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France 2030 : hydrogène vert, santé, électronique... Ces filières d'avenir où Auvergne Rhône-Alpes a des cartes à jouer

Zoé Favre d'Anne et Marie Lyan

Publié le 13 décembre 2021 à 14:30 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 02:00

TLF édition 2021 2

Photo d'illustration

DR/Valentin Astier

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Depuis plusieurs mois, les acteurs économiques de la région Auvergne Rhône-Alpes ont déjà activé le moteur de la relance : reprise du PIB, dépassement du niveau d’emploi d’avant-crise… Et ils ont démontré à nouveau, lors du Forum Transformons la France de Lyon jeudi 9 décembre dernier, que le territoire avait encore de sérieux atouts à défendre au sein de plusieurs filières d'avenir pour le plan France 2030 : hydrogène vert, santé, électronique... Objectif : participer à la transformation de l’économie régionale, mais aussi nationale. Un débat à retrouver en vidéo.

« Non, tout ne se décide pas en Ile-de-France ». Ou encore : « l'hydrogène était certes, un pari risqué, mais qui aujourd'hui, aboutit à des filières sur le point de s'industrialiser »... en particulier en Auvergne Rhône-Alpes, une région qui concentrait encore près de 80% des acteurs de la filière, juste avant l'explosion de la filière depuis la crise sanitaire.

Même chose pour la santé, où la crise Covid a fait émerger la nécessité de céder à la révolution de la bioproduction, mais tout en s'assurant de pouvoir aussi produire en France certains actifs jugés stratégiques. Stratégique, comme l'est également d'ailleurs la question des composants électroniques ainsi que des batteries électriques, deux sujets qui sont (ou seront bientôt) produits en Auvergne Rhône-Alpes, en s'appuyant sur deux écosystèmes historiques.

Ce jeudi 9 décembre, à l'occasion du Forum Transformons la France Lyon organisé par la Tribune au Campus Région du Numérique, aura en premier lieu permis de revenir sur des pistes d'avenir, et d'éluder au passage certains clichés.

Avec la conviction également que la relocalisation, devenue le maître mot des politiques publiques et désormais auscultée de toutes parts par les économistes dont notre grand témoin Nicolas Bouzou, ne pourra se faire que sous certaines conditions, déjà analysées par les acteurs économiques du territoire.

Acte 1 : Relocaliser oui, mais en s'appuyant sur l'automatisation

Avec en premier, l'état des lieux : après France Relance, force est de constater que l'on ne peut pas encore parler d'une grande "vague de relocalisation" à l'échelle ce territoire pourtant déjà considéré comme la première région industrielle française... même si de premiers effets sont bien visibles en chiffres : "Auvergne Rhône-Alpes est la première région bénéficiaire du plan France Relance concernant l'industrie. Ce sont au total près de 400 projets industriels qui ont été soutenus et qui vont permettre d'investir 1,3 milliards d'euros", a rappelé Benoît Rochas, sous-préfet à la relance du Rhône.

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Benoît Rochas donne l'exemple de Cirly, entreprise de fabrication de circuits-imprimés basée à Brignais, dont l'aide de France Relance a permis la relocalisation de sa sous-traitance en France.

"On veut réindustrialiser, mais il faut en créer les conditions", a cependant nuancé Jean-Luc Raunicher, président du Medef Auvergne Rhône-Alpes. "Pour relocaliser, il faut les compétences ainsi que de la compétitivité. Ne soyons pas naïfs, ce ne sera pas aisé", nuance le président régional du Medef, qui préconise surtout de se concentrer sur les "filières d'avenir".

Un point de vue que partage l'économiste Nicolas Bouzou, le grand témoin de cette matinée d'échanges : "Ce qui permet la relocalisation, c'est la convergence technologique et notamment d'être capable de donner aux entreprises industrielles françaises la capacité d'investir dans la technologie."

Et de noter : "La relocalisation, c'est un abus de langage, il est encore très rare de ramener en France des usines qu'on a délocalisé au Vietnam il y a 15 ans". Tout l'enjeu étant plutôt de créer les conditions pour accueillir des projets de production au sein des territoires. Et sur ce point, l'économiste note qu'il existe "une fenêtre de tir" à jouer face aux pays émergeants.

D'après Julian Dykiert, directeur général du fabricant de textileChamatex qui a monté un projet d'usine 4.0 en partenariat avec des marques sportives locales (Babolat, Salomon, Millet, etc), l'enjeu est en effet "d'être capable de remplacer la masse salariale d'Asie par de la robotisation, afin de pouvoir réaliser par exemple le même nombre de paires de chaussures, pour le footwear, mais à coûts équivalents".

Sans oublier que l'attractivité de l'emploi demeure également "l'immense problématique du moment. Il faut que tout le monde se mette autour d'un table, car c'est une problématique multifactorielle", affirme de son côté Nicolas Bouzou.

"Aujourd'hui, les besoins pour la relocalisation sont le foncier et le recrutement", abonde Cécilia Tejedor, directrice générale de l'Agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, une structure qui a accompagné près de 150 dossiers pour France Relance.

TLF Lyon édition 2021
Photo d'illustration (Crédits : DR/Valentin Astier)

Les composants électroniques, nouvel or de demain ?

Une fois ce "chapeau" posé, place aux filières d'avenir. Avec, au menu de France 2030, les 6 milliards d'euros accordés à l'industrie des composants électroniques par exemple. Car après l'affaiblissement de la production européenne à seulement 10% du total mondial, il est désormais reconnu comme urgent de doubler la production d'ici 2030 pour atteindre les 20% (là où les Etats-Unis comptent atteindre les 30%, ndlr).

Un domaine sur lequel le tissu régional a tout particulièrement des atouts à avancer, en s'appuyant sur sa Mini-Silicon Valley grenobloise, "qui se trouve dans un rayon de 20 kilomètres autour de Grenoble et qui constitue un grand centre d'innovation, une concentration de chercheurs", définit Laure Quintin, responsable Europe du pôle Minalogic, également VP à la commission Europe de l'AFPC (Association Française des Pôles de Compétitivité).

Fort de ses 25.000 salariés, l'écosystème grenoblois englobe par exemple des compétences majeures dans cette filière désormais reconnue comme stratégique pour la France, et tournées vers l'international. Avec Louvain (Belgique) et Dresdes (Allemagne), Grenoble est d'ailleurs l'un des trois plus grands centres européens sur le sujet des composants électroniques.

Les plans, comme Nano 2022, auront ainsi permis à la filière de poser de premiers jalons, avant la crise sanitaire et ses phénomènes de pénuries : "Que se serait-il passé s'il n'y avait pas eu les différents plans ?", interroge Marc Aid, coordinateur du programme Nano2022 au CEA Leti. "Par exemple, Nano 2022 pour le CEA cela représente un tiers des effectifs. Sans ça, nous n'aurions pas pu poursuivre un certain nombre d'activités et répondre aux attente mondiales ou aux exigences de souveraineté nationale."

"Ces plans ont eu pour nous un impact fondamental et nous ont permis d'investir", abonde José Beriot, directeur des affaires publiques de Soitec. Car "la microélectronique a besoin de deux grands ressorts : l'innovation et l'investissement", rappelle lui-même Marc Aid.

"Grâce à l'innovation, on peut se positionner sur de nouveaux marchés. Par exemple pour la voiture, la demande est là, le marché de l'électrification est nouveau. Il faut pouvoir l'attraper", cite en exemple José Beriot, pour lequelles plans Nano ont aboutit au développement d'une nouvelle génération de substrats en carbure de silicium, destinée à l'électronique de puissance.

Pour David Billon-Lanfrey, directeur stratégie, communication et technologies pour le spécialiste de l'infrarouge Lynred (issu d'une fusion entre Sofradir et Ulis), son chiffre d'affaires "se fait à 80% à l'export vers les États-Unis et la Chine, il nous faut donc demeurer des écosystèmes innovants."

L'Europe, qui finance déjà des programmes cadres de R&D et permet de mutualiser les équipements de recherche, a elle encore un rôle à jouer dans la compétitivité du secteur avec l'European Chip Act, qui vise à donner les conditions d'assurer une souveraineté européenne des composants à compter de 2022. "Pour maintenir une empreinte internationale, il faut désormais coopérer au niveau européen", abonde David Billon-Lanfrey.

La santé : entre bioproduction et relocalisation d'actifs stratégiques

Autre défi : celui de la santé. Car là aussi, l'objectif fixé par le gouvernement est de parvenir à 20 biomédicaments "bleu-blanc-rouge" d'ici à 2030, Florence Agostino-Etchetto, directrice générale de Lyonbiopole, rappelle que dans la domaine de la santé également, "le Covid a fait entrer de nouveaux enjeux de production de solutions thérapeutiques".

Tout en soulignant que la Région Auvergne Rhône-Alpes, particulièrement bien outillée dans ce domaine, compte déjà de grands sites de production et se pose également comme la première région en matière de recherche et développement. "Nous avons tout ici pour contribuer à l'accélération de ce processus", estime Florence Agostino-Etchetto.

Et cette "révolution médicale", appelée par l'exécutif pourrait se traduire à la fois sur le terrain des biomédicaments innovants, d'une part, mais aussi des principes actifs dits traditionnels mais non moins stratégiques de l'autre :

"La crise a mis en exergue que si l'on perd l'amont dans la chaîne de valeurs, cela aura des conséquences sur l'aval et que ce modèle ne résistait pas à la crise", confirme Gildas Barreyre, directeur énergie et affaires publiques de Seqens, qui nourrit lui-même un projet de relocalisation du paracétamol à l'échelle européenne à partir de son site de Roussillon (Nord-Isère), alors que celle-ci avait été délocalisée en Chine en 2008.

Et il le sait déjà : l'une des conditions pour cette relocalisation sera d'être compétitif. "Une usine chinoise de 230 employés produit environ 5.000 tonnes de paracétamol, tandis qu'une usine française de cinquante employés pourrait en produire autant grâce à la robotisation."

De son côté, le groupe Sanofi, pour qui la technologie ARN messager avait d'abord été de mauvaise augure, avec le retard pris par son projet de vaccin contre le Covid, qui a finalement été abandonné il y a quelques semaines, est cependant désormais bien déterminé à prendre le virage.

Quoi qu'il en coûte ou presque, avec d'une part, son projet de nouvelle usine de bioproduction à Neuville-sur-Saône, mais aussi le développement de 6 candidats-vaccins à ARNm à destination d'autres pathologies. Car il n'y pas que le Covid, comme le rappelle le laboratoire, qui souhaite miser sur l'innovation lui-aussi pour maintenir également des compétences en France.

"L'innovation s'inscrit dans une chaîne de valeur et un tissu entrepreneurial", commente Jean Lang, vice-président associé à la recherche et au développement de Sanofi Pasteur, qui en appelle justement, pour franchir ce cap, à "l'union du public-privé afin de créer également nouveaux centres d'excellence d'envergure européenne."

France 2030 : faire pousser des filières comme celles des batteries

Autre filière d'avenir déjà présente au sein du tissu régional, mais qui ne demande plus qu'un grand coup de pouce financier pour croître : celle des batteries électriques, avec l'emblématique projet de Verkor et ses 1,2 milliards d'euros nécessaires à la construction d'une gigafactory de batteries de 150 hectares et 1.500 salariés...

Benoit Lemaignan, co-fondateur et président du directoire de Verkor, étudie "l'approche très industrielle d'Elon Musk". "Les batteries, c'est le pétrole de demain. Pour être efficace, il faut créer des gigafactories".Créée en 2020,Verkor envisage de créer la plus grande gigafactory d'Europe, même si son site d'implantation, destiné à servir le marché européen, n'a toujours pas été dévoilé. Une short-list de quelques sites demeure, a confirmé son président, lors du TLF Lyon.

Comme dans les autres filières, la difficulté reste cependant de "trouver des talents" dans une filière d'avenir comme celle-ci. Ce qui implique donc de "rester aussi ouverts aux talents extérieurs". Et ce, tout en étudiant la géopolitique des batteries, une filière mondialisée en pleine évolution, et où l'Europe tente de se tailler une place au beau milieu des chefs de file historiques, que sont les États-Unis et la Chine :

"En Auvergne Rhône-Alpes, nous avons tous les éléments pour développer cette chaîne de valeur", affirme Benoît Lemaignan.Sur la question de la bataille des métaux critiques, l'Europe doit aussi répondre à la question "comment être compétitif avec la Chine", nuance-t-il.

"Il y a aussi l'enjeu de l'électricité", rappelle l'économiste Nicolas Bouzou qui note qu'aujourd'hui, on observe "un changement de la valeur industrielle et un grand retour de l'intégration verticale." Tandis que pour Alexandre Saubot, président de France Industrie, il sera nécessaire de bien choisir ses combats à ce sujet afin de pouvoir investir : "Mettre des sommes significatives sur la table, c'est se donner des chances que ça marche".

Hydrogène vert : transformer la bulle en une révolution industrielle

Enfin, "last but not least", l'hydrogène vert s'est lui aussi élevé, depuis plusieurs années déjà, au rang de pari industriel en Auvergne Rhône-Alpes, où l'on retrouve l'un des berceaux les plus actifs de sa filière. Et après le stade du développement, place désormais à celui de la maturation d'une filière à laquelle ses acteurs croient dur comme fer, encouragés par les récentes enveloppes accordées par France relance et France 2030 :

"L'horizon 2030 est inscrit à l'agenda, et même 2050 pour la décarbonation", estimeElisabeth Logeais, déléguée générale du pôle de compétitivité Tenerrdiset déléguée régionale de France Hydrogène.

Avec cependant, plusieurs défis qui demeurent à relever : à commencer par la décarbonation des activités chimiques à mener, l'enjeu du développement des mobilités face à la concurrence de l'électrique, mais aussi, le développement encore en cours de solutions de stockage, qui seront déterminantes pour assurer l'industrialisation de cette filière.

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Alors que pour l'heure, ce sont principalement les marchés de l'industrie et de la mobilité qui sont imaginés comme les premiers débouchés de l'hydrogène, Luc Poyer, président du conseil d'administration de McPhy, une pépite iséroise créée en 2008 mais qui a levé 180 millions d'euros pour son passage à l'échelle à l'automne 2020, avance :

"L'électron se transporte mal, il est donc important de voir les nouveaux marchés potentiels pour l'hydrogène, et pas uniquement le remplacement des usages",avance Luc Poyer, qui rappelle que "la technologie existe, il faut désormais la passer à l'échelle. (...)Il ne faut pas rester sur la première marche,surtout en Auvergne Rhône-Alpes, où il existe déjà l'ensemble des briques".

Après les ambitieuses enveloppes de France relance et France 2030, ses défenseurs misent notamment sur "le durcissement du quota carbone, qui va faire bouger les acteurs".

Zoé Favre d'Anne et Marie Lyan

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