Une startup pousse les Berlinois dans les champs

La jeune société Ackerhelden, littéralement « les héros des champs », met à disposition des citadins un lopin de terre, une série de plants — bio et locaux —, ainsi que tout l’équipement du parfait cultivateur. L’offre profite de l’engouement actuel pour l’agriculture urbaine.

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Birger Block (à gauche) et Tobias Paulert (à droite) fondateur d'Ackerhelden.
Birger Block (à gauche) et Tobias Paulert (à droite) fondateur d'Ackerhelden. (Crédits : DR)

Salades, choux raves, blettes, radis, pommes de terre... Chaque visite commence par le classique état des lieux du potager.

« Nos salades sont les plus belles de la rangée », s'enthousiasme Anya Kanitz, les pieds plantés devant quatre jolies laitues.

Anya, sa sœur Jule et leur amie Tina Weidenmüller viennent deux fois par semaine, ensemble ou séparément, cultiver leur parcelle de terre. Un lopin de 40 m² qu'elles bêchent, arrosent, et débarrassent de ses mauvaises herbes. Avant de ramener dans leurs besaces le produit de leur récolte, aujourd'hui composée de quelques radis et salades.

Nous sommes à Teltow, dans la banlieue sud de la capitale allemande, station terminus de la ligne de S-Bahn, le RER berlinois. Le terrain, loué à un agriculteur local, est mis à leur disposition entre mi-mai et fin novembre par Ackerhelden. L'entreprise se charge également de leur fournir tout l'équipement nécessaire ainsi que les plants, biologiques et locaux, pour un forfait annuel de 248 euros.

Les légumes ne poussent pas dans des conserves

L'entreprise a été fondée fin 2012 par deux amis originaires du bassin de la Ruhr, Tobias Paulert et Birger Brock, qui se sont rencontrés sur les bancs de l'école. Leur credo: rapprocher les consommateurs du mode de production des aliments. Leur public cible: les citadins.

« L'idée existait déjà à Vienne dans les années 1980, mais sans la livraison des plants et le conseil », rappelle Tobias Paulert.

Ce qui ressemble fort au modèle des jardins partagés ou ouvriers sort ici de la structure associative pour entrer sur le terrain commercial.

« Nos clients ne sont pas seulement des acheteurs classiques de produits bio - des parents entre 35 et 45 ans avec enfants -, mais aussi des plus jeunes, des étudiants séduits par le concept », explique Tobias Paulert.

 «  Beaucoup de familles viennent avec leurs enfants. Ces derniers découvrent que les légumes ne poussent pas dans des conserves au supermarché ! », raconte Jule, tout en arrosant ses salades.

Les trois amies, toutes citadines, en sont à leur deuxième saison. Elles ont appris les rudiments de la culture, par exemple à reconnaître les mauvaises herbes des jeunes pousses. Si leur récolte ne suffit cependant pas à remplir leurs garde-manger, leur potager leur offre une activité de plein air, un sas de décompression.

« Cela permet de me vider la tête », confie Jule, scénographe de profession.

La jeune entreprise s'est agrandie et compte cette année 18 sites en Allemagne, contre trois à son lancement, pour presque 2.500 clients en 2014. Ackerhelden, qui compte trois employés à temps plein et un salarié à temps partiel, estime atteindre la rentabilité l'année prochaine. Et voit déjà plus grand.

« On a noté un intérêt dans toutes les grandes villes allemandes, mais aussi en Suisse ou encore aux Pays-Bas », explique Tobias Paulert.

Reste à trouver des surfaces adéquates disponibles à proximité des grandes agglomérations :

« Les terrains biologiques sont difficiles à trouver. Et les terres agricoles reculent au profit de l'immobilier... »

Après plusieurs recherches, l'entreprise a trouvé finalement un terrain dans la Ruhr, où la demande est forte... mais doit maintenant attendre trois ans, le temps de convertir la terre à l'agriculture biologique, avant d'y lancer son service. L'entreprise, qui s'est jusqu'ici complètement autofinancée, cherche également des fonds:

« Nous sommes en contact avec des partenaires financiers, notamment en France », précise l'entrepreneur.

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