Ubisoft fortifie sa ligne Guillemot

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Devant les salariés et les actionnaires, Yves Guillemot a une nouvelle fois plaidé pour « l'indépendance » d'Ubisoft.
Devant les salariés et les actionnaires, Yves Guillemot a une nouvelle fois plaidé pour « l'indépendance » d'Ubisoft. (Crédits : JONATHAN ALCORN)
Jeudi, lors de l’AG très médiatisée de l’éditeur de jeux vidéo, beaucoup s’attendaient à un bras de fer entre le clan Guillemot, son fondateur, et son premier actionnaire Vivendi. Mais le géant des médias a refusé toute confrontation directe, laissant à son rival l’occasion de renforcer ses défenses.

Pendant le vote de la résolution concernant son renouvellement au conseil d'administration, Yves Guillemot, le Pdg d'Ubisoft, fait montre d'un calme olympien. Le temps que les actionnaires se prononcent, les haut-parleurs envoient quelques notes de « La femme d'argent » de Air. Puis le résultat tombe : 65% des votes pour, moins de 9% contre, et une abstention proche de 26% - en grande partie due à celle de Vivendi, premier actionnaire du groupe à hauteur de 22,8%. Yves Guillemot esquisse un large sourire, et les nombreux salariés présents dans la salle, arborant fièrement des t-shirts « We are Ubisoft », embrayent sur un tonnerre d'applaudissements. Pas question pour eux de bouder leur plaisir, même si ce vote ressemble plus à un « ouf » de soulagement qu'à une victoire contre l'envahissant Vivendi.

Jeudi après-midi, quelque 400 actionnaires, salariés, analystes et journalistes assistaient à l'AG d'Ubisoft, au Novotel de Bagnolet. Dans un contexte électrique, marqué par l'offensive du Vivendi de Vincent Bolloré au capital de l'éditeur, le clan Guillemot - qui est remonté à 13,22% du capital et s'active pour garder son bébé -, s'était préparé à faire face aux assauts du géant des médias.

Vivendi fait profil bas

En avril dernier, Vivendi avait mis le feu aux poudres. Dans un communiqué, il envisageait « de demander une recomposition du conseil d'administration [d'Ubisoft] en vue, notamment, d'y obtenir une représentation cohérente avec sa position actionnariale ». Aux yeux de tous, Vincent Bolloré saisirait l'opportunité de l'AG de jeudi pour faire son nid dans l'instance dirigeante. Une menace qui faisait trembler la famille Guillemot, déjà dépossédée en mai dernier par Vivendi d'une de ses pépites : l'éditeur de jeux vidéo sur mobile Gameloft.

     >Lire aussi: OPA de Bolloré sur Gameloft : la stratégie du boa

Et pourtant, hier, Vincent Bolloré n'a rien tenté. François Biziaux, son directeur en droit boursier présent dans la salle, n'a pas demandé le micro pour réclamer une place au conseil, ni même pour interpeller publiquement Yves Guillemot.

En terrain conquis, et épaulé par une armada de développeurs et de programmeurs venus défendre sa cause, le Pdg ne s'est, lui, pas fait prier pour dézinguer son rival gênant. Devant les salariés et les actionnaires, il a une nouvelle fois plaidé pour « l'indépendance » d'Ubisoft, qu'il perçoit comme un impératif pour assurer la croissance et l'avenir du groupe. « Voilà pourquoi Vivendi ne correspond pas à notre futur », a embrayé Alain Martinez, son directeur financier :

« Il y a un problème de conflit d'intérêts car on est sur des secteurs relativement proches, et on veut être capable de faire des choix dans l'intérêt de notre entreprise, et pas dans celui de Vivendi », a-t-il insisté. « On travaille régulièrement avec Universal Music [filiale du groupe de médias, Ndlr], illustre Yves Guillemot. Mais on ne voudrait pas que cette relation devienne exclusive. On veut garder la possibilité de travailler avec BMG ou Sony Music, par exemple. C'est pour ça qu'on pense qu'il est difficile d'avoir un concurrent dans notre 'board'. »

Un cours « multiplié par 18 »

Mais, au-delà des mots, rien ne vaut quelques chiffres alléchants pour rassurer les actionnaires. C'est pourquoi Yves Guillemot a, dès le début de l'AG, mis l'accent sur les objectifs du groupe, qui parie sur un chiffre d'affaires de 2,2 milliards d'euros pour l'exercice 2018-2019, en hausse de 60% par rapport à l'exercice 2015-2016. Surtout, « depuis notre introduction en Bourse [en 1996, Ndlr], le cours de l'action a été multiplié par 18 », a clamé le Pdg.

Son message a fait mouche, puisque ses principales résolutions (dont le renouvellement de son mandat et de celui de son frère Gérard Guillemot) ont été adoptées. Seules celles concernant la distribution d'actions gratuites ou de rémunérations en nature ont été retoquées. Ces résolutions, exceptionnelles, n'ont pas atteint les deux tiers des voix requises, et ceci est dû en grande partie à l'abstention de Vivendi. Un petit camouflet qui a d'emblée été exploité par Yves Guillemot. A ses yeux, c'est la preuve que Vivendi ne comprend rien au métier d'éditeur.

« Dans notre métier, il est très important d'avoir ces outils pour attirer et retenir les talents », assure-t-il.

Menaces discrètes

Reste que si les frères Guillemot ont profité de l'apathie de Vivendi, ils n'en demeurent pas moins sous pression. Car, au terme de l'AG, le groupe de Vincent Bolloré s'est fendu d'un communiqué menaçant. Arguant qu'il demeure « le premier actionnaire » d'Ubisoft, le géant des médias affirme qu'il est là pour le « long terme ». Surtout, il précise que ses actions bénéficieront d'un droit de vote double à partir de 2017. Progressivement, ses droits de vote pourraient passer de 20,2% à 33,6%, explique un analyste parisien. Ainsi, Vivendi dépasserait le seuil des 30% de déclenchement d'une OPA, à moins de prendre ses dispositions. Quoi qu'il en soit, en brandissant cette perspective, le groupe de Vincent Bolloré montre qu'il ne compte pas du tout relâcher la pression.

Toutefois, la perspective d'une OPA laisse plusieurs observateurs dubitatifs. De fait, en cas d'OPA, Vivendi pourrait débourser quelque 4 milliards d'euros, alors que Vivendi ne possède plus « que » 3 milliards d'euros de cash.

« Certes, Vivendi pourrait s'endetter, dit un autre analyste. Mais une telle opération ne serait pas si facile à justifier pour Vincent Bolloré. Pour rappel, il ne possède que 14% de Vivendi, et il a déjà à faire avec le redressement de Canal+... »

« Ça peut être très bien de sortir ! »

Pour ne pas avoir à débourser autant d'argent, Vincent Bolloré pourrait rester au capital en guettant le bon moment pour intégrer le conseil, avec l'objectif d'en prendre progressivement le contrôle. A ce sujet, un faux pas d'Ubisoft pourrait lui donner l'opportunité de revenir à la charge. En bon financier, Vincent Bolloré pourrait aussi vendre sa participation en encaissant une belle plus-value. Une perspective qui, forcément, réjouirait Yves Guillemot : « Ce qu'on aimerait, c'est qu'ils prennent leur plus-value, glissait-il après l'AG. Ils ont bien travaillé, ils ont assez gagné. Ça peut être très bien de sortir ! » En attendant, charge à lui de trouver davantage de partenaires fiables et fidèles pour garder les portes closes.

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Commentaires
a écrit le 02/10/2016 à 6:58 :
Voilà ce qui arrive quand on met son capital à la bourse......
Le côté obscur de la force arrrive

Bollore va couler avec canal plus d ici quelques mois et ça permettra à la famille guillemot de se sauver
a écrit le 30/09/2016 à 14:01 :
Bah bah bah, c'est pas s'endetter qui va faire peur à un immense visionnaire comme Bolloré hein !

Guillemot t'es foutu Bolloré est dans la rue !

Et ensuite il rachète Twitter à 30 milliards, une affaire qui va finir par lui filer sous le nez je vous le dis moi ! Ah tout ces gauchistes qui empêchent notre capitaine d'industrie de devenir number one...
Réponse de le 30/09/2016 à 15:42 :
En français ça donne quoi votre charabia ??
Réponse de le 01/10/2016 à 11:46 :
C'est du français mais c'est du second degrés.

Second degrés, vous voyez ce que cela veut dire ou bien souhaitez vous que je vous explique ?

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