Recrutement temporaire : Bruce lève 5 millions d'euros pour dominer le marché français

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Adrien Moreira, le cofondateur de la startup Bruce.
Adrien Moreira, le cofondateur de la startup Bruce. (Crédits : DR)
La startup utilise les codes du matching chers aux sites de rencontres pour mettre en relation en temps réel les entreprises avec leurs futurs collaborateurs temporaires. Bruce digitalise totalement le processus du recrutement, de l'entretien vidéo à la signature électronique du contrat.

Avec plus de 500 startups évoluant dans les "RH Tech" ou les technologies pour faciliter le travail des DRH, la France fait figure de pionnier dans le domaine. Dernier exemple en date : Bruce, pépite parisienne spécialisée dans la digitalisation du recrutement des travailleurs temporaires (CDD, intérim), va annoncer une levée de fonds de 5 millions d'euros, auprès de Sofiouest et du Fonds Ambition Numérique géré par Bpifrance dans le cadre du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA).

Recrutement instantané de travailleurs temporaires

Créé en mars 2016 par deux amis, l'entrepreneur Adrien Moreira et l'ingénieur Henrik Perrochon, Bruce s'est lancé dans la digitalisation totale du processus de recrutement.

"Aussi incroyable que cela puisse paraître, il y a deux ans il était impossible de recruter des intérimaires sur Internet. Et de manière générale, le recrutement est un processus long, complexe, marqué par l'envoi de CV papiers, des entretiens... Cela ne correspond plus au travail du XXIè siècle où neuf recrutements sur dix ne sont pas pour un CDI. Il fallait donc rendre le recrutement plus rapide mais aussi plus performant, car on a souvent l'impression que les dès sont pipés et que les postes sont attribués de manière irrationnelle", déclare Adrien Moreira.

Disponible sur un site et sur une application mobile, Bruce est donc une plateforme qui permet aux employeurs et aux demandeurs d'emplois de "matcher" en fonction de "centaines de critères et de milliers de paramètres" (compétences nécessaires pour le poste, expérience, savoir-être, culture de l'entreprise, localisation...), pondérés par un algorithme maison confectionné par des mathématiciens.

Une fois le "fit" repéré par l'algorithme, l'employeur peut soit laisser Bruce choisir le "meilleur" candidat à sa place, soit directement visionner le CV vidéo des postulants, réalisés en amont, puis demander, si besoin, un entretien vidéo complémentaire in-app. Le contrat est signé électroniquement et la startup prélève une commission qui équivaut "entre 15% et 20%" du salaire versé à la nouvelle recrue.

De leur côté, les candidats reçoivent des notifications en temps réel en cas de jobs compatibles avec leur profil ou de proposition d'emploi. "On apporte énormément de souplesse et on fait gagner beaucoup de temps aux employeurs qui peuvent recruter vite et bien, et aux candidats qui souhaitent des services adaptés aux usages mobiles", précise Adrien Moreira. La qualité des profils est certifiée par un système de notation inspiré d'Uber ou de Airbnb.

Marché énorme, beaucoup de concurrents, une place de leader à chasser

Après une levée d'amorçage de 400.000 euros en 2016, la série A de 5 millions d'euros permettra à Bruce d'accentuer son hyper-croissance. La plateforme revendique 130.000 candidats, dont "un peu plus de la moitié" recrutés de manière totalement organique, grâce à la force du bouche-à-oreille. Bruce revendique aussi "plus d'une centaine" de clients, essentiellement dans le secteur tertiaire (restauration, commerce, services...), répartis entre startups, grosses PME avec des besoins saisonniers de main d'oeuvre, et grands groupes en quête de remplacements de postes ou de recrutements temporaires. Parmi eux figurent Uber, Sephora, Bateaux-Mouches ou encore E-Leclerc.

Pour exister face au "big 3" qui capte 60% du marché français du recrutement temporaire et qui commence à digitaliser leur offre (Adecco, Manpower, Randstad), mais aussi pour faire face à la concurrence des milliers de petites agences spécialisées et de la nuée de startups qui tentent d'innover dans la gestion des ressources humaines (500 fin 2017), Bruce parie sur sa technologie, sur sa capacité à remodeler les usages, et sur son éthique.

"L'approche digitale et algorithmique nous permet de proposer un meilleur service, éthique car basé sur des critères mesurables et objectifs, tout en facturant entre 20% et 50% moins cher que les agences d'intérim", claironne Adrien Moreira.

La levée de fonds devrait ainsi permettre à la jeune startup de recruter en masse, pour passer d'une quinzaine à une cinquantaine d'employés d'ici à la fin de l'année, et jusqu'à 100 fin 2019. L'objectif : améliorer encore la technologie et se déployer en France pour tenter de devenir le leader du très juteux marché du recrutement temporaire, évalué à 27 milliards d'euros d'après Xerfi. Pour cela, Adrien Moreira vise surtout les ETI et les grands comptes.

Dans cette course de fond pour le leadership, où l'argent joue un rôle important pour attirer les talents et mener des campagnes marketing, Bruce part avec un train de retard sur son concurrent Gojob. Cette startup française, qui se définit comme "l'agence d'intérim 100% numérique" a bouclé un tour de table de 17 millions d'euros en février -record à battre dans le secteur- pour s'internationaliser. Mais cela n'effraie pas Victoire Millerand, investisseuse du Fonds Ambition Numérique de Bpifrance:

"Le marché de l'intérim commence à peine sa révolution numérique, les acteurs traditionnels qui le dominent sont très peu digitaux, il y a donc des opportunités d'innover et des parts de marché à prendre. On investit surtout dans l'humain, et je crois que l'équipe de Bruce a les capacités d'aller chercher une place de leader".

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