Hazem Hawash et Samir Rebib, deux entrepreneurs dans le "game"

Geneviève Hermann, à Lille

Geneviève Hermann, à Lille
Enfants, tous les deux étaient fans des dessins animés du Club Dorothée. Samir Rebib ne loupait aucun Dragon Ball Z. Fasciné par le monde de Zelda, Hazem Hawash était, lui, plutôt rivé sur sa console Nintendo. Cette passion des mangas animés ne les a plus jamais quittés.
Devenus adultes, ils en ont fait un jeu vidéo de rôle à l'ambiance japonisante, qu'ils ont baptisé Shiness et qui a donné lieu, en juillet 2014, à la création de leur société Enigami. Alors que sa commercialisation n'est prévue qu'à l'automne 2016, Shiness a déjà été primé au Awards 2014 de la Game Connection, à la Gamescom de Cologne et au Paris Games Week de 2015. Il a surtout reçu le soutien de Focus Home Interactive. Lauréat du prix spécial du jury 2015 décerné par Euronext, cet éditeur français de jeux vidéo a pour vocation d'accompagner les studios de développement dans le suivi de production, le marketing, la commercialisation et le financement de leurs projets. Il sait détecter les projets à fort potentiel.
Que Shiness ait rencontré au printemps 2014 un vif succès auprès de la communauté Kickstarter lors d'une campagne de financement participatif, l'a sans doute aidé à prendre sa décision. Plus de 3.000 backers avaient soutenu le studio lillois, à hauteur de 138.000 dollars. Le projet Enigami était alors incubé depuis dix-huit mois par le cluster de la Plaine Images de Tourcoing. Mais sa gestation avait démarré bien avant, une vingtaine d'années plus tôt. Tout a commencé dans l'imaginaire de Samir Rebib, alors qu'il avait à peine sept ans et préférait rester dessiner à la maison plutôt que d'aller dehors jouer au foot.
Après avoir obtenu un bac pro en électrotechnique, une discipline choisie par défaut, le jeune homme enchaîne les petits boulots. Heureusement, il continue de dessiner. En 2004, il publie ses bandes dessinées sur un site Internet de sa conception. Il y met deux à trois planches par semaine. Son site attire plus de 40.000 lecteurs réguliers. C'est beaucoup. De quoi lui donner envie de s'inscrire à la faculté d'arts plastiques de Tourcoing. Une fois de plus, il n'a pas pris la bonne orientation. L'enseignement est trop abstrait. Mais peu importe, il change encore de cap et se réoriente vers l'infographie. On est en 2011. Une formation en alternance à Efficom Lille et chez un concepteur de serious game lui fait découvrir l'univers professionnel des jeux vidéo.
Non pas à Tourcoing comme Samir Rebib, mais en région parisienne. Lui aussi se retrouve en électrotechnique et passe un BTS en alternance. Un an plus tard, il se retrouve dans le Nord à travailler sur une plateforme téléphonique, puis alterne des CDD et des périodes de chômage, tout en préparant en cours du soir une licence en informatique et multimédia au CNAM. Entre temps, comme il aime le piano et composer, il a postulé à une école d'Angoulême pour devenir compositeur de jeux vidéo. En vain.
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En 2009, quelques mois après s'être rencontrés à une soirée à Lille, les deux amis publient les dessins et l'histoire de Chado sur un forum de passionnés de jeux vidéo. Plusieurs d'entre eux sont attirés par l'aventure de ce personnage et décident d'en faire ensemble un jeu en 3D. Les échanges se font sur Skype le soir et durant les week-ends. L'objectif est de pouvoir présenter un prototype à la Japan Expo de 2011. Mais cela coûte 600 euros d'y avoir un stand.
Mais il s'écoule encore un an et demi avant que les deux hommes ne se décident vraiment. Ils ont tous les deux enfin trouvé un CDI et travaillent dans des entreprises qui leur plaisent. Ils hésitent à renouer avec la précarité. Ils optent pour la sécurité, mais continuent quand même à passer leur temps libre sur le développement de Shiness, avec un noyau d'une huitaine de programmeurs bénévoles comme eux. Fin 2012 se profile le Toulouse Game Show. Hazem Hawash veut absolument y participer, quitte à perdre son travail.
« On n'avait plus le choix. Soit on arrêtait tout, soit on créait notre boîte ». Hazem Hawash se retrouve à nouveau à Pôle Emploi. Par l'intermédiaire d'un ancien d'Ankama qui fait partie de leur connaissance, lui et Samir Rebib entrent enfin en contact avec l'incubateur de la Plaine Images. « Nous avons tout de suite été séduits. Ils avaient déjà un univers, une écriture, un personnage et une envie de qualité. On sentait leur énergie, leur capacité entrepreneuriale et surtout leur ténacité. Travailler sans aide et si longtemps sur un projet d'animation 3D sans se décourager, c'est rare », indique Laurent Tricart, en charge de la coordination stratégique à la Plaine Images.
Le studio emploie aujourd'hui une dizaine de personnes. Hazem Hawash enchaîne les déplacements au Japon et aux États-Unis. Il parle japonais presque couramment. Shiness devrait rapporter à Enigami environ 2 millions de chiffre d'affaires dans les premiers mois de sa commercialisation. Le fantasme sera alors devenu réalité.
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MODE D'EMPLOI
Où les rencontrer ? Hazem Hawash se rend tous les mois à l'Orchestre national de Lille, partenaire d'Enigami pour la réalisation de la musique du jeu. Samir Rebib ne manque aucun salon de jeux vidéo.
Comment les aborder ? Avec le sourire et en entrant directement dans le vif du sujet.
À éviter ! Les conversations qui s'éternisent ennuient Hazem. Promettre la lune sans rien de concret fait fuir Samir.
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