La startup de la semaine : Aledia sera le futur géant des écrans ou rien

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Aledia a délà levé plus de 80 millions d'euros auprès d'investisseurs deeptech et de grands groupes (Ideak, Valeo, Intel). Sa technologie de LED pour les écrans est potentiellement révolutionnaire.
Aledia a délà levé plus de 80 millions d'euros auprès d'investisseurs deeptech et de grands groupes (Ideak, Valeo, Intel). Sa technologie de LED pour les écrans est potentiellement révolutionnaire. (Crédits : DR)
Toutes les semaines, La Tribune braque les projecteurs sur une pépite méconnue de la French Tech. Cette semaine, Aledia. Détentrice d'une technologie de LED (diodes électroluminescentes) unique au monde, mais pas encore optimisée, la deeptech grenobloise dépense des dizaines de millions d'euros pour s'imposer dans la course à la nouvelle génération d'écrans, face entre autres aux géants coréens et américains. A la clé : un marché gigantesque d'environ 150 milliards d'euros... si la startup arrive à s'imposer.

"Notre premier chiffre d'affaires sera soit de zéro euro, soit de plusieurs centaines de millions d'euros". Pour Giorgio Anania, le cofondateur sexagénaire mais à l'énergie débordante de la startup deeptech Aledia, c'est tout ou rien. "Nous ne sommes pas là pour faire 10 millions de chiffre d'affaires", ajoute-t-il. Les jolis petits succès, très peu pour lui. Et pour cause : sa technologie de LED brevetée et unique au monde pourrait révolutionner le marché des écrans dans quelques années. Pour répondre à ces ambitions, la startup s'appuie sur une équipe de plus de 80 personnes, majoritairement dédiée à la R&D. L'objectif : pousser leur technologie à un niveau de maturité suffisant pour devenir la prochaine génération de LED et illuminer tous les écrans : smartphones, télévisions, montres connectées, casques de réalité virtuelle... Ce marché, colossal, est estimé à environ 150 milliards d'euros en 2022, d'après l'institut MarketsandMarkets.

Technologie unique au monde issue du CEA

"Le changement de technologie sur le marché du display [l'affichage mobile, ndlr] va être tel qu'on ne le voit qu'une fois par génération", s'enthousiasme l'entrepreneur. Aledia développe des diodes électroluminescentes, ou LED, sur la base d'une architecture 3D qui provient du laboratoire d'électronique et de technologie de l'information (Leti) du CEA. La startup développe une technologie brevetée de microfils baptisés WireLED, posés sur des substrats en silicium. Cette nouvelle génération de LED présente une meilleure efficacité énergétique et plus de brillance que les cristaux à liquide et l'OLED, les technologies qui illuminent actuellement les écrans.

"Les technologies actuelles du marché ne présentent que 5% d'efficacité énergétique, ce qui signifie que le reste de l'énergie consommée part en chaleur. Si l'on arrive à offrir ne serait-ce que 10 ou 15% d'efficacité énergétique, on améliorera déjà largement l'état du marché", expose le dirigeant.

Qui dit économie d'énergie dans la consommation des écrans, dit surtout plus longue autonomie des batteries des smartphones ou encore réduction de la consommation des télévisions et ordinateurs...

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Déjà plus de 80 millions d'euros levés

"Aujourd'hui, en France, on peut lever de l'argent assez facilement pour un projet industriel ou une plateforme. La différence pour les deeptechs, c'est qu'on a besoin des fonds avant d'avoir un produit et des clients. Une fois que le produit est lancé, on n'en a plus besoin", résume l'entrepreneur. Il a déjà levé plus de 80 millions d'euros depuis 2013, un montant qu'il n'estime qu'au tiers de la somme nécessaire pour aboutir au lancement du produit. Le tout, sans que Aledia ne réalise aucune recette, et sans garantie qu'elle en fera.

"C'est un grand pari, et l'Europe n'en fait que trop peu. Elle passe trop de temps à investir pour protéger le passé, et ne garde presque rien pour investir dans l'avenir", regrette Giorgio Anania, qui a levé plus d'un milliard de dollars dans les sept startups sur lesquelles il a travaillé.

Des fonds de deeptech (Braemar Energy Ventures, Demeter Partners, Sofinnova Partners et CEA Investissement) ont investi dans la startup dès 2013, dans une première levée de fonds de 10 millions d'euros. Ils ont ensuite remis au pot, avec cette fois Ikea et l'équipementier automobile Valeo, lors d'un tour de table de 28,4 millions d'euros en 2015. Intel Capital, le fonds de capital-risque du géant de l'électronique, les a rejoints en janvier 2018, au moment d'une troisième levée d'un montant de 30 millions d'euros.

Lancement prévu en 2021... si tout va bien

Aledia espère lancer sa technologie sur le marché à l'été 2021. Elle doit d'ores et déjà s'activer pour mettre en place la chaîne de production, alors même que le produit n'a pas encore atteint la maturité visée. « Si l'on attend de résorber le risque technologique pour se lancer, on arrivera après tout le monde », prévient le fondateur d'Aledia. La jeune pousse a donc acquis une usine à Echirolles, en banlieue de Grenoble, pour développer et démarrer la production initiale de ses microfils brevetés. Pour la fabrication des plaquettes de silicium, elle préfère faire appel à des fonderies établies. "Tout fonctionne déjà dans les usines génériques : les rendements sont optimisés et elles sont capables de produire en masse", développe le dirigeant. L'utilisation du silicium permet de tirer les prix à la baisse. La startup doit cependant anticiper : "Une fonderie met deux ans à se lancer. Dès que nous levons 10 ou 15 millions d'euros, nous lancerons les démarches avec la fonderie. Nous avons ensuite toute une série de leviers à activer par des levées de fonds successives."

Pour conduire le navire dans un contexte aussi risqué, Giorgio Anania compte sur son expérience. Entre 1998 et 2007, il a fait passer l'entreprise d'optique anglaise Bookham (désormais appelée Oclaro) de 100 employés à 5000, avec 300 millions de chiffres d'affaire. Depuis cotée en bourse, l'entreprise a été vendue pour 1,8 milliards de dollars. C'est pourquoi en 2011, lorsque les chercheurs du Leti Philippe Gilet et Xavier Hugon décident de créer une startup pour développer leur technologie, ils l'invitent à se joindre à eux.

Les trois co-fondateurs ont d'abord visé le marché du luminaire (ce qui explique l'implication d'Ikea au capital), puis celui de l'automobile (d'où la présence de Valeo), avant de finalement pivoter sur le marché de l'affichage mobile (avec l'arrivée d'Intel). Trop énergivore pour les deux premiers marchés, les LED d'Aledia se montrent plus performantes sur le nouveau marché du display. Ses concurrents s'appuient sur des technologies LED 2D, versions miniaturisés de celles utilisées pour les luminaires. "Les LED utilisées pour l'éclairage ont 70% d'efficacité. Mais plus on veut les réduire en taille, plus l'efficacité énergétique diminue, jusqu'au point où il n'y a plus raison de les faire", explique Giorgio Anania. Or, les microLED qui équipent les écrans sont dix fois plus fines qu'un cheveu.

Apple, Samsung et LG dans les starting blocks

Parti avec un coup d'avance, Aledia a vu ses concurrents revenir à toute vitesse.

"Qui dit pari important dit affrontement avec des grands groupes avec des grands moyens", observe le fondateur.

Apple et les grands groupes coréens (Samsung, LG) ont les yeux rivés sur le marché. D'autres startups sont aussi dans les starting blocks. Même si Aledia a levé beaucoup d'argent, elle n'a pas eu jusqu'à présent de machine propre pour effectuer ses tests, faute de moyens. Elle utilise les machines du CEA, qu'elle doit partager, et perd ainsi un temps précieux.

L'entreprise entame désormais un nouveau virage : elle va augmenter ses effectifs à plus de 100 personnes d'ici la fin de l'année, et va investir dans des équipements dès cet été. Giorgio Anania n'exclut pas la possibilité d'échouer : "tout le monde a les yeux ouverts sur la situation et connaît les risques", reconnaît-il. Mais si le pari d'Aledia s'avère gagnant, l'entrepreneur lui prédit un destin exceptionnel : « Il s'agit d'un marché gigantesque, avec une possibilité d'exit très importante. Si ça fonctionne, Apple devra débourser non pas un, mais cent milliards pour nous acheter".

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Commentaires
a écrit le 18/04/2019 à 22:38 :
Intéressant cette technologie à led issue du cea, dans les années 70 le cea avait les premiers ingénieurs à travailler sur une caractèristique étonnnante pour l'époque des semi conducteurs d'engendrer de la lumière sans se rendre compte de l'énorme importance de cette découverte, et d'en tirer des brevets aux rendements colossaux.
Dommage, il y a une dizaine d'années des lignes de production modernes et des fonderies ont été liquidées en Normandie, le personnel licencié alors que c'était encore rentable.

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