaler
Passionnant commentaire. Peut être un autre sur Sugarsync ou Documentum ou Sharepoint ou Google Drive ? Je suis tout ouïe

à écrit le 01/08/2013 à 14:36
Signaler
que veut dire (une boite "Froide ") cool ?

le 01/08/2013 à 18:23
Signaler
Cool en Français in-ze-text ou en Anglais? J'imagine que tu aimes te prendre un peu la tête, alors voici un petit article de philo sur la "cool attitude" : http://philosophynow.org/issues/80/What_Does_It_Mean_To_Be_Cool

le 02/08/2013 à 7:28
Signaler
cool =! cold

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.