L’Afrique subsaharienne, terre promise pour les agences bancaires

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Si l'Afrique subsaharienne revêt un tel potentiel, c'est parce que son économie croît au rythme confortable de 5% par an, à quoi s'ajoute un taux de bancarisation de la population inférieur à 30%.
Si l'Afrique subsaharienne revêt un tel potentiel, c'est parce que son économie croît au rythme confortable de 5% par an, à quoi s'ajoute un taux de bancarisation de la population inférieur à 30%. (Crédits : Reuters)
Le nombre d’agences bancaires en Afrique subsaharienne devrait grimper de 42% d’ici à 2020, selon le cabinet de conseil Nouvelles Donnes, loin devant les autres pays émergents.

Le futur de l'agence bancaire ne se trouve pas dans les pays développés. Depuis la crise financière de 2008, pas moins de 27.000 agences ont définitivement baissé le rideau en Europe de l'Ouest, d'après une étude publiée le 1er décembre par le cabinet de conseil Nouvelles Donnes.

Dit autrement, le nombre d'agences bancaires en Europe de l'Ouest a chuté de 15% en l'espace de six ans, entraînant la suppression de 280.000 emplois. La conséquence, notamment, de l'engouement croissant des consommateurs pour les services bancaires en ligne ou sur mobile, avec pour corollaire un plongeon de la fréquentation des agences.

En 2010, plus de la moitié (52%) des Français se rendaient plusieurs fois par mois dans leur agence, selon l'Observatoire de l'image des banques, publié par la FBF (Fédération bancaire française). En 2015, ils ne sont plus que... 21% à fouler plus d'une fois par mois le sol de leur agence. Conséquence, la Société générale a récemment annoncé sa décision de fermer 20% de son réseau en France, d'ici à 2020, soit 400 agences environ.

A l'inverse, les réseaux bancaires continuent de croître dans les pays émergents. A un rythme toutefois sans comparaison avec celui des années d'avant crise, lorsque le nombre d'agences gonflait de 23% par an.

En 2014, il a progressé de 5,7% «seulement», selon Nouvelles Donnes. Un chiffre qui recouvre de fortes disparités : si le nombre d'agences a diminué de 4,3% l'an dernier en Europe de l'Est, compte tenu des difficultés économiques de la Russie et de l'Ukraine, il a en revanche bondi de 12% en Afrique subsaharienne. Laquelle s'avère être la région la plus prometteuse pour les réseaux bancaires, dans les cinq prochaines années, Nouvelles Donnes pronostiquant une envolée de 42% du nombre d'agences, contre une progression de 33% en Amérique Latine et de 29% en Asie.

Un taux de bancarisation inférieur à 30%

Si l'Afrique subsaharienne revêt un tel potentiel, c'est parce que son économie croît au rythme confortable de 5% par an, à quoi s'ajoute un taux de bancarisation de la population inférieur à 30%, ainsi qu'une faible densité des réseaux bancaires, avec 3,2 agences seulement pour 100.000 adultes, contre 69 en France. Autant de particularités qui expliquent d'ailleurs que l'Afrique subsaharienne soit la région du monde qui compte le plus grand nombre d'utilisateurs de services financiers sur mobile, avec 98 millions de personnes, selon le Boston Consulting Group.

« Les opérateurs de télécommunications comme M-Pesa [au Kenya ; Ndlr] sont en train de créer le marché bancaire, dans ces pays. Les cinq ou six prochaines années bénéficieront plutôt à la banque mobile, mais ensuite, les consommateurs auront besoin de conseils bancaires, d'une véritable relation-client », explique Jean-Marc Velasque, associé chez Nouvelles Donnes.

D'où la perspective de la création de 8.000 agences bancaires en Afrique subsaharienne, d'ici à 2020. Soit, peu ou prou, l'équivalent des réseaux de la Société générale, de BNP Paribas et de la Caisse d'Epargne en France.

Justement, les banques françaises sont-elles bien positionnées pour tirer parti de l'essor à venir de la banque de détail en Afrique subsaharienne ? La Société générale mise sur le marché des particuliers pour accélérer son développement en Afrique, où elle entend faire croître son activité de 7% par an, dont une progression annuelle de 10% en Afrique subsaharienne.

De son côté, le groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne) projette d'allouer 300 millions d'euros à son expansion dans la banque de détail sur le continent africain, notamment en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale.

Les stratégies agressives des banques africaines

Pour autant, « les acteurs locaux comme Ecobank et Attijariwafa, qui ne disposent que du marché africain pour se développer, ont des stratégies de développement beaucoup plus agressives que les banques françaises », nuance Jean-Marc Velasque.

De fait, si BNP Paribas et la Société générale ont augmenté le nombre de leurs agences en Afrique de 44% et de 28%, respectivement, entre 2007 et 2014, à 699 agences pour la première et à 912 pour la seconde, ces chiffres font cependant pâle figure par rapport à ceux d'Ecobank et d'Attijariwafa. La banque panfricaine a porté son réseau à 1.265 agences, soit un bond de 300% en sept ans, et l'établissement marocain a accru le sien de 128%, à 1.647 agences.

Même en Afrique francophone, où la Société générale et BNP Paribas sont pourtant des leaders historiques, les deux banques françaises « se trouvent de plus en plus en position défensive, notamment par rapport aux banques marocaines, qui font énormément grandir leurs réseaux, quitte à sacrifier le revenu par agence, afin de cibler le marché de masse », souligne Nouvelles Donnes. La preuve par les chiffres : entre 2007 et 2014, dans les zones BCEAO (Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale), les banques françaises sont les seules à avoir vu leur part dans le nombre total d'agences diminuer. Au contraire, Attijariwaffa, avec une part de 12,5%, s'est encore rapprochée du géant panafricain Ecobank.

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