Armement : l'Argentine ira-t-elle jusqu'au clash avec la France ?

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Après la Pologne et les hélicoptères, l'Argentine et les patrouilleurs? Buenos Aires pourrait annuler un contrat de 360 millions d'euros environ promis à Naval Group, qui propose de fabriquer quatre patrouilleurs de type L'Adroit.

Incroyable... Alors qu'un contrat de 360 millions d'euros environ portant sur la vente de quatre patrouilleurs de Naval Group était accepté par les deux parties et prêt à la signature  début septembre, l'Argentine hésite ces dernières semaines à le signer. Pourtant, Naval Group a déjà gagné fin 2016 la compétition lancée par l'Argentine au printemps de la même année. Le gouvernement argentin va-t-il tenir sa parole vis-à-vis de la France ou bien lancer un nouvel appel d'offres international comme il en est question?

Suspens mais la France et l'Argentine souhaiteraient trouver une solution pour sortir par le haut de ce dossier explosif. De nombreux échanges à haut niveau entre les deux pays (ministères de la Défense/Armées et Affaires étrangères) ont eu lieu ces dernières semaines pour éviter une crise entre les deux pays.

Gondan, un chantier qui vient de nulle part

Mais que s'est-il passé cet été pour en arriver à ce pataquès ? Un petit chantier naval espagnol Gondan, situé dans les Asturies (Nord de l'Espagne), aurait convaincu Federico Ramón Puerta, l'ambassadeur argentin en Espagne très controversé dans son pays mais réputé proche du président argentin Mauricio Macri, de faire mieux et moins cher (50 millions d'euros l'unité) que Naval Group. A partir de là le dossier de Naval Group, qui avait jusqu'ici été géré d'une main de maître, se grippe.

Plutôt connu pour fabriquer des petits patrouilleurs pour la Guardia Civil, Gondan proposerait à l'Argentine un projet d'un patrouilleur que le chantier espagnol n'a pas encore développé. Une proposition qui est bien loin de la qualité de celle de Naval Group, qui dispose déjà d'un bâtiment au design éprouvé, L'Adroit. Surtout la marine argentine souhaite embarquer sur des patrouilleurs de fabrication française. En outre, Gondan est un chantier privé, l'Argentine ayant pourtant exigé dans son appel d'offres des propositions de chantiers navals publics pour signer un contrat d'État à État.

Ce contrat aurait été également semble-t-il parasité par un dossier agricole. Les producteurs français et allemands de colza se sont alliés contre la réouverture du marché européen au biodiesel argentin et ont annoncé leur volonté de déposer une plainte auprès de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC). Ce qui fâché Mauricio Macri, l'Argentine étant le troisième producteur mondial de biodiesel. Mais début septembre, l'Union européenne a annoncé sa volonté de baisser les taxes d'importation du biodiesel argentin, se conformant ainsi à une décision de l'OMC. Enfin, un autre dossier complique également les relations entre la France et l'Argentine. Buenos Aires avait promis de régler un contentieux financier avec Paris... Ce qui n'a pas été encore fait.

Un processus exemplaire jusqu'à cet été

Tout commence en mai 2016 quand l'Argentine lance un appel d'offres pour doter sa marine de quatre nouveaux patrouilleurs. En juin, Buenos Aires, qui souhaite un accord de gouvernement à gouvernement, sélectionne la France et le groupe public Naval Group dans le cadre de cette compétition. Fin 2016, le groupe naval tricolore gagne la compétition face à deux rivaux, l'espagnol Navantia et le chinois CSIC (China Shipbuilding Industry Corporation). Mauricio Macri donne aussi son accord. A partir de février-mars 2017, l'Argentine et la France négocient le contrat commercial, puis, en juin, la marine parvient à un accord avec Naval Group. Elle envoie le contrat au ministère de la Défense pour qu'il suive le processus administratif ad hoc.

Mais les premiers nuages pointent à l'horizon avec le changement du ministre de la Défense le 14 juillet et de ses équipes. Conséquence, le processus d'approbation du contrat est en toute logique fortement ralenti avec l'arrivée du nouveau ministre. En parallèle, la France et l'Argentine continuent de négocier le financement du projet jusqu'au mois d'août. Un accord est finalement trouvé dans les derniers jours d'août avec une offre de financement à 100% remboursable sur huit ans.  Dès lors, le contrat est prêt à la signature début septembre. Ce résultat est le fruit d'un très bon travail de la fameuse équipe de France (État, industriels, banques).

L'Argentine ira-t-elle jusqu'au clash?

Mais contre toute attente plus rien ne se passe. Les Français s'étonnent de ce silence auprès des Argentins. Ces derniers reconnaissent bien volontiers la victoire de Naval Group mais disent étudier en parallèle une offre moins chère et mieux-disante sur le plan opérationnel de Gondan. Et très vite, les Argentins mettent la pression sur la France en leur expliquant que si la France et l'Argentine ne parviennent pas à signer, Buenos Aires serait obligé de lancer un nouvel appel d'offres. Ce qui pourrait tendre singulièrement les relations entre l'Argentine et la France, qui estime le dessous de ce revirement "pas très clair".

En France, on estime que si l'Argentine lançait un nouvel appel d'offres, ce serait considéré comme une rupture unilatérale ouvrant la voie à des éventuels dédommagements. D'autant que Gondan n'était pas éligible dans le cadre de l'appel d'offres lancé en 2016. La balle est aujourd'hui dans le camp des Argentins, qui hésitent encore à se fâcher contre la France. Buenos Aires va-t-il finalement gifler Paris?

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a écrit le 20/10/2017 à 12:50 :
Bonjour Monsieur Cabirol,
Votre parti-pris pro-Naval Group et à la limite de la condescendance vis-à-vis du chantier espagnol Gondan gâche un peu la lecture d’un article par ailleurs fort bien documenté. L’Adroit n’est qu’un patrouilleur de haute mer (certes sea proven mais au design déjà daté), un chantier comme Gondan (qui travaille notamment pour l’offshore pétrolier) est a priori parfaitement à même de réaliser ce type de navire. Néanmoins je comprends dans votre article que l’appel d’offres n’était ouvert qu’à des chantiers « publiques » en vue de la signature d’un accord d’Etat à Etat, l’arrivée dans la course de Gondan est donc effectivement – pour le moins – surprenante.
On notera que les choses se sont compliquées à l’été, donc concomitamment au départ de Marie-Pierre de Bailliencourt, pourrait-il selon vous y avoir un quelconque lien ? Est-il selon vous farfelu d’imaginer que « l’Equipe France » que vous évoquez ait moins bien fonctionné après son départ ? D’avance merci pour votre éclairage.
a écrit le 11/10/2017 à 15:10 :
La France devrait avoir plus de ...... et faire un exemple avec un pays (qui pese pas trop dans nos exportation) en allant au clash. Ca ferait peut reflechir a deux les autres avant de faire des coups bas.
Si l'Argentine ne voulait pas des navires elle avait qu'à le dire au début et si elle s'engage elle tiens parole.
Bref la France n'est plus ce qu'elle était
a écrit le 10/10/2017 à 19:55 :
Les 3 Armées FR ont besoin de suite, et chaque année réévalués 60 Milliards d'eur de budget d'équipement et d'entrainement. Avec le budget dépenses publiques/Gaspill le plus fort du monde 55% DU PIB C'est possible. BUDGET 2018 INSINCERE FORTE BAISSE
Réponse de le 11/10/2017 à 2:04 :
Le Budget des Armées, est une grossière escroquerie de chiffrage truqué.
a écrit le 10/10/2017 à 19:09 :
Pas d'appel d'offres â Buenos Aires en 2016, le gouvernement argentin a fait à peine un RFI sur des OPV..
a écrit le 10/10/2017 à 16:22 :
Ca sent les pots de vins cette histoire de chantier espagnol...
a écrit le 10/10/2017 à 7:26 :
L'argentine n'a pas d'argents, elle est meme prête à acheter des super etandards d'occasion pour defendre sont espace aérien.... Donc je ne suis pas sûr que vendre des patrouilleurs seraient une affaire pour touts le monde.... Çe pays espère que l'accords de libre échange avec l'Europe fonctionnera pour pouvoir vendre le peux de sa production et sortir de la crise economique....
Réponse de le 19/10/2017 à 14:25 :
Actuellement l'Argentine n'a pas des moyens supersoniques pour assurer sa défense aérienne, et l'année prochaine va organiser le G20. L'offre pour les SEM a 12/14 millions est un cadeau diplomatique de la France (Argentine c'est l'unique opérateur au monde de cet avion). Il va permettre surtout de réactiver la COAN (ARA), cloué au sol par manque de réfactions. Leur mission: une moindre dissuasion avec le système exocet, patrouille de la ZEE comme appui a la lutte contre la pêche illégal, police de l'air dans la lutte contre le narco trafique (la FAA n'a pas les moyens non plus), et peut plus que ça.
a écrit le 09/10/2017 à 22:12 :
Et pourtant on vient de vendre 5 Super Etendards Modernisés d'occasion à l'Argentine, les relations ne sont donc pas trop mauvaises, on peut esperer.
a écrit le 09/10/2017 à 19:12 :
Parce que l'Argentine a les moyens de se payer ce genre de machins? Il me semble qu'il n'y a pas si longtemps ce pays était en faillite....et puis ce materiel pour lutter contre qui? Les Anglais😁😂 et récupérer les Malouines ? N'ont-ils pas d'autres priorités ?
Réponse de le 19/10/2017 à 13:49 :
L'Argentine n'a pas besoin d'argent pour les acheter (le contrat inclut le financement au 100%).
Les patrouilleurs seront destines a la lutte contre la pêche illégal a l’intérieur de la ZEE argentine (D'ailleurs, c'est la même mission de l'Adroit au sein de la MN, qui ne considère pas le bâtiment un vrai navire de guerre).
Pour un pays comment l'argentine, qui ne peut que compter que avec ses ressources naturels, c'est une vrai priorité.
a écrit le 09/10/2017 à 15:22 :
mais quel est l'imbecile qui a vendu des produits a ce pays insolvable qui a prouve qu'il n'a pas l'intention de payer ses dettes!
quitte a offrir des bateaux au reste de la terre, coisissez au moins correctement celui qui va beneficier du bateau offert par le contribuable francais, peut etre celui qui a un yacht?
a écrit le 09/10/2017 à 15:14 :
Gondan, mais il ne sont pas spécialisés dans les Gondans à Venise ?
a écrit le 09/10/2017 à 14:39 :
La France qui se plaint de rupture de contrats !! Auraient-ils déjà oublié les Mistral, STX, etc., ou est-ce que quand c'est eux, c'est bien et quand c'est les autres, c'est anormal :-)
Réponse de le 09/10/2017 à 16:37 :
pour les mistral, d'accord mais pour STX ? On n'en était qu'au stade des négo, certes bien avancées mais avec un total désaccord; donc rien de comparable et dans cette affaire les italiens qui exigeaient la mainmise sur l'entreprise avaient tort. Il ne faut pas voir de torts que de la France, des français et des entreprises françaises.
Réponse de le 09/10/2017 à 16:39 :
pour les mistral, d'accord mais pour STX ? On n'en était qu'au stade des négo, certes bien avancées mais avec un total désaccord; donc rien de comparable et dans cette affaire les italiens qui exigeaient la mainmise sur l'entreprise avaient tort. Il ne faut pas voir de torts que de la France, des français et des entreprises françaises.
Réponse de le 09/10/2017 à 16:39 :
pour les mistral, d'accord mais pour STX ? On n'en était qu'au stade des négo, certes bien avancées mais avec un total désaccord; donc rien de comparable et dans cette affaire les italiens qui exigeaient la mainmise sur l'entreprise avaient tort. Il ne faut pas voir de torts que de la France, des français et des entreprises françaises.
Réponse de le 09/10/2017 à 18:07 :
Concernant la vente des Mistrals russes, la rupture de contrat a été entièrement prise en charge par la France (remboursement + compensations financières).

Les Russes n'ont pas été lésés dans l'histoire et étaient certains que la France honorerait ses engagements contractuels (engagement lors de rupture de contrat).


Pour revenir sur le sujet des frégates argentines, Naval Group pourra toujours demander des contreparties financières en justice pour le non respect du contrat et les engagements financiers déjà payés. Là nous verrons si le gouvernement argentin sera aussi respectable que l'a été celui de Hollande avec les Russes.
Réponse de le 09/10/2017 à 18:07 :
Concernant la vente des Mistrals russes, la rupture de contrat a été entièrement prise en charge par la France (remboursement + compensations financières).

Les Russes n'ont pas été lésés dans l'histoire et étaient certains que la France honorerait ses engagements contractuels (engagement lors de rupture de contrat).


Pour revenir sur le sujet des frégates argentines, Naval Group pourra toujours demander des contreparties financières en justice pour le non respect du contrat et les engagements financiers déjà payés. Là nous verrons si le gouvernement argentin sera aussi respectable que l'a été celui de Hollande avec les Russes.
Réponse de le 09/10/2017 à 18:44 :
@clodenico et consorts: ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas reprocher aux autres ce qu'on fait soi-même :-)
a écrit le 09/10/2017 à 13:45 :
Macron a renvoyé les COMMERCIAUX d'excellence, J.Y Le Drian et son équipe, Cédric....etc.... DONC L EXPORT CHUTE
Réponse de le 09/10/2017 à 14:33 :
Ça, c'est très intelligent comme post. Sachez déjà que Le Drian a excellé dans son rôle de ministre de la défense (le seul ministre potable du quinquennat d’ailleurs) à qui ont doit beaucoup de succès dans la vente du matériel militaire. Ensuite, chercher les coupables chez nous lorsqu'on échoue est devenu la norme typique du franchouillard, ce qui est vraiment pénible. Demandez vous si au contraire ce ne serait pas un facteur extérieur....
Réponse de le 09/10/2017 à 16:59 :
Quand on voit qu'un simple logiciel de gestion pour l'armée nous à presque coûté un milliards d'euro, je ne pense pas que le qualificatif d'excellence du ministre soit approprié... Ou est d’ailleurs passé tout cet argent ? Pas d’enquête parlementaire à ce sujet pourtant gravissime ?
Réponse de le 09/10/2017 à 19:16 :
Le logiciel est l'œuvre de la présidence Sarkozy...
a écrit le 09/10/2017 à 13:17 :
C'est toujours pareil. Depuis que Hollande a annulé la vente des corvettes aux Russes, alors qu'en plus le contrat était signé, la France n'a rien à dire en termes de morale des affaires.

Et comme Macron a exfiltré Le Drian pour pouvoir faire des économies sur les bidasses, sachant qu'il ne pouvait pas virer le Drian comme il l'a fait pour Villiers (Parly, la soit-disant remplaçante, non seulement s'écrase devant Macron par principe, mais n'arrive pas non plus à la cheville de Le Drian en termes de poigne et de crédibilité vis-à-vis de l'extérieur), la France est 100% responsable si elle sert de paillasson.
Réponse de le 09/10/2017 à 18:08 :
Concernant la vente des Mistrals russes, la rupture de contrat a été entièrement prise en charge par la France (remboursement + compensations financières). Les Russes n'ont pas été lésés dans l'histoire et étaient certains que la France honorerait ses engagements contractuels (engagement lors de rupture de contrat). Pour revenir sur le sujet des frégates argentines, Naval Group pourra toujours demander des contreparties financières en justice pour le non respect du contrat et les engagements financiers déjà payés. Là nous verrons si le gouvernement argentin sera aussi respectable que l'a été celui de Hollande avec les Russes.
Réponse de le 09/10/2017 à 22:41 :
Les Mistral sont des porte-hélicoptères d'assaut et de débarquement, lourd de 21 300 t à pleine charge et 32 300 t ballasts, pas des "corvettes" (1000/2000 t) plus proches des patrouilleurs proposés à l'Argentin.

Il faudrait ouvrir un dictionnaire avant d'avoir un avis "bateau"...
Réponse de le 10/10/2017 à 1:53 :
Nous n'avons pas la même définition du mot respectable, si pour vous signer un contrat puis ne pas le respecter est respectable.

Toujours est-il que se comporter de cette façon et s'étonner ensuite que vos interlocuteurs essaient de vous pigeonner, ça ne me semble pas raisonnable.
a écrit le 09/10/2017 à 13:14 :
Est ce que cela veut dire que la vente des SEM qui vient de se conclure va elle aussi tomber a l'eau ? (en représailles...).
En tout cas l'Argentine devrait peut être prendre le temps de peser le pour et le contre avant de jouer un mauvais tour a un des rares pays qui lui parle encore malgré le passif qu' elle a ...
a écrit le 09/10/2017 à 12:53 :
L'argent ayant pris le pas sur les relations diplomatiquesn ous pouvons donc nous attendre à une rupture unilatérale de contrat.

Déjà que les polonais, pourtant dans l'UE, pourtant envahissant cette dernière de ses travailleurs au rabais, ont cassé leur promesse envers un autre membre de l'ue on voit mal pourquoi les argentins se gêneraient.

Mais c'est la Loi du fric et de la compromission les gars, celle que vous validez en permanence quand ça touche le peuple mais l'argent se faisant de plus en plus rare car entassé dans les paradis fiscaux il faut d'attendre à de plus en plus de revirements de ce genre.

Nous n'avons plus que des comptables et plus de dirigeants, ces marionnettes seulement là pour servir les intérêts des riches sont d'abord des hommes d'affaires et non des politiciens, leurs paroles donc valent encore moins que celles des politiciens pourtant déjà peu riches en la matière.

Jusqu'à ce qu'un jour un pays le prenne très mal...

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