En Afrique, Orange fait le pari de la diversification

Alioune Ndiaye
DR
En Afrique, Orange trouve son costume d'opérateur télécoms trop étroit. Il n'hésite pas à se lancer dans des domaines comme la banque, l'énergie ou l'agriculture. C'est ce qu'a souligné Alioune Ndiaye, le patron d'Orange Afrique, ce mardi au Cap (Afrique du Sud), au salon Africacom, le plus grand événement dédié aux télécoms du continent. Pourquoi l'opérateur cherche-t-il à se diversifier dans des secteurs qui semblent, au premier abord, bien éloignés de son coeur de métier? Parce qu'Orange, qui est présent dans 20 pays d'Afrique, est notamment confronté à la baisse de ses revenus historiques issus de la voix, des SMS et autres appels internationaux. La faute aux services Internet comme WhatsApp, dont la démocratisation pèse sur son chiffre d'affaires.
Pour se relancer, Orange a choisi d'investir dans de nouvelles activités. Lancé en 2008 en Côte d'Ivoire, sa solution de paiement mobile Orange Money compte désormais 40 millions de clients dans 17 pays. Alors qu'une grande partie de la population ne dispose pas de compte en banque, son service permet, pêle-mêle, d'envoyer de l'argent à un proche, de payer les frais de scolarité ou encore de s'acquitter de certains impôts. Mais Orange ne veut pas en rester là. A moyen terme, l'opérateur veut notamment proposer du microcrédit (de 1,5 à 100 euros) et des assurances. Pour arriver à ses fins, l'opérateur a demandé une licence bancaire auprès de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), qui compte plusieurs pays où il est implanté (comme le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée ou le Mali).
En Afrique, Orange accélère dans un autre domaine: l'énergie. Depuis l'an dernier, l'opérateur commercialise, à partir de 15 euros par mois, un kit comprenant une batterie et un panneau solaire. Il permet aux habitants des zones rurales d'accéder chez eux à l'électricité. Cette solution leur permet d'alimenter des lampes, un téléviseur, et, bien sûr, de recharger des téléphones. Ce service, dont le paiement s'effectue via Orange Money, est aujourd'hui disponible au Congo, à Madagascar, au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso. Aujourd'hui, Orange revendique un peu moins de 10.000 clients pour ce service. Il espère passer la barre des 50.000 fidèles d'ici la fin de l'année prochaine.
Orange veut aussi jouer un rôle dans l'agriculture. Sur ce front, l'opérateur fournit, grâce au mobile, des informations à environ 600.000 agriculteurs au Mali et en Côte d'Ivoire.
D'après lui, ce service leur permet d'augmenter leurs revenus "de 15% à 30%".
Aux dires d'Alioune Ndiaye, ces initiatives visent à transformer Orange, à terme, en "opérateur multi-services". Le patron d'Orange Afrique se situe, ainsi, en ligne avec son prédécesseur, Bruno Metling. Il y a deux ans, ce dernier s'estimait "convaincu", dans nos colonnes, qu'à l'horizon 2050, "ces nouvelles activités seront plus importantes que la connectivité dans le compte de résultat". Sachant qu'en 2017, Orange Money représentait 241 millions d'euros en termes de chiffres d'affaires - c'est-à-dire une goutte d'eau sur les 5 milliards générés par Orange Afrique sur l'exercice.
Quoi qu'il en soit, ces nouveaux services constituent aussi pour l'opérateur, qui revendique 120 millions de clients sur le continent, un moyen d'en ferrer et d'en fidéliser de nouveaux. Un impératif puisque l'Afrique est pour lui un marché de volume, où le revenu moyen par utilisateur est faible (entre 4 et 6 dollars).
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.

À lire également
Pour doper son nombre de clients, Orange a notamment affirmé, à Africacom, qu'il proposerait "une nouvelle catégorie de téléphones intelligents" début 2019. D'après l'opérateur, ces terminaux fonctionneront sous le système d'exploitation KaiOS, "qui crée un écosystème émergent de produits et de services numériques à un prix très attractif". Orange précise que les clients pourront utiliser l'Assistant Google "en français, en anglais et en arabe" afin de "surmonter les obstacles en matière de langue et d'alphabétisation". Cela permettra à l'industriel de s'adresser aux populations illettrées, parfois très importantes dans certains pays africains.
Rachat de SFR : les discussions se prolongent encore 48 heures avec Bouygues Telecom, Free et Orange
« Affaire Doctolib » : pas de vente de données aux géants américains, mais un modèle d'hébergement à clarifier
Anthropic veut instaurer une « pédale de frein » dans la course mondiale à l’IA
« Anticiper le coût du token sur cinq ans, c’est impossible » : les entreprises face à l'explosion de la facture de l'IA