Kosc, le nouveau trublion des télécoms d’entreprise

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Yann de Prince, le président de Kosc Telecom, et ex-fondateur de l'opérateur Mobius à La Réunion.
Yann de Prince, le président de Kosc Telecom, et ex-fondateur de l'opérateur Mobius à La Réunion. (Crédits : DR)
Pour chambouler le duopole actuel d’Orange et de SFR dans les télécommunications professionnelles, ce nouvel opérateur de gros prépare de nouvelles offres pour la rentrée. Avec l'objectif de baisser les prix dans un marché très peu concurrentiel.

Alors que la concurrence fait rage dans le marché des télécoms grand public, celui à destination des entreprises, lui, est largement dominé par Orange et SFR. Ces deux acteurs ont respectivement la main sur 70% et 20% de ce gâteau, évalué à 10,6 milliards d'euros ! Cette situation préoccupe l'Autorité de la concurrence et l'Arcep, le régulateur des télécoms. Pour de nombreux professionnels - et notamment beaucoup de PME au budget limité -, ce duopole restreint l'offre et maintient des niveaux de prix trop élevés. Le mois dernier dans nos colonnes, Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, a tapé du poing sur la table : « Two is not enough ! », a-t-il lâché. Avant d'affirmer que le régulateur ferait son possible pour favoriser l'émergence d'un troisième acteur sur ce marché stratégique, à l'heure où les entreprises sont de plus en plus dépendantes du numérique.

Ce nouvel acteur, ce « Free des télécoms professionnelles », pourrait bien être Kosc Telecom. Cet opérateur spécialisé dans le marché des entreprises lancera ses premières offres commerciales dans l'Hexagone le 5 septembre prochain, annonce à La Tribune Yann de Prince, son président. Ce dernier est persuadé d'avoir toutes les cartes en main pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière, et remettre en question la mainmise d'Orange et de SFR sur ce marché. Rien que ça !

Les concurrents de Kosc Telecom le prennent très au sérieux. Il faut dire que dans le milieu, Yann de Prince n'est pas un inconnu. Cet entrepreneur installé à La Réunion s'est fait connaître en lançant Mobius, un opérateur local destiné aux professionnels au début des années 2000. Après 14 années à développer son bébé, il l'a revendu au groupe Altice du milliardaire Patrick Drahi en 2014. Or cette même année, ce dernier a racheté SFR, via son opérateur Numericable, pour plus de 13 milliards d'euros. Mais pour boucler le plus gros deal de l'année et obtenir la bénédiction de l'Autorité de la concurrence, Patrick Drahi a dû se séparer de certains actifs-clés. Parmi eux, il y a le réseau Internet fixe de Completel, une de ses précédentes emplettes.

Un réseau de 20.000 kilomètres

Séduit par cet actif, Yann de Prince a monté un consortium (avec notamment OVH, le leader des services de cloud en Europe, ainsi que la BPI, son partenaire dans Mobius), bouclé un tour de table de 24 millions d'euros, et emporté la mise. A ses yeux, le réseau de Completel est le parfait cheval de Troie pour bousculer la concurrence dans les télécoms d'entreprise. De fait, ce réseau de 20.000 kilomètres dispose de ramifications dans tout l'Hexagone. « On est présent dans les 180 plus grandes agglomérations françaises », précise Yann de Prince. Lequel renchérit : « On vient d'injecter 15 millions d'euros pour moderniser ce réseau en fibre optique et doper considérablement sa capacité. »

Réseau Kosc Telecom

Le réseau de Kosc couvre aujourd'hui les 180 plus grandes villes de l'Hexagone. (Photo: DR)

En s'appuyant sur cette toile nationale, Kosc se positionne sur un créneau stratégique. Il revendra uniquement de la connectivité en gros aux opérateurs spécialisés dans les télécoms professionnelles. Et ce sont ces derniers qui proposeront leurs offres Internet très haut débit, au détail, aux entreprises. Avec ce positionnement, Yann de Prince espère tirer son épingle du jeu. « Contrairement à Orange et SFR, qui sont à la fois opérateurs de gros et de détail, nous ne serons jamais concurrents de nos clients », insiste-t-il. Il met ainsi le doigt sur un des « problèmes » du marché actuel. Car aujourd'hui, lorsqu'un opérateur de télécoms professionnelles achète de la connectivité à Orange, il est également en compétition avec lui pour servir les entreprises... Ce qui débouche parfois sur des pratiques commerciales douteuses.

Surtout, alors que les prix pratiqués aujourd'hui sont souvent jugés trop élevés et parfois inadaptées aux PME, Kosc promet des tarifs plus attractifs. A en croire Antoine Fournier, le nouveau DG de Kosc, l'attente est forte du côté des opérateurs télécoms dédiés aux entreprises : « Depuis l'annonce de la création de notre société, entre 50 et 60 opérateurs nous ont déjà contacté. » Yann de Prince enchaîne : « On est en train de faire des devis alors qu'on n'a même pas encore ouvert notre réseau ! », s'amuse-t-il.

Pour faire son nid, Kosc privilégie très clairement les PME, qui peinent souvent à trouver des offres Internet à très haut débit bon marché et adaptées à leurs besoins. Pour ce faire, Kosc juge qu'il n'aura pas de problème à les atteindre dans les zones les moins peuplées du territoire, où des réseaux en fibre optique sont en cours de déploiement et ouverts à tous les acteurs. Mais ce n'est pas le cas dans les grandes villes et les zones très denses, où les grands opérateurs déploient de la fibre à destination du grand public, mais n'ont aucunement l'obligation d'ouvrir leurs réseaux aux opérateurs de télécoms professionnelles.

« Sortir de l'artisanat de luxe »

Pour y avoir accès, Kosc appelle à une révision du cadre réglementaire. Son argumentaire est simple : les règles du jeu concernant le déploiement de la fibre dans tout le pays, via le plan gouvernemental France Très haut débit, ont été pensées pour préserver la concurrence dans les télécoms grand public, mais pas dans les télécoms professionnelles. Un point qui, au passage, n'a pas échappé à l'Arcep. Son président, Sébastien Soriano, n'en fait pas mystère: « Nous voulons profiter du déploiement de la fibre dans tout le pays pour que ce même réseau connecte aussi les entreprises », nous indique-t-il. Ce qui permettra, d'après lui, « de sortir de l'artisanat de luxe » qui caractérise aujourd'hui le marché, et plombe de nombreuses PME. Si Kosc applaudit, il y a fort à parier que les grands opérateurs, Orange et SFR en tête, feront leur possible pour préserver leurs intérêts...

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Commentaires
a écrit le 22/07/2016 à 8:04 :
ca change des geignards qui passent leur temps a hurler que le marche est bloque et qu'en consequence il faut que les gros leur louent gratuitement leur reseau pour qu'ils puissent offrir des offres a 2 euros en tt illimite tt gratuit a leurs clients
( puis qui decouvrent que quand il faut creuser des tranchees, il y a des couts fixes, et que 80% de marge sur 2 euros, ca paye pas...)
pour le reste le prix n'est de loin pas le premier pb des entreprises ( pour peu qu'il reste correct)
Réponse de le 24/07/2016 à 11:09 :
Sauf que c'est du baratin... Il n'a pas ce qu'il prétend avoir. Il est juste là pour faire de l’esbroufe, taper du pognon à la BPI, et revendre le bouzin au plus vite a un autre gogo.. Il a déjà bien expérimenté l'affaire à la réunion, ne faire que geindre contre les autres, et ne rien délivrer a ses clients... on ne peut pas vraiment dire que ce fut un succès, en dehors de sa prise de contrôle du medef local :-)

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