Télécoms : la Chine à l’assaut de l’Afrique

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En septembre dernier, Xi Jinping, le président chinois, a affirmé que l’empire du Milieu consacrerait 60 milliards de dollars au développement économique du continent. Une enveloppe qui devrait profiter à l'industrie des télécoms.
En septembre dernier, Xi Jinping, le président chinois, a affirmé que l’empire du Milieu consacrerait 60 milliards de dollars au développement économique du continent. Une enveloppe qui devrait profiter à l'industrie des télécoms. (Crédits : Jason Lee)
Depuis une quinzaine d’années, les groupes chinois multiplient les investissements dans les équipements télécoms et autre câbles sous-marins en Afrique. Aux yeux de Pékin, ces infrastructures sont essentielles pour soutenir ses activités dans d’autres secteurs clés du continent, à l’instar des mines ou de l’agro-business.

Ils sont venus en force. Au Cap (Afrique du Sud), la semaine dernière, les entreprises chinoises étaient particulièrement nombreuses à Africacom, le plus grand événement dédié aux télécoms africaines. Équipementiers, opérateurs, spécialistes de la fibre optique ou des antennes mobiles, les industriels chinois sont venus en masse pour présenter leurs produits et, bien sûr, les écouler. Une déferlante qui, si elle ne date pas d'hier, a ébahi beaucoup d'observateurs. « L'importance des entreprises chinoises, c'est impressionnant, lâche un cadre d'un gros industriel français. Ils colonisent tout. »

Parmi les grandes entreprises chinoises présentes en Afrique, les équipementiers Huawei et ZTE font figure de leaders. Au Nigeria, au Congo, au Mali, au Cameroun, en Côte d'Ivoire ou encore en Tunisie, les deux géants ont multiplié, ces dernières années, les chantiers de déploiement de fibre optique et d'autres infrastructures dédiées à l'Internet fixe ou au mobile. En parallèle, un autre segment intéresse au plus haut point les groupes chinois : les câbles sous-marins.

À Africacom, la société Hengtong a notamment présenté le chantier d'un nouveau câble qui va relier, d'ici 2020, le Pakistan, Djibouti, le Kenya, l'Égypte et la France. Long de 12.000 km, il sera, plus tard, doté d'une extension vers l'Afrique du Sud. Baptisé PEACE ("Pakistan and East Africa Connecting Europe"), ce câble atterrira à Marseille. L'opérateur français Orange participe au projet, et disposera de capacité sur cette infrastructure.

PEACE, le premier câble des routes de la soie

Directeur des réseaux internationaux du numéro un français des télécoms, Jean-Luc Vuillemin explique pourquoi PEACE est si important aux yeux de Pékin.

« Il s'agit du premier câble des 'nouvelles routes de la soie', ces corridors logistiques qui visent à emmener les marchandises chinoises en Europe », constate-t-il.

PEACE permettra d'une part d'accompagner les entreprises chinoises qui utilisent la voie maritime pour exporter leurs marchandises, s'implanter, et de mener leurs affaires en Europe et en Afrique. Toutes ces sociétés, dans tous les secteurs, ont besoin de s'appuyer sur des infrastructures télécoms fiables et performantes. D'autre part, ce câble doit fournir aux géants chinois du Net, les fameux BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi), un moyen de commercialiser leurs services sur le Vieux Continent et en Afrique. Et ainsi concurrencer leurs grands rivaux américains Google, Amazon, Facebook ou Apple.

Jean-Luc Vuillemin le rappelle : « Les réseaux de câbles sont souvent le reflet des flux d'échanges physiques qui existent à d'autres niveaux. » Dans ce domaine, les infrastructures affichées à Africacom par China Mobile, le plus grand opérateur du monde avec 880 millions d'abonnés, illustrent à merveille l'offensive économique de Pékin. Sur son stand, une carte de ses câbles intercontinentaux montre bien la volonté de la Chine de se projeter, via ses "nouvelles routes de la soie" terrestres et maritimes, en Europe et en Afrique.

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China Telecom

La carte des câbles terrestres et sous-marins de China Telecom illustre la politique économique de Pékin, qui veut écouler plus de marchandises et de services en Europe et en Afrique. (Crédits: DR)

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En Afrique, le déploiement des infrastructures télécoms est jugé essentiel par Pékin pour se développer dans des secteurs stratégiques, comme les mines (dont celles des métaux rares, essentiels pour la plupart des produits high-tech, par exemple) et l'agro-business.

« Les réseaux Internet fixe et mobile sont un catalyseur pour soutenir d'autres secteurs, explique Jean-Michel Huet, spécialiste des télécoms africaines chez BearingPoint. Lorsque vous exploitez des mines dans un pays, celles-ci se trouvent souvent à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale. Pour l'extraction comme pour l'exportation du minerai, vous avez besoin de moyens de communiquer. »

Les investissements chinois dans les télécoms africaines devraient se poursuivre dans les années à venir, dans le sillage de l'essor d'autres activités industrielles. En septembre dernier, Xi Jinping, le président chinois, a affirmé que l'empire du Milieu consacrerait 60 milliards de dollars au développement économique du continent. Toutefois, « l'aide » chinoise fait de plus en plus grincer des dents. De nombreux observateurs fustigent la politique de Pékin, qui repose souvent sur des prêts aux États. Au point que ces derniers se retrouvent parfois dans une inquiétante situation de dépendance économique. À l'instar de Djibouti, qui accueille une grosse base navale chinoise, et dont la dette publique extérieure a bondi de 50% à 85% du PIB en deux ans.

Lire aussi : La Chine est-elle en train de faire main basse sur l'Afrique ?

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a écrit le 20/11/2018 à 14:42 :
Sans être spécialiste des stratégies géopolitiques, j'aurais tendance à croire qu'ils ont une stratégie de conquête commerciale. Vu qu’ils sont 1,3 Milliards, ils peuvent se le permettre.
Encore plus inquiétant, d'après un article : https://www.jeuneafrique.com/625631/politique/ventes-darmes-et-securite-privee-la-face-cachee-de-la-chinafrique/
Et pendant ce temps des guignols passent leur temps à diviser l'UE et à se lamenter sur le vieux temps où la France était seule maitresse au monde. Ou quelque chose dans ce genre, on ne se sait plus trop tellement les histoires ont été réécrites et les politiques ont été menées à géométrie variable.
Il serait temps de revenir les pieds sur terre et de conforter des accords, au lieu de se croire en terrain conquis. Tant que l’on a l’avantage de la multiplicité de l’offre et des liens historiques avec des pays partenaires. Pour combien de temps ?
a écrit le 20/11/2018 à 14:16 :
Merci à Apple et au gouvernement de Taiwan pour avoir créé de toute pièce une industrie du smartphone sur le continent chinois.
a écrit le 20/11/2018 à 8:57 :
les africains se vendent corps et ame aux chinois..... quand ca va derouiller, ils vont la prendre profond, et ca se passera moins bien qu'avec les colonisateurs qu'il etait assez facile de culpabiliser finalement.....
il sera bienentendu exclu que les europeens interviennent, et encore plus qu'ils recuperent joyeusement la misere......
Réponse de le 20/11/2018 à 11:52 :
L'Afrique pillée par les Européens, les Américains ou se vendre aux Chinois, où est la différence ? sauf peut être que d'ans l'action de "se vendre", il y a un acte volontaire.
Réponse de le 20/11/2018 à 17:21 :
Les chinois viennent chercher en Afrique les matière premières dont ils ont besoin et que les africains ont en quantité. Et ça ne date pas d'hier.

En échange ils vendent les produits basiques mais pas cher, qui correspondent à ce dont un pays en voie de développement à besoin et qu'il peut se payer. Le basique allant maintenant de la cuvette en plastique au standard téléphonique en passant par le pont et l'armement.

Ça change des ex-colonisateurs qui ont déserté le continent pendant 20 ans. Et quand la France faisait l'aumône d'un plans d'aides. Il était invariablement assorti de conditions qui renvoyaient immédiatement l'argent dans les caisses des entreprises françaises, ou du dirigeant local corrompu.Le pays avait quelques tracteurs mais pas de pièces détachées, ou alors un hôtel luxueux que personne ne pouvait s'offrir, ou un lambeau d'autoroute encadré par de la piste ondulée.

Il ne faut pas en déduire que les chinois sont aimés.
En général les locaux n'arrivent pas à comprendre les chinois qui ont des méthodes de travail très dures, parlent peu la langue locale, et qui de plus ont un esprit communautaire très fort qui les éloigne des africains.

Périodiquement il se produit des heurts dont les chinois font les frais. Mais ils sont obstinés, courbent la tête et continuent de faire du business et deviennent sinon riches, du moins prospères.
a écrit le 19/11/2018 à 23:40 :
Pardon.Vous avez raison ,l'Algérie ne vend presque que du pétrole et du gaz ce qui explique les chiffres des importations de la Chine .
a écrit le 19/11/2018 à 23:33 :
Écrire que 98 % du gaz et du pétrole algérien sont exportés vers la Chine
decriblise votre message ! Nul !


Réponse de le 20/11/2018 à 16:12 :
@filou
Je pense que vous devriez relire mon commentaire plus calmement.
Parts des exportations algériennes d’hydrocarbures et raffinés vers la Chine :
https://atlas.media.mit.edu/fr/visualize/tree_map/hs92/export/dza/chn/show/2016/
Pour les hydrocarbures, les échanges se font en fonction des ressources naturelles et des affinités économiques et (ou) stratégiques. La proximité joue aussi puisque qu’elle permet de réduire les coûts grâce à des circuits courts, plus rapides et faciles à protéger.
Raisons pour lesquelles l’Italie, la Grèce, l’Espagne et la France consomment beaucoup de gaz provenant d’Algérie.
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Pour le bois, la Chine a bien d’immenses forêts, mais préfère dépouiller les autres continents. Idem pour certains minéraux. Jusqu’à faire d’énormes stocks stratégiques et influer sur les cours.
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Le problème est que la Chine ne crée pas de valeur ajoutée, ni des richesses industrielles, y’a pas de donnant-donnant, juste du pillage. Tous les emplois créés par la Chine, qu’ils profitent à des chinois ou à des africains, ne permettent pas à l’Afrique d’accéder à des technologies industrielles. Celle-ci doit ensuite réimporter des produits finis depuis les usines chinoises disséminées en Asie.
Ce déséquilibre existe aussi avec l’Europe, avec une ampleur bien moindre.
C’est l’Occident qui crée des emplois durables en Afrique, pas la Chine qui est plutôt orientée vers la destruction durable.
Si ça continue, le sol africain va ressembler à celui de la Lune.
La Chine n’importe quasiment que des matières brutes depuis le Burkina-Faso.
La France importe depuis de nombreux secteurs industriels burkinabés des produits-finis ou semi-finis. Tels que des pièces mécaniques (~10%) et des machines + outils + électronique (~5%), des fruits et coques transformés + vins + alcools + levure et confitures (~3,5%), des matelas, des peluches, des sacs d’emballages.
Le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne n’importent pas ou peu de produits depuis le Burkina Faso, au contraire des Etats-Unis qui importent des pièces mécaniques, des machines et de l’informatique, des peintures, des costumes, des couvre-lits.
Donc au Burkina, la France et les Etats-Unis font le job. Pas les autres !
Pour la Suisse, c’est 94% d’or et 6% de coton dans leurs importations depuis cette petite nation d’Afrique, et cet or finira certainement majoritairement vers la Chine.
https://atlas.media.mit.edu/fr/visualize/tree_map/hs92/import/che/bfa/show/2016/
https://atlas.media.mit.edu/fr/visualize/tree_map/hs92/export/che/chn/show/2016/
a écrit le 19/11/2018 à 20:09 :
Importations chinoises en 2106, depuis quelques nations d’Afrique :
Les premières par ordre alphabétique :
(En pourcentage du total des importations chinoises depuis la nation nommée)
Afrique du Sud : Or 45% - Platine 7,4% - Diamants 6,3% - Minerais de Fer 13%
Algérie : pétrole et gaz 98%
Burkina Faso : zinc 40% - coton brut 24% - graines 13% - coques 6% - fil de fer 6,6%.
Burundi : Niobium, Tantale, Vanadium et Zirconium 50% - thé 39% - café 6,6%.
Benin : bois bruts : 41% - bois sciés 12% - coton 25% - ferrailles 3,7% - fers 11,3%.
Cameroun : bois bruts : 34% - bois sciés 15% - pétrole 32% - coton 15%.
Rép. Centrafricaine : bois bruts : 74% - bois sciés 23%
Rép. Du Congo : pétrole 92% - bois bruts : 6,3% - bois sciés 1,1%
Rép. Dém. du Congo : Cuivre 46,8% - Cobalt 46,3% - Pétrole 4,6%
(données extraites de l'Atlas Mondial)
Aucune création de valeurs ajoutées. Cette réalité est bien moins glamour que "la route de la soie".
Ce n'est pas l'écosystème, mais lesconsystème !
Réponse de le 21/11/2018 à 11:28 :
Chinois et occidentaux même combat en Afrique.
Uniquement là pour leurs développements respectifs
a écrit le 19/11/2018 à 19:08 :
La France n'en veut pas.

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