Quand TF1 mise sur des startups pour booster son innovation

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Les startups travailleront sur des thématiques aussi variées que le ciblage publicitaire, l’utilisation des données, ou à la manière d’augmenter le temps passé à consommer des vidéos.
Les startups travailleront sur des thématiques aussi variées que le ciblage publicitaire, l’utilisation des données, ou à la manière d’augmenter le temps passé à consommer des vidéos. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Confronté à la concurrence des chaînes de la TNT et à la montée en puissance des géants du Net, le groupe audiovisuel mise sur de jeunes pousses spécialisées dans les médias pour déployer de nouvelles offres et services.

C'est désormais un classique. Pour ne pas se faire emporter par le raz-de-marée de la révolution numérique, les grands groupes font de plus en plus appel aux startups pour se renouveler et dénicher de nouveaux services. Là où, par le passé, les grosses sociétés s'en remettaient à leurs lourds services de recherche-développement pour damer le pion à la concurrence, ils sont nombreux, désormais, à miser sur de jeunes startups pour doper leur innovation. Il faut dire que dans bien des domaines, les jeunes pousses du digital sont non seulement perçues comme des pourvoyeuses d'idées neuves, mais permettent aussi d'injecter une bonne dose d'agilité chez des mastodontes qui pâtissent de leurs longs et complexes processus de décisions.

Sous ce prisme, il n'est finalement guère surprenant de voir le paquebot TF1 miser sur les vedettes de l'écosystème des startups. Le 31 août dernier, le géant de l'audiovisuel a annoncé un partenariat avec Paris&Co, l'agence de développement économique et de l'innovation de Paris. But de la manœuvre ? Créer un incubateur de quatre à cinq startups spécialisées dans les médias pour développer de nouveaux produits et services au sein du géant audiovisuel. La démarche ne cible pas un métier du groupe en particulier. Tous, de la régie publicitaire, au pôle digital en passant par le téléshopping ou la vidéo à la demande, sont possiblement concernés par les propositions des startuppers, qui disposent ainsi d'un très vaste terrain de jeu.  Olivier Abecassis, DG d'eTF1 et de l'innovation du groupe, explique :

« On a listé des sujets liés à des problématiques concrètes, liées au ciblage publicitaire, à l'utilisation des données, ou à la manière d'augmenter le temps passé à consommer des vidéos. Mais nous n'avons pas écrit les réponses. On veut laisser les startups identifier des solutions qu'on n'attendait pas. »

Un accompagnement sur mesure

Le processus sera éclair. De fait, une fois que les startups auront été sélectionnées, à l'automne, elles disposeront d'un an pour développer et si possible démocratiser leurs solutions. Les jeunes pousses seront hébergées au Cargo, le nouvel incubateur géant qui va voir le jour au mois de novembre dans la capitale, où Paris&Co disposera d'un espace. Côté encadrement, l'agence mettra ses « poissons pilotes » à disposition pour accompagner les startups dans leur développement, et notamment réussir, par exemple, une première levée de fonds. TF1, pour sa part, mobilisera des « opérationnels », c'est-à-dire des experts métiers directement concernés par les innovations potentielles. Ces derniers auront été sélectionnés, en amont, sur initiative de la direction de l'innovation de TF1 - véritable courroie de transmission entre les startups et les différentes branches du groupe - détaille Olivier Abecassis.

Le groupe audiovisuel compte bien profiter de l'aura de Paris&Co pour dénicher des pépites. L'agence, qui accompagne déjà 180 startups dans la capitale, dispose en effet d'un gros carnet d'adresse, couplé à une bonne connaissance de l'écosystème. Surtout, elle mène déjà une expérience similaire avec le groupe Amaury. « Au printemps dernier, on a lancé le programme Amaury Lab, qui permet à quatre startups de développer de nouveaux services, notamment pour les différents supports de L'Equipe », explique Catherine Peyrot, chef de projet à Paris&Co. Pour l'heure, plusieurs services sont en test ou en développement. Parmi eux, on trouve une application liée au e-sport (ou sport électronique, basé sur l'organisation et la diffusion de compétitions de jeux vidéo multi-joueurs), ou une autre basée sur l'utilisation des données personnelles pour pousser des articles sur une page Web en fonction des goûts et affinités du lecteur.

Accélérer la transformation digitale

Chez TF1, la démarche apparaît stratégique. Elle s'inscrit dans le souhait du groupe de mettre un coup d'accélérateur sur le front du numérique, à l'heure où les individus, autrefois focalisés sur le petit écran, consomment toujours plus de vidéos sur leurs smartphones et autres tablettes. Même si le groupe revendique « une position de leader confortable », nous dit-on chez TF1, celui-ci cherche à « adapter son modèle » face à la montée en puissance des chaînes de la TNT ou des géants du Net comme Youtube. Avec 20,5% de part d'audience réalisé en juillet, la « Une » a signé l'audience la plus faible de son histoire, et un onzième mois consécutif de baisse par rapport aux mêmes mois l'an passé. A l'AFP, le consultant en nouveaux médias Pascal Lechevallier y voit la conséquence d'un manque d'innovation et d'investissement. Pour lui, la première chaîne se contente de « gérer le business », alors que « l'environnement audiovisuel est en mutation permanente ». Dans ce contexte, les startups de ce « TF1 Lab » incarnent la volonté du groupe d'accélérer sa transformation digitale. Les « petits » n'ont décidément jamais eu autant la cote...

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Commentaires
a écrit le 10/09/2015 à 18:36 :
La presse en générale devient un tremplin pour capter du consommateur pour lui vendre d'autres produits. Ce tremplin qui a perdu de son acuité pour cause de clientélisme ne délivre plus que de l'information banalisée en flux ordinaire d'agences. Ayant perdu toute réalité la presse perdra toute valeur en devenant gratuite. Le client, s'il achète assez, disposera de la presse de son choix avec les rubriques de son choix, gratuitement, comme il disposera des ses communications téléphoniques de la même manière et pour les même raisons. Peut-être sera-t-il assuré gratuitement ou éclairé de même ? Son portable ou autre "device" d'ultra terminal lui seront fournis pour l'euro symbolique. Amazon a déjà commencé sur cette pente. Ainsi TF1 n'échappe pas au processus, remontant le cours des choses dans un autre sens. Ce qui semble le plus étonnant c'est ce refus d'admettre que la stratégie Amazon étant la meilleure du monde, il y a lieu, comme cela se pratique dans bien des domaines, de l'imiter frontalement. Non, on ne sait pourquoi tous tournent autour en prétendant ne pas vouloir faire ce qu'ils font déjà et seront encore plus obligés de faire. L'américain gagne à cette timidité incroyable, car, paradoxalement, il perdrait si l'on acceptait d'admettre, en l'imitant, qu'il est le meilleur.

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